CHAPITRE II
SOIIAIAIRE.
A. Le monde chrétien : les navigations normandes. — Le ehrisiianismc est liostile à la sciciice |i;in'ime, mais ses progrès aiiièiient la découverte (les contrées de rEiiro[ie sepleiilrionale, orientait' et centrale (Irlande, An;,deterre, Flandre, Germanie, etc.), presque inconnues jusque-là. Les << chorograitlies « chrétiens : Bède.Ailam de Brème, Nestor, Vincent Kadhiheli. — Voyage du Byzantin Zémarque chez le khan des Tarlares Dizahoul (tin du vi^ siècle). — Les iVorwzant/.f. Ce sont les l'hénicjens et les Grecs des mers du Nord. Voyage d'Olher jusipie dans la mer liiaiiche. Ndddod t'U Islandiî ; Erik le Rou[/e et Leif au (iroenland; découverte de l'Aniiiiijue septentrionale. Les Croisades. Mais celte expansion du monde Scandinave ne provoque aucun mouvement scientilique.
B. Les Arabes. — Extension de leur domination (Perse, Syrie, Egypte, Chypre, Maghreb, Espagne). Leurs navigations vers l'Extréme-Orieut ; la route de la soie (île Samarkand à Pékin). Le pèlerinage de la Mecque. \'oyageurs savants : Ibn Batutah et Edrisi. Les Arabes ont fait connaître quatre pays presque ignorés des Anciens : la Chine, la Nigrilie, l'Arahie et l'Iran.
G. Le XVI« siècle : Rubrouck, Plan de Carpin, Marco Polo. — Les
Croisades mettent en contact le monde chrétien et le monde arabe, puis ce dernier entre en lutte avec l'empire mongol. Gengis khan unifie l'Asie et cherche à nouer des relations avec l'Europe. Louis IX et Innocent iV lui envoient Plan de Carpin et Rubrouck, dont les missions rouvrirent aux Européens les vestibules de la Chine. Voyageurs et marchands italiens; suprématie maritime de Gènes et de Venise. Marco Polo. Voyage de son père et de son oncle en Chine. Séjour et voyages de Marco Polo dans ce pays oii il demeura dix-sept ans, occupant les fonctions les plus diverses. H('cit de Marco VuloiQuinsai/, capitale du Maiizi, Zailon (Hang- 'i'chéou-fou),Z//)a?i,'72<(le Japon) sontles trois noms qui résumèrent pour les contemporains de Marco Polo tout l'attrait des pays parcourus par le cèlèhre voyageur. Celte révélation du monde chinois ne manijua pas d'exciter des incrédulités, mais Marco Polo n'en fut pas moins l'initiateur des hommes de science et d'action des xv« et xvi<= siècles.
A. Le inonde chrétien : les navigations normandes.
Caractère et divisions du moyen âge. — La période de riiittloire (jne l'on désigne généralement sous le nom de
iiioijen âge (de 400 à 1 500 environ) présente un caracLère tout autre que celui de la période précédente.
Le monde gréco-romain se brise en fray^ments : des peuples nouveaux apparaissent, des États nouveaux se i'orment (1); une puissance nouvelle, l'Église, reprend le sceptre tombé des mains des Césars, refait à son profit l'unité du monde barbare; la « cbrétienté » succède à la « romanité ». En Asie, par un singulier parallélisme, une doctrine religieuse également nouvelle, l'Islam, groupe toutes les tribus arabes autour de l'étendard de Mahomet et les lance à la conquête de l'univers. La lutte des deux mondes rivaux, Asie contre Europe, Croix contre Croissant, remplit toute l'histoire du moyen âge (2).
Quelle part ces deux nouveaux venus sur la scène de l'histoire ont-ils eue à l'extension des découvertes?
Science et découvertes chrétiennes. — Le christianisme, dit-on, n'en a eu aucune. On se, trompe. Les clirétions ont été, eux aussi, des explorateurs, mais des explorateurs sans le savoir, et surtout sans le vouloir.
Violemment hostiles à la science païenne, les Pères de l'Église détournèrent les fidèles de ces vaines et curieuses recherches tant aimées des Grecs.
L'Écriture sainte, source de toute vérité et de toute science, ne donne-t-elle pas une description du monde? Vouloir y substituer sa propre expérience, c'est faire œuvre d'orgueil et d'impiété (3); la découverte des âmes est préférable à celle des terres. Mais il arriva qu'en cherchant les unes, les missionnaires trouvèrent les autres. Ils furent les premiers découvreurs des contrées d'Europe septentrionale, orientale et centrale, restées plus ou moins hors de la zone romaine. L'Irlande (4) avec saint Palrik et saint Coliimban (450), l'Angleterre avec saint Augustin (51)6), la France (5) avec saint Martin, la Suisse avec saint Gall, la Flandre et les Pays-Bas avec saint
(1) Wisigoths en Grèce et en Italie, Vandales en Espagne et dans rAfri(iue septentrionale, Burgondes, Francs en Gaule, etc.
(2) Conquêtes arabes. Croisades. Prise de Constantinople par les Turcs (1453).
(:]) Cf. Science : La cosmographie des Pères de l'Église. f4) Jusqu'en 600 après J.-C, on n'en connaissait guère que le nom, malgré la circumnavigation d'Agricoia.
(5) C'est-à-dire le nord et le centre nord de la Gaule, Paris et Tours,
yl/;?a/ic/ (630), la Germanie avec saint Boni/ace et les cxpédilions de Cliarlemagne, l'Aulriche avec saint Scverin (171), les contrées Scandinaves avec saint Ansgaire, entrent dans la géoii^ra|)liie.
A l'orient émergent, un peu plus tard, les Bulgares (SBO), les Busses de Kiev (^880), les Tclièrjues de Bohème (895), les Polonais (965), les Hongrois avec leur royal apôtre saint Etienne, et, beaucoup plus tard encore, les Borusses (]"i08), dont la conversion sera l'œuvre sanglante des chevaliers Porte-glaives.
Chroniqueurs et chorographes chrétiens. — Ainsi se dessinent, du v'' au x** siècle, dans leurs traits principaux, la physionomie de l'Europe moderne et de chacun des grands États qui la composent. C'est l'âge des premiers chroniqueurs nationaux, des premiers géographes locaux, des « chorographes », eussent dit les Anciens : Bède pour la Grande-Bretagne, Adam de Brème pour les pays du Nord, Nestor pour les Slaves, Vincent Kadlubek pour la Pologne
Les Byzantins. — Le christianisme a donc servi, dans une large mesure, l'extension des découvertes.
Nous n'avons pas parlé jusqu'ici de l'empire byzantin ; on doit cependant à la diplomatie byzantine un curieux voyage, qui ouvre aux Européens, sept siècles avant Marco Polo, les profondeurs inconnues de l'Asie. Vers 569, le khan des Tartares, Dizaboul, ayant conquis la Sogdiane, fit proposer au roi de Perse Chosroès une alliance commerciale pour monopoliser le trafic de la soie de Chine. Sur son refus, il s'adressa avec plus de succès à l'empereur Justin, successeur de Justinien. Un ambassadeur byzantin, Zémarrjue, se mit en route pour la cour nomade du grand khan, vers l'Altaï (?) : il raconta, au retour, les choses étranges qu'il avait vues dans ce coin d'Asie centrale, tentes roulantes aux rideaux de soie, tapis somptueux, esclaves circassienneset guerriers tartares, le luxe éclatant et barbare de ce peuple turc qui apparaît pour la première fois dans les annales européennes (1).
Les Normands. — Tandis que Zémarque rentrait à
(1) Le récit de Zémarque nous a été conservé par le Livre des ambassades de Conslaiitiu Porplijrogénète.
28 GÉOr.RAPIlIK GÉNÉRALE.
Byzanco, un grand inouvoment s'accomplissait à l'cxlri'v rnilô soptenlrionalc do l'Europe avec les Normands ou, plulôl, deleur vrainomjes A'07-//?/?îe/î (hommesdu Nord)(l). Leur patrie, la Scandinavie, presque ignorée de l'anticjuilé classiipie, prend une place considérable dans l'iiisloire et la géographie du moy(!n âge. Pendant 400 ans environ, elle épanche sur l'Europe le trop-plein de sa population, chassée de la terre natale par le manque de sécurité, l'espoir du gain et le goût des voyages. Race hardie, pratique, aventureuse, les Northmen sont les Phéniciens et les (Irecs des mers du Nord ; ils les parcourent en tous sens, conduits par leurs « vikings » ou « rois de la mer », sur leurs barques aux proues fantastiques. Les uns se dirigent vers les contrées d'Europe, riches et bien peuplées, sûrs d'y trouver butin et terres (France, Grande-Bretagne, Russie) (2). D'autres vont peupler les îles de la mer Boréale (Shetland, Orcades, Hébrides, Feroër). Le marchand danois Wulfstan s'aventure jusqu'aux pays de l'Ambre, aux bouches de la Vistule. Jusqu'ici les Northmen ne font que suivre les traces des Anciens (3), mais ils les dépassent bien vite. L'un d'eux, le Norvégien Oiher, entreprend im voyage que n'eussent pas désavoué* les explorateurs modernes des régions arctiques.
Other habitait le lialgoland, canton le plus septentrional de la Norvège, « le plus loin dans le Nord de tous ceux qu'habitent les Northmen ». C'était un homme riche : il possédait « six cents rennes, vingt brebis, vingt bêtes à cornes et autant de porcs ». Il voulut voir un jour « jusqu'où le Halgoland s'étendait au nord, et s'il y avait des habitants au-dessus de ces déserts ». En six journées il atteignit le cap Nord, et, tournant à l'est, navigua dans les eaux de la mer Blanchejusqu'à l'embouchure d'une grande rivière (Mézen ou Dwina), qu'il n'osa remonter, à cause de l'hostilité des habitants.
Là s'arrête son récit. C'est une relation complète des régions de l'extrême Nord, Suède, Norvège, Laponie, Finlande, avec des détails sur l'aspect de ces pays, la pêche de la baleine et du morse dans les mers boréales.
(1) On (lésijinaU sous ce nom géniTiqiie tous les peuples du Nord, Suédois, Norvéj^iens, Danois.
(2) l^cs Varègues de Novgorod sont des Northmen. {'■i) Pythéas, missions romaines.
Une aulre expédilioii Scandinave eul des résullals plus imporlaiils encore :
Vers 8()7, le viking A^ao?(/o(/ l'ut jeté par la Lempèle sur nn riva«^e qu'il crut inhabité, mais ([ui était déjà occupé, cependant, par quelques moines irlandais. C'était l'Islande, où bientôt afiluèrent les colons Norlhmen, apportant la civilisation et aussi les discordes de la mère patrie. Un siècle plus tard, une flotte d'aventuriers et de bannis islandais, conduits par Erik le Rouge et son fils Le//', quitta l'iU; et partit à la recherche de terres nouvelles. Après avoir découvert et colonisé le Groenland, Leif et ses compagnons repartirent dans la direction de l'ouest où on leur avait signalé l'existence d'une côte encore inconnue. Ils y abordèrent, lui donnèrent Xenorade Sleinland (terre rocheuse), puis allcignirent une autre côte boisée qu'ils nommèrent W'aldland (terre des forètsj; ils s'établirent enfin à l'embouchure dun fleuve dans une contrée qu'ils appelèrent W inland (terre de vin), parce qu'ils y trouvèrent de la vigne. Ces pays inconnus n'étaient autres que le Labrador, la Nouvelle-Ecosse et la baie d'IIudson. Les Norlhmen avaient découvert l'Amérique.
Résultats géographiques. — II semble qu'un grand mouvement scientifique eût dû naître de cette prodigieuse expansion du monde Scandinave, et qu'à l'extension des bornes matérielles de l'œcumène du moyen âge dût correspondre, comme jadis au temps de la colonisation grecque, un élargissement de l'horizon intellectuel. II n'en est rien. On se borne à consigner les faits : personne n'en tire de conclusions. Constantin Porphyrogénète ne distingue pas l'ambassade de Zémarque de toutes les autres missions diplomatiques byzantines. Alfred le Grand traduit les voyages de Wulfstan et d'Other, Adam de Brème mentionne les découvertes d'Erik et de Leif, sans paraître y attacher une importance rigoureuse. « Ces notions, (|ue le hasard avait amenées, se perdirent comme elles élaient venues, sans rien laisser après elles (1). »
{{) Vivien de Saiut-Marlia.
B. Les Arabes (1).
Caractère des conquêtes et découvertes arabes. — Le monde arabe, contemporain et rival du monde chrétien, prend, dès le vn° siècle, un développement extraordinaircment rapide et brillant. De la péninsule arabique, fermée jusqu'alors presque autant que la péninsule Scandinave, sort une race guerrière et fanatique, dont la domination s'étend, en moins d'un siècle, sur la Transoxiane, la Perse, l'Arménie, la Syrie, l'Egypte, la Cyrénaïque, Chypre, Rhodes, le Maghreb et l'Espagne, bref sur toutes les régions comprises entre l'Allanlique et l'Inde, d'une part, le Caucase et l'Afrique centrale, de l'autre. Une fois de plus, la plus g-rande partie du monde connu obéit à de nouveaux maîtres.
La physionomie de ces nouveaux dominateurs rappelle par bien des traits celle des antiques peuples de l'Orient, Phéniciens, AssyrioChaldéens ; mais, à l'instinct commercial des uns, au penchant pour les sciences et à l'ardeur belliqueuse des autres, les Arabes ajoutent un zèle religieux, une i)assion des voyages qui sont bien à eux. Leur empire composite comprend les mômes pays, les mômes routes qu'ont parcourus jadis les flottes gréco-phéniciennes et les armées romaines; mais cet empire a son originalité : elle consiste en ce que les limites religieuses dépassent de beaucoup les limites politiques, et en ce que les limites commerciales s'étendent plus loin encore que leslimiles religieuses. L'Islam domine bien au delà des frontières arabes, en Afrique et en Asie centrales, dans le Tibet, et jusque dans l'Inde. Le commerce va plus loin encore : sur certains points, il suit les Anciens; sur d'autres, il les dépasse.
Navigations arabes. — C'est ainsi que les Hottes arabes, reprenant les traditions phéniciennes et alexandrines, refont, avec plus d'activité encore qu'au temps de Plolémée, le périple de la mer Erythrée. Mais l'itinéraire arabe va plus loin que l'itinéraire alexandrin; il longe la côte d'Afrique au delà de Zanzibar ('2), jusqu'à la ville arabe
(1) Comme pour les coïKiuêtcs romaines, nous ailoptons l'ordre géographique.
(•2j Où s"ariiHail le périple des Anciens.
(le Mozambique et jusqu'à Madagascar. Le point (rembarquement pour rinde n'est plus à BértMiice (1), mais 5 Moka (Arabie Heureuse), à Bassora (bouches de TEupIirate) et surtout à Siral', à l'entrée du golfe Pcrsi(iue. Siraf est l'Alexandrie musulmane, le centre du commerce indoarabe : c'est de là que partent les navires de commerce pour l'Inde, l'Indo-Chine, la Chine, les îles de la Sonde et les îles des Épices (Molu(pies) ; c'est là que viennent aborder les jonques chinoises et malaises. Dans ces divers pays d'Extrême-Orient, les Arabes ont pénétré plus avant que les Anciens ; ils y ont des établissements permanents et, dans certaines grandes villes, des « cadis », sortes de consuls chargés de protéger les intérêts de leurs nationaux et de leur rendre la justice.
Les routes de caravanes arabes. — Nous retrouvons les caravanes arabes sur une autre route bien connue, lanlique « route de la soie », de Samarkand à Kanbalu (Pékin) par le Kouidja. Nous les trouvons aussi s'ouvrant: au nord, à la suite des armées turques, le chemin des grands marchés de fourrures de la Sibérie (2) ; à l'ouest, les pays encore mal connus du littoral baltique (3); au sud, l'entrée des États d'Afrique centrale, dont les noms apparaissent pour la première fois, Haoussa, Bornou, Kanem, etc.
Sur toutes ces routes, anciennes et nouvelles, c'est un cheminement continu de marchands et de pèlerins; car l'Arabe n'est pas seulement un trafiquant, mais aussi un croyant zélé. Chaque année affluent au Caire (centre de ralliement des pèlerins d'Afrique) et à Alep, Damas, Bagdad (centres de ralliement des pèlerins d'Asie), plus de 100 000 hommes de toute race, de toute langue, de toute classe, venus des extrémités du monde islamique (4) pour faire le pèlerinage de la Mecque.
Les voyageurs et géographes arabes. — Les instincts naturels, les circonstances politiques, religieuses, com-
(1) D'où partait le périple des Anciens. Cf. Grecs.
(2) Astrakhan, Ogor, environs de Tobolsk.
(3) Monnaies arabes trouvées dans ces régions, aux bouches de la Petchora.
(4) Pour l'Afrique : Niger, Sénégal, Tinibouctou, Maroc, Fez, Tunis, Tripoli, Fczzan, Abyssinie, Nubie, Egypte.
Pour l'Asie ; Inde, Perse, Asie centrale, Chine, Ceylan, Malacca,
32 GÉOGKAPHIE GÉNÉRALE.
merciales, se réunissent donc pour faire des Arabes un peuple voyageur et géographe par excellence. Leurs poêles (•hanlcnl la joie de parcourir le monde ; leurs philosophes voient dans la géographie « une science agréable à Dieu ». Connue chez les Grecs, le nombre des savants voyageurs est légion chez eux. Ils font leur « tour d'Islam » comme les Anciens faisaient leur « tour de Méditerranée », visitent les mosquées, les écoles célèbres, suivent les cours des imans les plus renommés, interrogent les passants, regardent curieusement autour d'eux : nul détail caractéristique n'échappe à leur observation ; ni les roses d'automne des régions du Syr-Daria,ni les pierres d u Ferghana « qui brûlent comme des charbons », ni les particularités du pays et de la vie chinoise, le thé, la porcelaine, l'eaude-vie de riz et les chapelets de sapôques. Ils groupent leurs souvenirs, au retour, dans quehjue ouvrage particulier ou, le plus souvent, dans quelque grand ensemble historico-géographique, comme cette chronique universelle de Maçoiuli, dont un abrégé nous est parvenu sous ce titre poétique : les Prairies d'or ; c'est une véritable encyclopédie du monde musulman, le résumé de vingt-cinq années de voyages.
Le plus caractéristique de ces parcoureurs d'univers est Ibn Baiulah.
Né à Tanger, d'une famille berbère, il (juitta ses études de jurisprudence pour les voyages, qu'il aimait avec passion. Il leur consacra toute sa vie. 11 visita successivement (1) la Mecque, le Maghreb, le pays de Tunis, les provinces de Tripoli, Barkah, l'Egypte, la Palestine, le nord de l'Arabie, la Syrie, la Perse, l'Iran, la Mésopotamie, la côte orientale d'Afrique jusqu'à Guiloa, et les pêcheries de perles du golfe Persique. — Un second pèlerinage à la Mecque fut le point de départ d'une nouvelle série d'explorations « mondiales », en Asie Mineure, en Crimée, au Kiptchàk (Russie méridionale). Ibn Batutah vit Bolghâr, l'ancienne capitale des Bulgares, au contluent de la Volga et de la Kama ; il vit Constantinople, revint dans le Kiptchàk, et prit, par les pays de la Caspienne, la roule d'Asie centrale. On le trouve à Khiva, Boukhara, dans le Khorassan, à Kandahar, dans l'Inde, où il exerce pendant
(I) Dès ir)25.
deux ans la cliarge de cadi ; dans les Maldives, puis à Ceylan, Sumatra, Java, en Chine. De là, il re[)rit par mcv la route de rOccident. « Il avait atteint les limites de la Terre, et il put dire qu'il s'était arrêté quand le monde avait manqué devant lui (1). »
Revenu à Tanger, qu'il avait quittée depuis vingt-quatre cns, il repartit pour l'Andalousie, obtint du sultan du Maroc une mission dans le Soudan, revint à Fez où il se fixa et mourut en 1377.
Tous ces récits des voyageurs arabes furent réunis et systématisés par Edrisi dans une œuvre assez semblable à celle de Ptolémée. Edrisi, ayant voyagé en Angleterre et vécu à la cour du roi de Sicile Roger, tannut des découvertes normandes la partie relative à l'Irlande, à la Suède et à la Finlande. C'est donc à lui qu'il faut s'adresser pour se faire une idée nette de l'œcumène arabe. En somme, les Arabes connaissent l'Europe, excepté l'extrême Nord, la moitié méridionale de l'Asie, le nord de l'Afrique jusqu'au 10'' degré de latitude, et la côte orientale d'Afrique jusqu'au cap Corrientès. Leurs connaissances n'atteignent pas celles d'Alfred le Grand, au nord; elles dépassent quelque peu celles de Constantin Porphyrogénète en Asie centrale et celles de Ptolémée dans les mers australes. ]Mais ce qui leur appartient vraiment en propre, dans l'histoire des découvertes, c'est la notion précise de quatre pays presque ignorés des Anciens : la Chine, la Nigritie (pays du Soudan, Afrique centrale), l'Arabie et l'Iran. De plus, les Arabes transmirent à l'Europe ignorante deux précieux legs du passé : la science grecque (2) et la boussole (3). Ils préparèrent ainsi, mieux encore que par leurs études et leurs voyages, la grande renaissance géographique qui ouvre les temps modernes.
(1) Vivien de Saint-Martin.
(2) Cf. Science géographique : Les Arabes et Ptolémée.
(3) Cf. Chinois. C'est de Chine que les Arabes la rapportf-rent. C'est à l'époque des croisades que les Occidentaux la connurent. Guyot de Provins, en 1208, chante 1' « aiguille merveilleuse ». Flavio Gioya d'Amalfe la perfectionne en 1302.
34 GÉOGHAIMllE GÉNÉRALE.
C. Le Xlll'^ siècle : les grands voijageiirs, Biibroiick, Plan de Carpin, Marco Polo.
L'évolution de la science géographique au moyen âge. — Les croisades, avons-nous dil précédeminenL, furciiL le |)oinl de conla(;l des deux mondes rivaux, arabe el chrétien ; elles révélèrent à l'Europe, encore repliée sur ellemême, rexisLence de l'Orienl. A vrai dire, c'était un Orient de fantaisie que celui des Miralnlia niundi, com|)ilations naïves de récits de terre sainte, où défilaient pêlemêle Ccnstantinople, l'Egypte, les Pyramides, Jérusalem etl'élani^ de Salomon, Babylone et ses jardins suspendus, l'Inde, la Perse et autres contrées merveilleuses.
A celte vague image de l'Orient, reflet des guerres religieuses, la politique el surtout le commerce ne lardèrent ])as à substituer une image nouvelle, plus nette el plus précise.
En 1208, l'Asie fut le théâtre d'une de ces révolutions semblables à celle qui avait eu lieu en 569(1). Gengis,khan des Mongols, et ses successeurs s'emparèrent de tous les pays compris entre la mer Noire el la mer de Chine, la Volga el le golfe Pcrsique. L'Asie, unifiée sous cette puissante domination, divisée en quatre grands Etats, obéit tout entière aux descendants de Gengis, placés sous l'autorité suprême de l'un d'entre eux, le grand khan.
L'empire mongol et l'empire arabe entrèrent en lutte. Au cours de ces guerres, les chrétiens d'Europe, ennemis des Arabes comme les Mongols, recherchèrent l'alliance de ces derniers. Des relations se nouèrent entre le grand khan et les chefs de la chrétienté ; ces relations furent de deux natures : religieuses et commerciales.
Depuis longtemps, on parlait en Europe d'un grand empire chrétien situé par delà l'Oural, et gouverné par un souverain qu'on appelait le prêlre Jean (2). Dès la formalion de l'empire de Gengis, la légende se précisa ; le j)rèlre Jean, ce fut le grand khan ; l'Étal chrétien d'Asie, ce fut l'Étal mongol. Cette étrange illusion n'était pas absolu-
(1) Cf. l'ambassade de Zcmarquo à Dizaboul, khan dos Turcs.
(2) Sans doute en stnni'nir do l'aiiolie Jean, ([ui, disait-on, devait vivre encore.
ment dénuée de fondement. Dès l'an 300 de noire ère, le christianisme avait été apporté en Asie par Nestorius, évêque de Gonstantinople (1). Ses partisans, les Nestoriens, avaient fondé des églises dans l'Inde, l'Asie centrale, la Cliine, et recruté des partisans à la cour même du grand khan.
Plan de Carpin et Rubrouck. — On conçoit donc que, sur la foi de ces convcrsions([u'ils s'imaginaient beaucoup plus générales et plus profondes qu'elles ne l'étaient en réalité, le pape Innocent IV et le roi de France saint Louis aient envoyé des ambassades au tout-puissanto4ief mongol, dans l'espoir de conclure avec lui une alliance politique et religieuse, de former une sorte de chrétienté asiaticoeuropéenne, faisant masse contre l'ennemi commun, l'Islam.
Les plus connus de ces ambassadeurs sont deux moines, Plan de Carpin et Rubrouck (2).
Envoyés, l'un en 1246, l'autre en 1253, auprès du grand khan, en sa capitale de Karakorum, ils refirent le chemin de Zémarque, dont personne ne se souvenait alors. L'Asie était pour la plupart une contrée mythique, une « terre d'obscurité ».
Les relations de Plan de Carpin et ùq Rubrouck jetèrent quelque lumière sur ces confins de l'univers. On apprit avec étonnement qu'au delà de la Crimée, point de départ de nos voyageurs, s'étendait un « autre monde » (3), les vastes plaines de la Tartarie (4) avec ses horizons monotones, ses steppes herbeux oîi paissent de grands troupeaux, ses fleuves « quatre fois plus larges que la Seine à Paris », sa capitale « qui ne vaut pas Saint-Denis » ; tout cela surprit fort les contemporains. Rubrouck les surprit plus encore en leur disant qu'il avait rencontré à Karakorum, non seulement des Arabes, des Turcs, des Indous
(1) Banni comme hérésiarque.
(2) On dit aussi Planocarpini et Rubruquis (forme italianisée de Ruysbroeck).
(•3) Expression de Rubrouck : « Il me sembla, dit-il, entrer dans un autre monde ».
(41 On désignait au moyen âge les Mongols sous le nom de Tartares, quoiqu'ils fussent composés d'éléments ethniques fort divers : Mongols, Turcs, Chinois, Tib'^iains, Perses, Finnois, Slavi^-s. On désignait l'Asie niougûle sous le nom de Ta t trie (pays des Turtares],
et des Grecs, mais encore des « gens du Calhay », (lu'il voyait pour la première fois, et des Parisiens comme l'orlevre Guillaume Bouchier, dont les ouvrages étaient fort appréciés de Sa Majesté Mangou-khan.
Les missions de Plan de Carpin et de Piubrouck dissipèrent les illusions des croyants d'Occident au sujet du prétendu christianisme du grand khan, et réduisirent à néant la i'able du prêtre Jean. Elles restèrent sans résultats au point de vue diplomatique et religieux, mais non au point de vue géographique. Elles rouvrirent aux Européens le vestibule de la Chine : les steppes Kirghizes et TAsie centrale. Les deux envoyés du pape et du roi de France écrivirent, pour ainsi dire, la préface du livre de Marco Polo.
Voyageurs et marchands italiens : Pise, Gênes, Florence, Venise. — Ce ne furent ni la guerre, ni la religion qui entraînèrent les Italiens à leur tour dans les profondeurs de la « Tarlarie », mais ce fut le commerce.
Les républiques maritimes d'Italie, Pise, Gênes, Florence, Venise, furent au xni* siècle les « reines de la terre et de la mer », comme jadis les cités phéniciennes et grecques. Gênes et Venise surtout avaient entre les mains la presque totalité du trafic mondial. Tune par son alliance avec les Mongols, l'autre par son alliance avec les Arabes. Les deux républiques rivales, alliées des deux empires rivaux, détenaient ainsi les deux routes commerciales les plus fréquentées dès l'antiquité : Gênes, la route du Nord, le « chemin de la soie », de Soudak (Crimée) à Cambaluc (Kanbalu, Pékin) par Azov, Astrakhan, Khiva, Tachkend rirlych supérieur et le Hoang-ho (1); — Venise, la route du, Sud, celle du Périple, des marchands alexandrins et arabes d'Ormuz et Siraf aux ports de Chine, par l'Inde, Malacca, les îles de la Sonde. — Génois et Vénitiens se partageaient l'Orient: Gênes avait l'Asie continentale; Venise l'Asie maritime. II arriva qu'un Vénitien parcourut toutes ces régions, terres et mers, et résuma, dans sa vie et dans son œuvre, les voyages et les observations de toute son époque : ce fut Marco Polo.
( 1) Balducci Pc<roletti (1335) a donnô l'itincTaire précis de cette route, avec les stations principales et la durée du voyage (de huit à douze mois).
Marco Polo. — Il naquit vers 1256, l'année même du retour do Rubrouclc en France. Son père et son oncle, Aicolo et Maffeo Poli, étaient de riches joailliers de Venise qui aimaient l'argent et les aventures. Peu après la naissance de Marco, Nicolo et Mafl'eo Poli quittèrent Venise Ils allèrent à Soudak, puis vers la Volga dans l'intention ue vendre des joyaux au khan de Bolghâr. L'aiï'aire faite, « il leur sembla bon d'aller plus avant ». Ils firent si bien qu'ils atteignirent Cambaluc (Pékin), la nouvelle capitale du grand khan Koublaï (1).
Celui-ci les reçut fort bien. Energique, intelligent, ambitieux, préoccupé d'organiser SCS conquêtes encore récentes, il vit tout le parti qu'il pourrait tirer d'auxiliaires étran gers pour accomplir son œuvre d'unification politique et administrative. 11 chargea les Poli d'un message où il demandait au pape de lui envoyer des docteurs et des hommes de science capables de l'aider et de le servir dans le gouvernement de son immense empire.
Les Poli revinrent en Europe et y firent connaître la proposition du grand khan ; mais personne ne voulut les suivre. Ils retournèrent près de Koublaï, accompagnés seulement de leur jeune fils et neveu Marco, alors âgé de quinze ans. C'est ce « jeune bachelier » qui remplit plus tard, à lui seul, avec une maîtrise extraordinaire, le rôle que Koublaï destinait aux envoyés de 1' « Apostole » de Rome.
La figure de Marco Polo ne nous est pas connue dans le détail : nous ne pouvons que lentrevoir dans son livre, où il parle fort peu de lui-môme. C'était un homme « de bonne mine et de grand sens », d'esprit curieux, réfléchi, très net et très pratique. Il était de la race de ces grands marchands vénitiens ou florentins des xv"^ et xvi® siècles, dont l'activité s'exerçait à la fois avec un égal succès dans le domaine de la politique comme dans celui du commerce, des lettres, des sciences et des arts (2).
Les contrées où le mena la fortune offrirent à un esprit comme le sien un incomparable champ d'observation : la mystérieuse Sérique des Anciens, le Cathay (.S)
(1) Koublaï. frère et successeur de Mangou, avait transporté sa capitale (le Karakorum à Pékin.
{'!) Voy. Sismondi, Histoire des républiques italiennes. (3) Calliay, Kitaï, nom tartare de la Chine au moyen âge.
fabuleux du moyen Age, la Chine s'ouvrait à lui, aussi nouvelle, aussi prestigieuse que jadis l'Inde aux compagnons d'Alexandre.
Il s'engagea dans les régions inconnues de l'empire du grand khan, où il devait passer la plus grande partie de sa vie, notant en sa mémoire toutes les choses remarquables qu'il voyait et préparant ce livre (jui devait exciter, à son retour, l'étonnement, mêlé d'admiration et d'incrédulité, de tous ses contemporains d'Europe.
Les circonstances les plus heureuses favorisèrent le développement du « grand sens » de Marco Polo. Non seulement il eut un champ d'observation comme nul Européen jusqu'alors n'en avait rencontré, mais il fut mieux placé (juelout autre pour en saisir tous les aspects, pour en pénétrer tous les détails. Arrivé à la cour de Koublaï en 1274, après trois ans de voyage, il gagna d'emblée la faveur du souverain, qui le chargea d'une grande mission scientilico-politique à travers toutes les provinces de l'empire. On le retrouve ensuite gouverneur du Manzi fChine méridionale), où la domination mongole n'était pas encore complètement établie: les talents stratégiques de « messire Marc Pol » y furent même d'un grand secours au khan pour le siège de certaines villes qui lui résistaient encore.
Pendant dix-sept ans, Marco Polo resta au service de Koublaï, tour à tour explorateur, fonctionnaire, conseiller, ingénieur militaire, sorte d'intendant général « chargé de tout ce qu'il verrait bon être ».
L'âge venant pour lui et son protecteur, il songea au retour. Koublaï, qui le voyait partir à regret, lui confia une dernière mission : celle de conduire en Perse une jeune princesse mongole fiancée au souverain persan. La princesse, l'ambassadeur et leur suite quittèrent la Chine et restèrent deux ans en route dans les mers australes avant d'aborder à Ormuz. De là, Marco Polo revint par Tauris, Trébizonde, Constantinople et Négrepont, à Venise, sa ville natale, qu'il avait quittée depuis vingt-quatre ans, et où personne ne le reconnut.
Il y vécut quelque temps en paix, recevant dans sa somptueuse maison les principaux habitants de la ville, et leur racontant ses aventures. Afin que rien ne manquât à cette destinée mouvementée, une guerre ayant éclaté entre lesdeux éternelles rivaleSjVenise et Gênes, Marco Polo, après
LES ROUTES DE COMMiiHCE ET LES GRANDS VOYAGEURS. 39
avoir combattu vaillamment dans les rangs de ses concitoyens, fut fait prisonnier par les Génois et emmené en captivité. C'est dans sa prison (|u'il dicta ses souvenirs à un de ses compagnons, Rusticien de Pise, auquel nous devonsce« Livre des merveilles >• qui fit renchnnlementdu moyen âge et conserve aujourd'hui encore une grande valeur scientifique.
Le livre de Marco Polo. — Ce tableau de la Chine du xm" siècle garde après 700 ans toute sa fraîcheur de coloris, et les récits des explorateurs modernes nous mettent à même d'apprécier Texactilude des descriptions de Marco Polo, relevées dune pointe d'archaïsme qui ne fait qu'en augmenter le charme et l'intérêt.
C'est d'abord le pays qu'il nous présente, dans toute sa variété d'aspects : la route « moult ennuyeuse » de l'arrivée (1) par la Perse, le Badakchan, où vit encore le souvenir d'Alexandre ; le Pamir, le fameux « toit du monde», et ses solitudes inaccessibles où toute vie s'éteint, « où il fait si froid que le feu y brille moins et y chautfe moins qu'en tout autre lieu de la terre, et où les aliments ne se peuvent bien cuire » ; le bassin du Tarim et ses riches oasis de Kachgar, Khotan, Yarkand; les régions désolées du Lob-nor, le Gobi et ses tourbillons de sable ; le cours du Hoang-ho et les environs de Pékin.
C'est ensuite la Chine proprement dite et ses diverses provinces, saisies dans les traits caractéristiques de leur physionomie : le Chan-si et ses gisements de houille, « une manière de pierres noires qui se cavent des montagnes et qui ardent comme du bois » ; le Zé-tchouen et ses riches cultures; le Tibet et ses âpres plateaux désolés alors par la guerre et le brigandage ; le Yunnan, ses lacs et ses mines; le Koui-lchéou et ses « villages fortifiés en grandissimes montagnes ».
Marco Polo a étudié la vie chinoise avec plus d'attention encore que l'aspect physique de la Chine. Cette civilisation raffinée, parvenue à l'apogée de son développement, était faite pour attirer un esprit actif et curieux. Aucune parti-
(I) La « route de la soie » étant au pouvoir d'un ennemi du grand klian, établi à Samarkande, les Poli avaient dû en prendre une autre, beaucoup moins praticable, par le Sud (Perse. Badakcban, Pamir); cette route rejoignait la « route de la soie « vers les oasis du Tarim, où le passage était libre.
culariléne lui échappe. lia éludicla vicpoliliquojacourdu j^raïul klian, sesfèt.esbrillanleseLsonéliqueLLe compliquée;; le svsLciue de centralisalion ^ouverncmenlale ; Torganisation des services pid»lics. Il a observé la vie relip^ieuse, les progrès du bouddhisme, le nombre et TimporLance des lamaseries, « grands moutiers et abbayes qui sont comme une pcliLe cité avec plus de 2 000 moines ». Mais ce qni le frappe le plus, c'est la vie économique. Le marchand de Venise se retrouve tout entier dans les passages où il décrit avec une sorte d'enthousiasme Tintensité vraiment prodigieuse de la vie commerciale au Cathay, les énormes villes de « moult grand'marchandise », « qui comptent plus de 1600000 maisons », le va-et-vient continuel des jonques le long des rivières, du Grand Canal et dans les ports.
Trois images se détachent de ce fond brillant et frappèrent tout particulièrement les contemporains de Marco ; trois noms résumèrent pour eux tout l'éclat, tout l'imprévu, tout l'attrait des pays lointains dont il leur parlait : ces trois noms sont ceux de Ouinsay, de Zaiton et de Zipangu.
Ouinsay (1), la capitale du Manzi, dont Marco fut longtemps gouverneur, est restée le type classique de la cité chinoise, avec ses rues interminables bordées de boutiques où chatoient les ors, les soies, les porcelaines ; ses places immenses et, se reflétant dans l'eau des canaux, ses ponts de marbre gardés par des dragons sculptés.
Zaiton (2) est, par excellence, le port d'Extrême-Orient ; c'est là qu'arrivent de l'intérieur du Manzi « pierres précieuses, perles et autres chères marchandises en telle ({uantité que c'est merveille » ; c'est là qu'abordent les « nefs d'Inde » chargées d'épices et d'aromates ; u et, pour une nef de poivre qui va en Alexandrie ou ailleurs, chez les chrétiens, eu vient à ce port de Zaiton cent et plus... ».
En Zipangu (Japon), Marco Polo n'est jamais allé, mais il en a entendu parler comme d'un pays merveilleux « où les palais sont couverts d'or fin, comme nos églises de plomb ».
(1) Aujourd'hui Hang-Tchéou-fou.
(2) Dans le détroit de Fo-Dicu, eulrepôt principal alors du commerce d'iiidc en Chine méridionale.