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COTES DE LA MER DU NORD, DE LA MANCHE ET DE L'OCÉAN

Les dunes de Flandre et de Picardie.

La mer du Nord ne baigne en France que la

province de Flandre et un port de l'Artois, Gravelines. Le littoral, formé de tourbières et d’alluvions marécageuses, est très-bas et bordé de dunes? qui le protégent contre l'invasion de la mer. Cette bordure de dunes, qui a quelquefois 50 mètres de hauteur, et le plus généralement 10 ou 15, sur une largeur moyenne de 1000 à 1200 mètres, forme une espèce de désert de sable, dans lequel poussent çà et là quelques herbes rares. — Les dunes sont précédées d'une large bande d'estran * ou plage de sable, qui découvre à marée basse, et la mer, peu profonde, est encombrée de banes de sable,

Le port principal de cette partie du littoral est Dunkerque #, place forte et position maritime importante par son voisinage de la Tamise et du Pas de Calais; malheureuse-

! Nos principales sources sont : les cartes de l'Hydrographie française, la carte de France du Dépôt de la guerre, la statistique des ports de commerce publiée par le ministre du commerce, et les rapports présentés aux Chambres depuis 1850.

* Dune, du celtique dun, colline, — Les dunes sont. on effet, des collines de sable,

3 Estran,destrond et strand, qui dans les anciennes langucs du Nord signifient : le rivage.

* Dunkerque veut dire : église des dunes, — En flnmand, Duinkerken.

116 GÉUGRAPHIE GÉNÉRALE.

ment son port, par suite des ensablements, n’admet. plus aujourd'hui d'aussi grands bâtiments qu'au temps de Jean Bart. Les petites marées n'y font'entrer que des bàtiments tirant 43 pieds d’eau ; mais la rade, formée par le Braek-bank, offre un abri assuré aux vaisseaux. C'est la seule que la France possède jusqu'à la Hougue. « De l'embouchure de la Seine à la frontière de Belgique, la côte de France est une des plus mauvaises de l'Europe; sur ses alignements uniformes s'ouvrent, il est vrai, plusieurs ports; mais leurs étroites entrées sont toutes d'un difficile accès, et par les gros temps; si fréquents dans ces parages, le navire qui les manque est en danger de perdition. Ce long espace n'offre pas à nos bâtiments, ou à ceux des nalions amies, un seul de ces abris où l'on entre en tout temps à pleines voiles. La côte d'Angleterre, au contraire, ouvre à la mer sur toutes ses faces de profondes échancrures !. »

A 4kilom. à l'O. de Dunkerque, on remarque le village de Mardyck, où Louis XIV, après la démolition de Dunkerque, stipulée par les traités d'Utreci on 1713*, fit exécuter de grarids travaux qui avaient pour but l'établissement d'un canal maritime éclusé, destiné à devenir un excellent port militaire et à remplacer celui de Dunkerque. L'écluse et les jetées du canal de Mardyck furent détruites, en 1717, pendant la régence du duc d'Orléans, en vertu du traité de la Haye; le canal fut seulement conservé pour servir à l'écoulement des eaux qui, sans lui, auraient inondé le pays, mais on le mit hors d'état de recevoir de grands navires. Une partie du canal de Mardy”" -xiste encore. Quant à Dunkerque, son port n’a été rétabli, ainsi que ses fortifications, qu'après le traité de Versailles, en 1783.

Dunkerque est un port de commerce assez

CE

! Pauvre, le Pas de Calais, dans la Revue des Deux Mondes du 1°" décembre 18H,

? On détruisit l'enceinte bastionnée de Dunkerque, la citadelle, le fort Risban, les deux jetées du chenal et les batteries qui les défendaient; le port fut comblé, et les écluses des divers canaux qui y aboutissaient turentdétruites. Un batardeau fut établidans le chenal à l'entrée du port, et leseaux, ne trouvant plus de passage pour s'écouler, rendirent bientôt Dunkerque inha- Litable, Deux lois rétabli, pendant la guerre de la succession d'Autriche et pendant la guerre de Sept Ans, deux fois le port de Dunkerque fut encore détruit par ordre de l'Angleterre, en 1748 et 1765. L'article 15 du honteux traité de Paris (1765) ajoutait à la clause de démolition : « H sera pourvu à la salubrité de l'air et à la santé des habitants par quelque moyen à la satisfaction du roi de la Grande-Bretagne, » Louis XVE fit cesser 6 Le honte et rétablit le port de Dunkerque, en 1785.

important et un port militaire ; c'est aussi un de nos premiers ports pour le grande pêche et pour la petite.

La pêche faite sur les côtes de France, avec des bâtiments non pontés de 5 à 20 tonneaux !, est appelée la petite pêche par opposition à la grande pèche, que l'on va faire au loin : en Islande et à Terre-Neuve, pour la morue, et dans les mers du Sud, pour la baleine et le cachalot?. On compte environ 55,000 pêcheurs en France, sur lesquels 40,000 sont employés à la petite pêche, et 15,000 à la grande.

La pèche produit (sans parler des huitres, des moules et des homards) un revenu d'environ37 millions de francs; elle donne du travail à 55,000 hommes, sert d'école aux jeunes mutelots et forme pour la marine marchande et militaire une excellente pépinière.

Dunkerque et Gravelines envoient pècher la morue en Islande et sur le Dogger-bank, dans la mer du Nord. Les autres poris qui font la pêche de la morue sont: Boulogne, Dieppe, Fécamp, Honfleur, Granville, Saint- Malo, le Légué, Binic, la Rochelle, Bordeaux, Marseille et Cette ; mais ils n’exploitent que les parages de Terre-Neuve. La pêche de la morue produit 26 millions de kilogr. de poisson, valant 11 millions de francs, et 2 mi.lions de kilog. d'huile de foie de morue, valant 2,700,000 francs.

La petite pêche est surlout active dans la Manche, Jusqu'à l'embouchure de la Loire, la côte de Bretagne fournit encore d'abondantes richesses ; mais depuis la Loire jusqu’à la Bidassoa, la pèche est plus que secondaire, à zause du fond sablonneux où le poisson ne trouve pas à se nourrir.

Les poissons sédentaires, qui donnent lieu à une pêche permanente, sont : les raies, les squales ou chiens de mer, les turbols et barbues, tes soles, plies et limandes, les

“merlans, les bars, les congres, les dorades,

les rougets, les mulets, ete. Toutes ces espèces se montrent aussi bien dans la Méditerranée que dans la Manche et l'Océan.

Les poissons appelés à tort poissons voyigeursÿ ne se monrent pas partout Sur nos

‘ Le tonneau est un poids de 1,000 kilogranmes.

% La pèche de la baleine est encore faite anjonrd'hui par quelques bâtiments du Havre et de Saint- Malo; mais elle n'a plus que trés-peu d'importaner en France,

5 Alien n'est plus faux, parait-il, que ces prélendus voyages des poissons, Los poissons voyageurs habitent les profondeurs de la mer, et tous les ans, vers le commencement de l'automne, ils remontent et s'approchent des rivages pour déposer leurs œufs,

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Le hareng et le maquereau sont spéciaux à la mer du Nord et à la Manche ; la sardine et le germon, au golfe de Gascogne; l’anchois, la melette et le thon, à la Méditerranée.

Après cette digression sur la pêche, il convient de terminer la description du littoral de la mer du Nord, en disant que Gravelines, vort de cabotage et de pêche, à l’embouchure de l’Aa%, est devenu depuis quelques aunées un des principaux centres du commerce de denrées que fait la France avec l'Angleterre, à laquelle Gravelines exp: vte des æufs et des fruits.

Le littoral change d'aspect sur les côtes du Pas de Calais. Le sol du Boulonnais est élevé, inontueux, et jusqu’au cap d'Alprech, la côte est généralement haute et rocheuse, bien que l'on trouve parfois quelques dunes. Lorsque la mer se retire, elle laisse à découvert, soit des plages d’es'ran, soit des bancs de roche. Des caps élevés et rocheux font saillie sur le rivage; ce sont : le Blanc-Nex (134 mètres), le Gris- Nez 5, haut de 0 mètres et qui n’est qu’à 27 kilomètres des côtes d'Angleterre, la pointe de la Crèche, les hauteurs de l'embouchure de la Liane, sur l'une desquelles est bâtie Boulogne, et le c@p d’Alprech.

Mais au delà de ce cap, lorsque l'on pénètre dans la Manche, la côte redevient basse, sablonneuse et bordée de dunes, comme en Flandre. On est alors dans la grande baie de la Sonime, qui forme un angle très-ouvert, de.t le sommet se trouve au bourg d'Ault. Les dunes de Picardie forment le premier côté de l'angle els’étendent jusqu'à Gayeux; les falaises du pays de Caux, jusqu'à l'embouchure de la Seine, forment le second.

Les dunes de la baie de la Somme sont moins hautes et moins larges que celles de Gascogne. À proprement parler, le littoral picard, sur les côtes du Ponthieu et du Vimeux, est formé de landes sablonneuses, larges de 2 à 5 kilomètres, au milieu desquelles sont des monticules de sable peu élevés, peu nom-

! Statistique de la petite pêche, par Milne-Edwards. + Dans Les langues scandinaves, 4a veut dire une rivière, 5 Nes, de ness, cap.— Ness est un mot norwégien, — Le Gris-\ez ot appelé aussi Sourte-Ness, cap Noir,

breux et plantés d'oyats!, dont les racines forment un réseau qui solidifie ce sol mouvant, et dont les touffes verdâtres rompent de temps en temps l'éternelle blancheur de ces steppes.

Dans toute cette parhe de nos côtes, la mer est dangereuse, encombrée de bancs de sable et n'offre que deux ports, Calais et Boulogne, où puissent entrer les bâtiments d'un assez fort tonnage; partout ailleurs, jusqu’au Tréport, il n'y a aucun refuge pour lesnavires jetés par les vents d'Ouest, ou parles courants, sur ces plages sablonneuses.

Les ports du littoral de la Picardie sont :

Calais, place forte, port de commerce et de pêche. Le port de Calais, quoique petit et ne pouvant recevoir que des bâliments de 4 à 500 tonneaux, est important parce qu'il est accessible en tout temps et qu'il abrite des vents d’0., si violents dans .ces parages. La rade de Calais est au N.-0. de la ville, entre la côte et un banc appelé le Riden de Calais ?. Avant la navigation à vapeur, Calais. était le principal point de passage de France en Angleterre; actuellement c'est Boulogne.

« Avec des bâtiments à voiles, les vents d'O., qui soufilent les deux tiers de l’année et battent perpendiculairement la côte de Boulogne, mettaient un obstacle insurmontable à la régularité des passages en Angleterre par cette ville, tandis que Calais, abrité de ces vents par le cap Gris-Nez, jouissait d'un avantage incontesté. Le premier bateau à vapeur qui es!

entré à Boulogne a marqué la fin du règne capricieux du vent 5. » On sait qu'après la bataille de Crécy etun siége d'un an, les Anglais s’emparèrent de Calais (1347), et que le duc de Guise le leur reprit en 1558. — Wissant, l’ancien Itius Portus, où s'embarqua César pour la conquête de la Bretagne, est aujourd'hui en-

sablé, de mème que Ambleteuse, où dé-

barqua, en 1688, le roi Jacques Il, chassé d’Angleterre par Guillaume HE, Wissant fut jusqu'au qualorzième siècle le port le plus fréquenté pour passer de France en Angleterre; à cette époque, les sables comblèrent le port. Ambleteuse a été jusqu'au milieu du seizième siècle un centre de commerce très-aclif; mais

! L'oyatest une plante de la famille desGraminées,. On n'a pas encore commencé à boiser les dunes de Picardie, mais on ya l'ait de nombreuses plantations d'oyats, Les dunes de Picardie et de Flandre, formées de sables calcaires, plus adhérents que les sables si liceux, sont beaucoup moins mobiles que les dunes de Gascogne.

? Jusqu'au Havre, un grand nombre de bancs de sable portent le nom de Riden ou Ridin,

3 Dauve, le Pas de Calais, dans la Rene des Deux Mondes du 1 décembre 18H,

alors les sables, poussés par les vents d'O.

et les courants, ont aussi comblé son port; les travaux entrepris par Vauban et, en 1805, par Napoléon, pour rétablir le port d'Ambleteuse, ont été inutiles. Ambleteuse a cependant une rade qui est formée par un grand banc de sable appelé la Bassure de Baas. — Wimereux, à l'embouchure de la rivière de ce nom, n’a qu'un petit port, créé en 1804, et qui est peu fréquenté. — Boulngne (Gesoriacum), port de commerce, de pêche et de relâche, a acquis d'immenses développements depuis quelques années; c’est aujourd'huile principal port de passage de France en Angleterre. Situé à l'embouchure de la Liane, le port de Boulogne est d'un accès facile et peut recevoir les plus gros bâtiments de commerce ; mais les vaisseaux de guerre sont obligés de s’arrèêter dans la rade Saint-Jean, qui est vaste, bien abritée des vents d'O., et dont le mouillage.est sûr. Boulogne était le quartier général de la flottille rassemblée par Charlemagne pour défendre les côtes de son empire contre les Northmans; en 1804, Napoléon y fit de grands préparatifs contre l'Angleterre.

Boulogne est aujourd'hui le centre de la pêche du hareng en France. Gravelines, Étaples, Berck, Tréport, Saint-Valery-en-Caux, Fécamp et Courseulles, se livrent aussi à cette pêche. Bien que le hareng se montre jusqu’à la Rochelle, il n'est abondant, sur notre littoral, que dans la mer du Nord et dans la Manche jusqu'au Havre. La pêche d'automne se fait sur nos côtes ; celle d'été, dans les mers qui baignent les rivages orientaux de l'Écosse.

Nos pêcheurs livrent annuellement à la consommation 42 à 13 millions de harengs frais ou salés.

La buie de la Canche, sur laquelle est situé Etaples, était, sous les Romains, une des stations de leur flotte; aujourd'hui ce n'est plus qu'un port de petit cabotage et de pêche, presque complétement ensablé, et l’un des points les plus dangereux de cette côte inhospitalière. L'aspect de la baie de la Canche, vue à marée basse, est sinistret; ce n’est qu'une immense grève*, bordée de dunes et offrant l'image d'un désert,

Au milieu des bancs, formés de sables, de

#« Rien n'est sinistre comme l'aspect de cette plaine de sable humide, encadrée dans des monta ynes de sable, sans habitants et sans verdure, enveloppées la moitié de l'année dans une brume épaitse. Aucune côte n'a vu plus de naufrages que celle derrière laquelle se replie l'embouchure de la Canche,» (Bauve, le l'as de Calais.)

# On pêche d'excellentes crevettes tlans les grèves d'Étaplese

vases marneuses et de galets, qui encombrent l'embouchure de la Somme, on remarque le Crotoy et Saint-Valery, ports de commerce et de pêche. Une longue plage de sable recouvre maintenant l’ancien port du Crotoy, où abordaient autrefois des bâtiments de 400 tonneaux; mais Saint-Valery reçoit encore des bâtiments de 300 tonneaux. C’est de Saint- Valery-sur-Somme que partit Guillaume de Normandie, le 27 septembre 1066, pour aller conquérir l'Angleterre. Sa flotte avait été rassemblée à l'embouchure de la Dive; mais le vent la conduisit au mouillage de Saint-Valery, où elle fut obligée d'attendre pendant plusieurs jours un vent favorable.

Un canal maritime de 13 kilomètres et demi, bordé de beaux arbres et traversant des prairies de l'aspect le plus pittoresque, joint Saint- Valery à Abbeville et amène les navires le long des quais de ce port de commerce:

mais la navigation, gênée par la barre qui obstrue l'entrée de la Somme, abandonne peu à peu ces parages, si fréquentés encore au temps de Colbert. — Le Hourdel, à l'entrée mème de la Somme, est un port de nèche et de relâche.

Les falaises du pays de Caux !.

Entre la Somme et la Seine, sur une longueur de 150 kilomètres, s'élève un plateau qui se termine à pic sur la Manche; c’est cette immense muraille, haute généralement de 100 mètres, qu’on appelle les Falaises?.

Les falaises commencent au bourg d’Ault, à 3 kilom. de la Normandie, et finissent au cap de la Hève, à l'embouchure de la Seine. Elles sont composées de couches horizontales de marne, épaisses d’un à deux mètres, au milieu desquelles sont des rangées nombreuses et minces de rognons de silex noir; ce sont ces lignes de silex qui donnent aux falaises l'aspect d'une muraille véritable, en accusant ses assises, et qui engendrent les grèves de galets5 et de sable qui la bordent dans toute son étendue.

Les principales vallées qui débouchent sur la mer (vallées d’Ault, de la Bresle, d’Arques, de Saint-Valery, de Cany, de Fécamp, d'Étretat, etc.), sont creusées dans le plateau, et forment dans les falaises de grandes échancrures qui rompent de distance en dis-

4 Voy. Bauve, les côtes de Normandie, dans la Revue des Deux Mondes du 15 juin 1848,

2 Falaise, du scandinave flels, rochers ; en allemand, fels.

$ On appelleles plages de galets perreys, depuis Dieppe jusqu'au Havre,

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tance l’uniformité de leur hauteur. La mer, en battant, dans les hautes marées, ce grand mur de marne, de nature si friable, en entame le pied, le ronge, et la partie supérieure devenant en süurplomb, s'écroule à son tour. La mer envahit ainsi chaque année de 30 à 80 centimètres de terrain, et les débris de la falaise, chassés par les courants, encombrent de vases et de galets, sans cesse renaissants, les ports du littoral picard et cauchois, depuis la Canche jusqu’au Havre.

Il est facile de se rendre compte des danvers de la navigation dans ces parages ; tout navire, jeté à la côte, est brisé sur le perrey ou sur les bancs de roche qui précèdent les falaises. Les ports, peu nombreux, ne setrouvent naturellement que dans les échancrures établies dans les falaises par les vallées. — Le bourg d’Ault, situé dans la première de ces échancrures, était encore, en 1698, un petit port de pêche; de 1750 à 1780, la mer a rasé la crique, la plage et plusieurs rues du village lui-même; il est aujourd'hui niché dans une avalure ! qui ne descend pas tout à fait jusqu’au niveau de la mer. — À l'embouchure de la Bresle est situé le Tréport, port de commerce, de relàche et de pêche, qui possède un bassin à flot, et communique, par le canal de la Bresle, avec le port de la ville d’Eu. Comme port de refüge, le’ Tréport a une certaine importance. De grands travaux y ont élé exécutés dans ces dernières années %, — A11 kilomètres du Tréport, est le ravin ou avalure de Biville, par lequel, en 1803, Georges Cadoudal et ses complices, soldés par l'Angleterre pour assassiner le premier consul, s'introduisirent en France. — La vallée d'Arqnes, large et plantureuse, renferme à son embouchure Dieppe, port de commerce, de pèche et de relâche. Dieppe peut recevoir des bâtiments de 600 tonneaux; le commerce et la

* Avalure on valeuse sont les noms sous lesquels on désigne les ravins et les descentes à pic pratiquées le long des falaises, Valeuse est le mot usuel.

* Les travaux accomplis au Tréport font partie d'un système général d'améliorations que l'on achève en ce moment dans tous nos ports de la Manche et ‘ans quelques-uns de l'Océan. Ces travaux consistent eu: établissement de jetées, de môles el de quais; vreusement du chenal, de l’avant-port et du port ; élargissement du chenal; création de bassins à flot eLde retenue, et d'écluses de chasse; établissement de brise-lames; transformation du port d'échouage en port à flot par la construction d'un bassin à flot, ete.

Voy. les projets et rapports insérés dans le Monileur des 18,19, 21 juin, 6 juillet 1845 ; 28 février et 21 inars 1816.

* Dieppe vient de l'ancien mot scandinave dyp, pro:

fond, abîme ; en allemand, lief; on anglais, deep,

pêche! y sont très-actifs. Dieppe a une belle plage, et ses bains de mer, à cause de leur proximité de Paris, sont très-fréquentés depuis quelques années. Aux quatorzième, quinzième et seizième siècles, Dieppe a été une ville maritime importante par l'étendue de son commerce et la puissance de ses armateurs. Les découvertes et les voyages que firent les navigateurs dieppois sur les côtes occidentales de l'Afrique, longtemps avant les Portugais, attestent cette ancienne splendeur. Dieppe, bombardé et détruit par les Anglais en 1694, n’a pu reprendre depuis lors son importance, qui lui a été enlevée par le Havre. — Saint-Valery-en-Caux, port de commerce et de pêche, offre une relâche praticable à des bâtiments de 600 tonneaux. La pêche des huitres, sur le banc situé devant le port, donne, depuis quelques années, des résultats assez importants. — La vallée de Fécamp est loñgue, étroite et resserrée entre deux collines nues et escarpées; à son embouchure est Fécamp, port de pêche, de commerce et de relâche, qui possède une rade sûre et un port dans lequel des bâtiments d’un fort tonnage peuvent entrer en tout temps?. — Étretat n'est qu'un village de pêcheurs, précédé d’une rade, et célèbre par ses falaises pittoresques. — Après avoir passé le Nex d'Antifer ou cap Caux, élevé de 116 m., et après avoir encore doublé le chef 5 de Caux ou pointe de la Héèves, haute falaise de 130 m., on trouve le Havre?, à l'embouchure de la Seine.

Le Havre est le premier port de commerce de la France sur la Manche et l'Océan. La possibilité d'admettre les plus gros bâtiments de commerce, sa position à l'embouchure de la Seine, et surtout la grande durée de la haute mer dans ce porté, lui ont valu son importance. Le Havre est le principal centre de nos relations avec l'Amérique et surtout avec les Etats-Unis; il est en relations régulières, par des services de bâtiments à voiles ou à vapeur, avec vingt-sept ports d'Amérique. On compte au Havre, chaque année, plus de 4,000 entrées

* La pêche du maquereau, une des plus productives de la Manche, se fait depuis Dunkerque jusqu’à Brest ; Dieppe, Boulogne, Saint-Valery-en-Gaux, Luc, la Hougue et Brest, en sont les principaux centres.

# On doit y établir un port de refuge capable de recevoir des bâtiments de guerre,

3% Chef, cap, tête ; du latin caput ; en anglais, head.

+ Hève, en basse Normandie, se dit d'un rocher creusé en dessous par l'eau, etoû les pêcheurs pour: suivent les crabes, Û

5 Havre, du scandinave hafen, port; en anglais, haren.

% LeHavre garde sou plein trois heures aprés que la marée y natteint son maximum d'élévation,

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ou sorties de bâtiments naviguant au long cours, dont les transports forment le quart du mouvement de toute la marine marchande de la France. François 1°’ est le fondateur du Havre (1517); mais le port doit ses développements à Richelieu, à Duquesne, à Dinfreville et à Colbert.

C'est entre la pointe de la Hève et le Havre, et à l'E. du banc de l'Éclat et des Hauts de la rade, qu'est située la petite rade du Havre; la tenue est excellente au centre, mais le mouillage est peu étendu, et le brassiage y est trop faible, pour qué les grands bâtiments du commerce osent y séjourner. La grande rade est au N.-0., mais ce n'est qu'un mouillage du large.

L'estuaire de la Seine, encombré de bancs de sable, présente, en face du Havre et sur la rive gauche du fleuve, Honfleur !, port de commerce et de relâche pour les bâtiments qui remontent la Seine ou qui ont manqué l'entrée du Havre. — Sur la rive droite de la Seine et près du Havre, est situé Harfleur, qui a été jusqu’au seizième siècle fort considérable, mais dont le port est aujourd’hui encombré de galets et ruiné. — Quilebeuf*, port de commerce et de relâche, offre un bon mouillage aux bâtiments qui remontent jusqu'à Rouen, un de nos ports les plus commerçants, et où peuvent entrer des navires de 300 tonneaux. Les travaux récents d'amélioration de la basse Seine ont rendu beaucoup d'activité au port de Rouen. On a obtenu un approfondissement dans le chenal de la rivière, au moyen de la construction de digues longitudinales submersibles, qui limitent le lit du fleuve. La portion de l’ancien lit de la Seine qui se trouve ainsi placée en dehors du ‘chenal par les digues submersibles, est couverte par les hautes marées; elle peut ainsi recevoir les matières en suspension dans les eaux, et ces vases exhaussent ou colmatent le sol, qui se couvre de végétation et se change peu à peu en pâturages.

Les rochers du Calvados.

Les hautes falaises s'arrêtent à l'embouchure de la Seine, mais la côte reste rocheuse, le

* La terminaison fleur vient des mots scandinaves et saxons flot, flet, ford, floi, fo, etc. et indique ou une rivière, ou une baie profonde,

? La terminaison benf, bœu/, vient de bovinm'et indique une fosse, un canal dedérivation, Les Northmans creusaient beaucoup de fossés qu'ils emplissaient de l'eau dérivée d'un fleuve, et ils s'établissaient au milieu de ces fossés comme dans des camps retranchés, — Bovium, biet, fosse; bova, fossé, canal; en vieux francais, bovr, cave.

plus souvent escarpée et précédée d’une large bande d’estran, sur toute l'étendue du golfe du Calvados, qui baigne le riche pays d’Auge, la plaine de Caen, le Bessin et le Cotentin!. Depuis la Seine jusqu’à la Dive, la côte est élevée; mais depuis la Dive jusqu’à l'Orne, elle devient basse, sablonneuse, bordée d’une bande étroite de dunes, et l'embouchure de l'Orne est obstruée par des sables. Au delà, jusqu’à Arromanche, la côte reste basse et bordée d'estran: mais au delà de l’estran, elle est précédée par de larges bancs de roche, qui ne découvrent complétement qu'aux très-basses mers des équinoxes. Il existe, en effet, entre Lion, à l'E., et Arromanche, à l'O., un grand plateau sous-marin, formé de roches calcaires dures et connu sous le nom de plateau du Calvados ;: il comprend : les Essarts de Langrune, iles roches de Ver et le Calvados, et il a 46 kilom. d'étendue sur 3 de largeur moyenne. On n'y remarque aucune aspérité bien saillante à 1 kilom, et demi de terre, si ce n’est au Calvados et aux Essarts de Langrune; de sorte qu'au moment de la pleine mer, un bâtiment d'un assez fort tirant d’eau y trouverait, de beau temps, une quantité d'eau suffisante pour le traverser sans danger. La surface du plateau s’abaisse çà et là et forme des fosses ou noues®, sur le fond de vase desquelles on peut mouiller. La plus importante de ces noues est la fosse de Courseulles, profonde de 6 mètres et demi, et d'une tenue excellente,

Sur tout lelittoral, depuis Courseulles jusqu'à Arromanche, on trouve, dans l’estran, les débris, passés à l’état tourbeux, d'une forêt dont la mer a couvert l'emplacement. Les essences qui composent cette forêt sous-marine sont les mêmes que celles qui poussent encore aujourd'hui dans le pays.

À Arromanche, la côte est de nouveau formée par des falaises élevées et bordées de bancs de roche, et quelquefois d’estran, et elle conserve ces caractères jusqu'aux roches de Grandcamp ou de Maisy, qui sont à l'entrée orientale de la baie des Vés on des Veys, tout encombrée de sables.

Dans toute Ja partie du littoral qui s'étend de la Seine au point où nous sommes arrivés, on ne trouve d’autres ports que : Trouville et Deauville, à l'embouchure de Ja Touques, importants tous les deux par leurs bains de mer; — Caen, port de commerce sur l'Orne, joint à la mer par un canal maritime récein-

‘* Ce littoral est appelé le pays bas par les gens du pays de Caux.

* Et non pas anneaux, comme le dit le Pilote francais, à qui nous emprnntons ce passage.

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e d’une large due du golfe pays d’Auge, le Cotentin.

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ment construit, de 13 kilom. de longueur et de 4 mètres de profondeur; à son extrémité est établi un port de refuge à Ouistreham, où pourront, dans les mauvais temps, s'abriter des navires de 5 à 600 tonneaux; — Courseulles, port de commerce, de pêche et de relâche, important par ses 300 pares d'huitres ; — Port-en-Bessin, port de refuge situé à l'embouchure de la Drome, entre les roches du Calvados et de Grandcamp; — Grandcamp, où la pêche est fort active.

A l'angle formé par la côte du Bessin et par celle du Cotentin, qui remonte au N., le rivage se découpe et présente la baie des Vés on des Veys?, tout obstruée de sables, dans laquelle se jettent la Vire, l'Aure inférieure, la Taute et la Douve, et sur laquelle sont les petits ports de commerce d’Isigny, à l'embouchure de la Vire, et de Carentan, sur la Taute; ce dernier est au milieu de vastes inarais.

Au delà de Carentan, la côtetourne au N.-0.

et forme la presqu'île du Cotentin. Le rivage oriental de la presqu'ile, jusqu'à Saint-Vaast, est droit, plat, bas, sablonneux, bordé d'estran et de quelques bancs de sable, et à pen de distance de la côte on remarque les îles rocheuses de Saint-Marcouf, défendues par un fort. Saiat-Vaast possède un port de pêche, de commerce et de refuge. En avant de Saint- Vaast et à l'O, du banc de la Rade, est située la grande rade de la Hougue ou de la Hogue, comme l’on disait au dix-septième siècle. Cette rade est d’une tenue excellente ; elle est sûre, vaste, profonde et peut recevoir des vaisseaux de premier rang. Notre marine militaire et marchande trouve à la Hougue un refuge aussi utile pendant la guerre que pendant la paix. Cette importante position est défendue par le fort de la Hougue et par le fort Tatihou, bâti sur la petite ile de ce nom. En 1699, après la grande bataille navale livrée par Tourville à la flotte anglo-hollandaise, douze de nos vaisseaux les plus maltraités se réfugièrent dans la rade de la Hougue, alors sans défense, et s'y échouërent; cinquante vaisseaux ennemis vinrent les attaquer et les brülèrent.

Trois vaisseaux français furent aussi brûlés dans la baie de Cherbourg, où il n'y avait alors que le petit port formé par l'embouchure de la Divette. Les trois batteries éta-

‘ Ces grands travaux ont été terminés en 1857.

* C'est-à-dire la baie des gués, de vadum, passage, tué, L'ancien français disaitwes. À la basse mer, on traverse, en-effet, les sables de la haie sur les vés,

® Hougue, hogue, hagne, hoc, cap; du scandinave houy ; en danois, kwk,

blies pour défendre la baie ne purent sauver nos vaisseaux {.

Depuis Saint-Vaast jusqu'à la pointe de Barfleur, le sol du Cotentin est élevé, accidenté, et la côte est rocheuse et bordée de récifs. La pointe granitique de Barfleur détermine l'extrémité N.-E. de la presqu'île du Cotentin.

C'est à sept lieues marines au N.-E. de ce cap, que se livra, le 29 mai 1692, la bataille de la Hogue ou de la Manche.

Entre la pointe de Barfleur et le cap de ja Hague, à l'embouchure de la Divette, est Cherbourg, notre grand arsenal sur la Manche et le seul port de guerre que la France possède sur toute la partie de ses côtes qui fait face à l'Angleterre. Le port militaire de Cherbourg a été entièrement creusé dans le granite®, et'sa rade a été créée par la construction d'une digue établie en pleine mer sur une longueur de 5,550 mètres. C'est sous Louis XVI, en 1777, qu'on a commencé ces gigantesques constructions, qui ont déjà coûté 490 millions et ne sont pas encore entièrement achevées.

Les mielles du Cotentin.

Après avoir doublé les rochers syénitiques qui forment le cap de la Hagne4, au N.-0. du Cotentin, on entre dans le golfe de Saint-Malo, et la côte de la presqu’ile se dirige au S., presque en ligne droite, sur une longueur de 100 kilom. Les gigantesques falaises du cap ou Nez de Jobourg, le Gros-Nez de Flamanville, le Nez où cap Carteret, et le rocher escarpé sur lequel est bâti Granville, sont les seules parties élevées et rocheuses du littoral, qui est bas, sablonneux et bordé de dunes, lesquelles pénètrent souvent très-avant dans l’intérieur des terres et prennent alors le nom de mielles. Les mielles sont couvertes d'une végétation tantôt très-rare, tantôt suffisante pour servir de pâturage aux « moutons de mielles, » de petite race, mais d’une chair succulente. Quelquefois les mielles, fertilisées avec le varech, sont cultivées en jardins maraichers, dont la

# Voy. au cabinet des estampes de la Bibliothèque impériale (Topographie, Cherbourg et la Hougue), deux précieux dessins topographiques du temps, provenant de la collection Gaignières.

2 On a extrait pour le creuser 5,600,000 mètres cubes de granite.

3 Pour établir la digue, on a jeté dans la mer 4,600,000 mètres chbes de pierre,

* Le cap de la Hague termine une petite presqu'île à côtes rocheuses, où l'on trouve les restes des grands travaux à l'aide desquels les Northmans avaient fait de cette presqu'île une redoutable place d'armes. — Les noms des caps de la presqu'ile se terminent souvent par la syllabe heu (pointe de Jardeheu, etc.), qui est analogue à l'allemand hahe, hauteur.

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