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TABLEAU DE LA HAUTEUR DE QUELQUES LOCALITÉS DE L'ABYSSINIE

Mètres.

Le ras Detjem, montagne du Semen. . 4,625 Le ras Gouna, volcan éteint du Choa. . 3,948 Le Métatite, montagne du Choa, . . 3,278 Angolola, ville du Choa.. , . . . . . 2,838 Ankober, idem... . ... .. . . . .. . 2,171 Axoum, ville du Tigré. . . . . . .. 2,175 Adouah, idem. .. ...,. .. ... 1,910 Le lac Tsana., . . . . . . . . . ., 4,150

Rivières et lacs. — Les principales rivières de l'Abyssinie sont : le Nil Bleu, appelé Abaï® dans l'Abyssinie; il prend sa source

1 À 10 kilomètres au Nord-Ouest d’Ankober.

3 Abaï veut dire le père des eaux. Le Nil Bleu ne prend le nom arabe de fleuve Lleu (Bahr-el-Azrek) que dans le Sennaar. Il n'y a aucune raison pou l'appeler le Nil Bleu; c'est un affluent du Nil et non pas le Nil; ce n'est mème qu'une riviére de second ordre, et, par la largeur et le volume des eaux, trèsinférieure au Nil Blanc.

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au Sud du lac Tsanat, qu'il traverse, et à la sortie duquel il décrit un demi-cercle et coule au Nord-Ouest. Ses 1uents sont : à gauche, 4 Yebous et le Tounu:!, qui viennent de l'Ena

; à droite, Île Dender et le Rahad, qui air le talus occidental de l'Abyssinie et la Nubie; le T'acazté, grand affluent du Nil, qui descend des montagnes du Lasta, coule d'abord dans une gorge profonde de 600 mètres et arrose le Semen, le Tigré et la Nubie; il a des crues de 6 mètres et reçoit un grand nombre d'affluents; le Mareb, qui arrose aussi le Tigré et la Nubie ; — l'Aouach, dont la partie supérieure arrose le Chou,

Toutes les vallées de l'Abyssinie, profondément encaissées et mal aérées, sont malsaines, surtout après les pluies; aussi sont-elles inhabitées; les villes et les nombreux villages du pays sont établis sur les plateaux,

Productions minérales. — Les principales productions minérales de l'Abyssinie sont le sel et le fer, Le fer est abondant et exploité dans le Lasta et le Choa, où l’on en fait des ammes et des outils,

Divisions du sol, climat, productions végétales et bétail. — Le sol de l'Abyssinie se divise (comme dans les hautes terres de l'Amérique équinoxiale) en trois zones:

Les Kollas ou basses terres, de 1,000 à 1,600 mètres ;

Les Ouuina-Dégas, terres de moyenne élévation, de 1,600 à 3,000 mètres;

Les Dégas où hautes terres, de 3,000 à 4,000 mètres,

qui différent essentiellement par le elimat et les productions.

Les Dégas sont le plus souvent formées par de vastes plateaux et se composent d'excellents pâturages naturels (Mieda), où l'on élève les plus belles races de chevaux du pays, des mulets, beaucoup de bêtes à cornes de la race bossue, des chèvres et des moutons. Les cultures, qui n'existent que dans les parties les plus basses des Dégas, produisent du blé et de l'orge 4. La température ne dépasse pas + 16 et 17 et tombe souvent au-dessous de zéro. Les parties les plus élevées des

{ Le lac Tsana est appelé aussi lac de Dembéa, Il est entouré de volcans éteints, et plusieurs îles du lac lui-même ne sont que d'anciens cratères.

* C'est le Choa, le Godjain et le Damot qui fournissent les plus beaux chevaux.

3 Les moutons abyssins sont de deux races : la blanche et la noire ; les deux ont une laine trés-louque el soyeuse.

+ L'Abyssinie cultive une variété d'orge indigène appelée kenkena; elle croit jusqu'à 4,000 mètres,

chaines de montagnes et les hauts sommets sont rocheux et stériles, nus où revêtus de mousses et de lichens, où quelquefois de neige, comme le sommet du Detjem. L'arbre principal des Dégas est le cosso !.

Les Ouaina-Dégas forment une région plus chaude, dont la température varie de + 14:

à 927; l'air y est sain, C'est la zone des cul. tures ; c'est aussi la zone la plus peuplée et la plus riche ; elle renferme presque tous les vil. lages et les villes de l'Abyssinie, Partout le sol est cultivé, et les champs alternent avec les pâturages, où le bétail est encore assez nombreux. Les cultures des Ouaïna-Dégas produisent l'orge, le blé, le tef *, le douqn ou dokn 5, le mil4, les pois, les féves, le raisin, les olives, les oranges, les citrons, les pêches et les abricots. Le cosso se trouve aussi dans cette zone moyenne.

Les Kollas sont les terrasses les moins “levées et les plus chaudes de l'Abyssinie :

leur température varie de + 29° à 36°. Elles sont formées d'alluvions très-fertiles, qui produisent le dourah, le mais, le tokusso on dagoussa 5, l'igname, les bananes, les dattes, le «4f66, la canne à suc fé le baobab, le coton, qui est très-beau et que les Abyssins emploient à fabriquer des tissus pour vêtements, le baume de la Mecque, le safran, l'indigo, qui croit spontanément et dont on ne tire aucun parti, divers gommiers ?, etc. Les Kollas sont cependant peu peuplées #, à cause de la chaleur et des fièvres mortelles qui y sévissent.

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‘ Le cosso, cousso où habi (Brayera anthelmintica) est un arbre dont la fleur tue le Uenia. Ge veret d'autres vers intestinaux sont extrêmement communs en Abyssinie; par contre, nulle contrée ne produit autant de vermifuges énergiques.

# Poa Abyssinica. Le grain du tel sert à faire un pain excellent ; les Abyssins préférent le tof au blé, 3 Panicum «picatum où Peuniselum typhoïdeum.

4 Holcus spicaltus.

S Eleusine dagoussa. Cette graminée sert À faire du pain etde la bière.

® Le café d'Abyssinie est excellent; Je meilleur vient du Godjam.

7 Aux produits de l'Abyssinie il faut encore ajouter : le téhaï (Celaatrus edulie), dont les feuilles michées excitent le systtme nerveux ; ee masticatoire est très-employé par les Abyssins et les Arabes de l'Yemen ;— le berberi on poivre rouge d'Ethiopie, que l'on consomme en grandes quantités ; — le chimbera ou pois d'Abyssinie.

# Les gens des plateaux viennent récolter les produits des fécondes alluvions des Kollas et s'en vont après quelques semaines de séjour, aussitôt que les pluies commencent.

® Les forèts et les jungles des Kollas sont aurtout lormées de mimosas, de gommiers, de genévriers, de tamariniers, de térébinthes, d'éhéniers, de 8yearmneres et de bambous,

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plus grande partie de ces basses terres serwent de repaire à toutes sortes de bêtes fauvest, — Les Kollas occidentales, entre le pied du plateau et le Sennaur, sont habitées pur des noirs entitrement sauvages, que les Abyssins désignent sous le nom de Changallas.

Les Abyssins savent établir les irrigations nécessaires et donnent besucoup de soins à la culture, tout en conservant les procédés les plus primitifs; si ce pays avait des routes *, des débouchés, de bons instruments, et surtout S'il y existait quelque sécurité, la production agricole serait illimitée,

Races, langues et religions, — L'Abyssinie est peuplée d'environ #4 millions et demi d'habitants, qui appartiennent à quatre races :

Les Abyasins;

Les Gallas %, uuxquels se rattachent : les Ouollos, les Agau où Agous % et les Chungallas 5;

Les Nogres, esclaves venus de l'Afrique intérieure;

Quelques tribus danakiies, dans le Samhura,

Les Abyssins, les plus nombreux des habilants de l'Abyssiaie, sont bronzés et leur type se rapproche complétement du type européen; c'est une très-belle race, surtout dans l'Amhara®, où elle parait s'être mêlée autrefois aux Gallas.

Les langues parlées dans l'Abyssinie sont : l'amharique, idiome éthiopien mêlé d'éléments sémitiqnes, le galla, l'agau, le changalla

! Parmi lesquelles nous citerons : la civette, qui produit le muse d'Abyssinie ou zebed, les singes, les gazelles, les antilopes, la girale, le zèbre, le sanglier, Le rhinocéros, l'éléphant, le buffle, l'hippopotame, la hyène tachetée, la panthère et le lion,

“n'y a ni routes, ni voitures en Abyssinie; les transports s'y font à dos de mulet, d'âne, de cheval et de chameau, et surtout à dos d'homme,

3 Qui se sont établis comme conquérants dans quelques parties de l'Abyssinie (du Choa surtout), depuistrois siècles,

# Noirs sauvages qui habitent les hautes montae anes d'où descend le Nil Bleu.

5% Changallas veut dire sauvages noirs; le nom de ces peuples est Kounamas, Les Changallas appartiennent aux races primitives de l'Abyssinie et ont étè conquis ou chassés par les Abyssins. Une partie des Changallas vitdans les Kollas ocvidentales, les autres dans la vallée du Mareb,

9 On trouve dans les belles figures des gens du Semen et de l'Amhara, aux Yeux légérement bridés, lé pe des figures des statues du plus bel art de l'ancienne Égypte, On ne peut pas ne pas se rappeler, en remarquant l'extrême ressemblance des gens du Lasta avet les Hindous, qu'flérodote affirme qu'il y avait eu dans les temps anciens une migration indienne dans l'Éthiopie,

et le danakil; ces trois derniers idiomes paraissent être de l s,1e famille que le galla. Le ghez, idiome éniliqe e, est aujourd'hui une langue morte » sacré", qui n'est plus employée que dus les livres de théologie et de droit !.

Les Abyssins sont chrétiens du rit copte; leur Église est dirigée par un archevêque copte, portant le titre d'Abouna, qui réside à Gondar et es nommé et envoyé en Abyssinie par le patriarche du Caire, Le christianisme des Abyssins est trés-altéré et compliqué de pratiques mahométanes et juives ; leur clergé est trèsignorant ; malgré tout, il est remarquable et important qu'en plein cœur de l'Afrique musulmane où paienne, la croix se maintienne encore debout sur le plateau abyssin. — Une mission catholique existe en Abyssinie ; le vicaire-apostolique qui la dirige réside à Massouah. — Les Gallas sont païens. — Une petite partie des Abyssins suit l'islamisme, — 11 y a aussi dans l'Abyssinie des juifs appelés Falacha, qui prétendent descendre des Juifs chassés de Jérusalem, mais qui sont évidemment de race abyssine ; leur judaïsme est fori altéré et mêlé de cérémonies chrétiennes.

Provinces et villes. — L'Abyssinie est divisée en cinq grandes parties : le Tigré, au Nord; l'Armbara, au centre ; le Choa, au Sud-Est ; les provinces occupées par les Gallas, à l'Est; la partie du Samhara qui forme la province turque de Massouah, au Nord-Est.

Tigré. — Le Tigré se subdivise en plusieurs provinces dont les plus importantes sont : le

Hanazés, au N.; l'Agamé, à l'E; le Chiré, au 5, le bassin du Tacazzé ; l'Enderta, 521 a iles principales sont : Adouah, Von et commerçante, capitale du

ï , — Axoum, ville ancienne, la civilisation abyssine ; ce rd'bri qu'un grand monastère.

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Ainhara. — V'Ambara se subdivise en un grand nombre de provinces, dont les plus importantes sont : le Semen et le Lasta, pays de hautes montagnes, au Nord-Est; le Dembéa, pays de plaines fertiles, au Nord du lac Tsana ; le Beghemder, à l'Est du lac, belle et fertile province ; le Melcha, au Sud du lac; l'Agau, au Sud du Metcha; le Kouara, à l'Ouest du

‘ Le ghez paraît avoir été apporté dans l'Abysstnie par des colonies venues de l'Arabie méridionale, qui s'établirent dans le Tigré et soumirent la population indigène; la langue que parlaient ces conquérants est le ghez; c'est un ramean de l'arabe mété de quelques tiéments ahyseins.

lac ; le PDamot et le Godjam, au Sud, dans le bassin du Nil Bleu, qui sont au nombre des plus riches parties de l'Abyssinie. Les villes princip: les de l’'Amhara sont : Gondar, ville de 10,000 hab., dans le Dembéa, capitale de l'Abyssinie, résidence de l’Abouna et centre principal des études et de la théologie. C'est aussi un grand marché; il part de Gondar des caravanes pour l'Enaréa, le Kaffa, le pays des Gallas, la Nubie, l'Égypte et Massouah. Elles vont acheter dans l’Enaréa, le Kaffa et le pays des Gallas, du café, de l’ivoire, du musc de civette, de l'or, des peaux de lion et de panthère, qu'elles vont vendre ensuite, à Massouah, aux marchands de l'Inde et de l'Arabie. Gondar exporte aussi à Massouah de la gomme, de la myrrhe, de la cire, du miel, du beurre fondu (pour l'Arabie), des plumes d’autruche, des toiles de coton à bandes rouges et bleues, des peaux de bœuf tannées, de belles mules (pour Maurice), du blé (pour l'Arabie) et des esclaves gallas et nègres qu’on vend aux Arabes, Les caravanes rapportent de Massouah à Gondar divers produits européens ou indiens, tels que : gros draps rouges, calicots, indiennes rouges, velours de coton bleu et rouge, fil, aiguilles, soie pour faire le cordon bleu que portent au col tous les chrétiens abyssins, des verroteries de Venise, des armes, du cuivre rouge, du poivre, etc. — Baso, dans le Godjam, près du Nil Bleu, grande place de commerce sur la route des caravanes de l'Enaréa à Gondar.

Choa et Gallas. — Les villes principales du Choa sont : Ankober, ville de 6,000 hab., la plus importante du Choa; c’est un centre de commerce qui expédie des caravanes à Tadjourah, à Zeilah et à Berberah. Les articles échangés entre Ankober et ces trois dernières villes sont à peu près les mêmes que ceux qui ont été mentionnés en parlant du commerce de Gondar. — Angalola, ville de 3,000 hab., qui a été la capitale du Choa, quand il formait un royaume séparé. — Aléyou-Amba, à 8 kilom., à l'Est d’Ankober; il s’y fait un commerce assez considérable. — Abderasoul, à 2 kilom. au Sud d'Ankober, centre du commerce des esclaves. — Le Choa renferme un million et demi d'habitants dont le plus grand nombre se compose d'Amharas chrétiens ; les autres sont des Gallas qui se sont emparés d'une partie du Choa. — Les Gallas ont conquis aussi les terrasses moyennes qui se trouvent à l'Est du plateau abyssin, entre le Choa, l'Amhara et le Tigré, à l'Ouest, et le Samhara, à l'Est; leurs tribus y vivent dans une complète barbarie.

Province turque de Massouah (Samhara). —

Les Turks possèdent depuis le seizième siècle le littoral de l’Abyssinie et celui de la Nubie: ils ont formé de ces deux possessions sur Jà côte occidentale de la mer Rouge, une province qui fait partie du gouvernement de Djeddah (Arabie) et qui ne se compose en réalité que de trois ou quatre points où les Turks ont une garnison. Les villes principales de la province sont (en Abyssinie) : Massouah, située dans une ile près de la côte de l'Abyssinie, ville commerçente de 5,000 habitants abyssins, arabes, indiens et turks ; elle possède un bon port et est le débouché du commerce de l’Abyssinie et la clef de ses communications avec l'Europe ; pour toutes ces raisons, il est regrettable que celte place soit entre les mains des Turks, Massouah est l’entrepôt du commerce de l'A.

byssinie avec l'Arabie, les Indes, l'Égypte et l'Europe; on a indiqué précédemment, en parlant des caravanes de Gondar, quelles étaient les principales marchandises qui s'échangeaient à Massouah.— A4rkiko, au Sud de Massouah, est aussi occupé par les Turks, auxquels paven‘ nn tribut les quelques habi.

tants des iles Dahlac, situées à l'Est de Massouah et qui n'ont d'im::ortance que par leurs pêcheries de perles.

Gouvernement de l'Abyssinie!. — Droit 4855, l’Abyssinie ne forme qu'un seul état, gouverné par un souverain énergique qui en soumis toutes les parties à son autorité. Ce son. verain porte le titre de Negus ; il est à peu prés absolu, mais son autorité est souvent nulle contre la puissante noblesse féodale du pays. L'armée du Negus est de 60 à 80,000 hommes.

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