CHAPITRE IV
ETATS-UNIS DE L'AMÉRIQUE DU NORD
w La formation historique.
— La grande confédération d'Etats séparés qui occupe toute la largeur de l'Amérique entre le 49f degré de latitude Nord et le golfe du Mexique, et couvre ainsi une superficie près de quinze fois égale à celle de la France, n'a pas encore un siècle d'existence.
C'est à la fin du quinzième siècle que Cabot explora pour la première fois les côtes septentrionales des États-Unis sur l'Atlantique, mais les premiers essais sérieux de colonisation n'eurent lieu qu'un siècle plus tard.
En 1 585 Walter Raleigh fonda les établissements anglais de Virginie. Au commencement du dix-septième siècle, Jacques I,T accorda des privilèges à deux compagnies qui colonisèrent toute la côte au Nord de la Virginie, jusqu'au 45e degré de latitude Nord.
Cependant les Hollandais s'étaient installés à l'embouchure de l'IIudson (New- York), et les Suédois à celle de la Dclaware; ils furent bientôt absorbés parleurs voisins, et quand, en 1700, la colonie de Géorgie eut été fondée, l'ensemble des territoires anglais, de la Floride à la baie de Fundy (carte, p. 205), forma les treize colonies.
Dans le même temps, les Français, qui.
du Canada avaient gagné le Mississipi, fondaient la Louisiane et sa capitale, la Nouvelle-Orléans (17 17). Après la guerre de Sept Ans, la Louisiane passa aux Espagnols, qui cédèrent la Floride aux Anglais (1763).
L'Angleterre ne devait pas rester longtemps maîtresse de cet empire : les colons se révoltèrent dix ans après contre la métropole, qui leur refusait le droit de citoyens, et, grâce à l'alliance française, ils conquirent leur liberté, dans une guerre1 où se sont immortalisés les français Rorhambeau et La Fayette et surtout l'américain Washington.
Le traité de Versailles reconnut l'indépendance des États-Unis en 1783. Washington, leur premier président, réussit à consolider leur union, qui s'est maintenue depuis, malgré les adjonctions successives de la Louisiane et des côtes mexicaines du Pacifique.
Une guerre civile horrible entre les1 États du Nord, qui prétendaient abolir l'esclavage, et ceux du Sud, qui voulaient le maintenir, a révdé de nos jours quelles divergences d'intérêts séparaient les di-j verses parties de ce vaste empire ; la con-
ÉTATS UNIS DE L'AMÉRIQUE DU NORD
fédération n'en a pas moins survécu.
^™■A• La population des États- Unis. — Les Indiens (fig. 40) qui peuplaient les forêts primitives de la Nouvelle-Angleterre, de YOhio et du Mississipi, n'étaient pas très nombreux. Malgré la guerre, la disette, il en reste environ soixante-dix mille, et beaucoup d'autres se sont fondus dans le reste de la population.
50 millions de blancs cultivent la terre, exploitent les mines, travaillent dans des usines, font le commerce dans des villes énormes, là où il y a deux siècles quelques centaines de Sioux ou d'Apaches chassaient les fauves dans les bois ou se poursuivaient les uns les autres sur le « sentier de guerre. »
Pour les aider dans la culture des régions du Sud, où la chaleur rend le tra-
Fig. 98. — Indiens des prairies.
vail pénible, les blancs ont fait venir d'Afrique des nègres aujourd'hui affranchis de l'esclavage et dont les descendant? sont au nombre de plus de sept millions.
A son tour, l'Asie envoie ses colons, et, malgré des lois prohibitives, malgré les persécutions, plus de cent mille coolies chinois sont déjà installés aux États-Unis, principalement dans les États de l'Ouest. [ C'est un des spectacles les plus extraordinaires de l'histoire que cet afflux immense de colons.
En 1730, les treize colonies anglaises comptaient un peu plus de 1 000 000 d'habitants; en 1790, il y en avait à peine \ millions; en 1820, 10 millions; en 1840, 17 millions; en 1!SB0, 31 millions. On a calculé que, de 1820 à 1880, 10 500 000 migrants sont arrivés aux États-Unis, ta 1*81 et 1882, l'immigration a atteint es chiffres énormes de 720 et 730000.
Parmi ces nouveaux venus, les Allenands dépassent aujourd'hui en nombre es Anglais purs et forment à eux seuls le iers du chiffre total.
La population n'est pas répandue égaemenl sur toute la surface de l'Union.
.a densité moyenne, dans les États qui tordent l'Atlantique entre le Canada et es Carolines est de 50 habitants au kilonètre carré, et la moyenne générale n'est
que de 5,4. Cependant parmi les 49 divisions des États-Unis ', il n'y en a plus que 10 où le nombre des hommes de 25 ans ne dépasse pas 6o 000 et qui soient des territoires au lieu d'être des États se gouvernant eux-mêmes.
•wva. Fécondité dn sol. — Ce n'est qu'au prix d'un immense travail que ce pays sauvage a été adapté aux usages de la civilisation. Mais nulle part la nature n'a mieux secondé l'effort de l'homme.
Sauf dans quelques contrées, telles que les déserts du haut plateau californien, les steppes sans pluie des Mauvaises terres ou du Llano Estacado, à l'Est des Montagnes Rocheuses, le sol est d'une richesse, d'une fertilité admirable.
Dans le Nord et le Centre, les forêts séculaires qui sont tombées sous la hache des immigrants ont laissé d'épaisses couches d'humus qui sont de merveilleuses terres à blé.
Dans le Sud, un climat pluvieux et une température tropicale font mûrir plus des deux tiers du coton qui s'emploie sur le ^lobe;en Californie, la vigne, le mûrier,
livier, se sont acclimatés rapidement ; dans les steppes même, une. mer d'heriages nourrit d'innombrables bestiaux.
vwv- I/agriculture. — Les céréales occupent une superficie de 50 millions d'hectares : c'est presque la France entière.
La plaine du Mississipi est le plus riche grenier du monde. En 1881, la récolte
Fig. 99. — Récolte du coton.
des céréales a donné aux Etats-Unis près de 800 millions d'hectolitres, dont 512 de niais et 160 de froment; la valeur totale de cette récolte a été de plus de 6 milliards, dont plus de 3 pour le maïs et 2 et demi pour le froment.
Le coton est cultivé sur toute la côle marécageuse do l'Atlantique (lig. 9!)), depuis le cap Hatteras jusqu'au Mississipi; les dernières récoltes dépassent 600 millions de kilogrammes valant plus de 1 milliard.
La canne à sucre dans la Floride, le tabac dans le Maryland et les États voisins, \eriz dans les Carolines, donnent également des produits excellents et abondants.
La culture du chanvre et du lin se déve-
1. Une partie du Dacota a été. érigée eu Ulat «oua le nom de Lincoln (carte p. 213).
loppe dans les États de la Nouvelle-Angleterre; on essaye d'acclimater le café dans le Texas et la Floride; la vigne prospère en Californie, et des millions de mûriers y sont plantés.
La plupart des terres cultivables sont aujourd'hui en rapport: les immenses surfaces encore vacantes qui s'étendent entre les terres à blé du Mississipi et les massifs forestiers des Montagnes Rocheuses, né sont propres qu'aux pâturages.
C'est la zone des runs , comme en Australie, la prairie consacré à l'élevage en grand du bétail. Dans aucun pays du monde, excepté l'Australie, la proportion du nombre des bestiaux à celui des habitants n'est plus forte qu'aux États-Unis.
On a calculé que pour 1 000 habitants, il y a environ 650 boeufs, 760 moutons et 700 porcs. En EuroDe. la moyenne des bœufs est de 300, celle des moutons 680, et celle des porcs 160 par I 000 habitants. *w- L,es richesses minérales.
Le sous-sol recèle à la fois l'or et l'argent qui représentent la richesse, la houille et le fer, ces instruments nécessaires de l'industrie moderne.
L'or exploité d'abord dans les Alleghanys, fut découvert dans la Californie en 1848 ; ensuite l'argent dans le Nevada. Le premier a fourni pour près de 7 milliards, l'autre pour plus de 1 milliard de francs; actuellementla production de l'ordiminue, celle de l'argent augmente tous les jours.
Le fer le meilleur provient des États de la Nouvelle-Angleterre et de la Pensylvanie, puis du Minnesota et du Wisconsin.
Des bassins houillers répandus dans les Alleghanys, le long du Missouri et du Mississipi, près du lac Michigan, dans la Pensylvanie et la Nouvelle-Angleterre, occupent une superficie six fois égale à ceux de toute l'Europe réunis. Les nappes souterraines de pétrole de la Pensylvanie sont d'une extrême richesse.
Le cuivre, le plomb, Vétain , le zinc se trouvent en abondance dans divers pays; le mercure, h\aNourcllr-\lmadim(Cn\\{ovme).
^wv L'Industrie. — Le développement de l'industrie a été, dans ces derniers temps, artificiellement encouragé aux États-Unis, par un régime de douanes qui surcharge de droits les produits manufacturés venus de l'étranger.
Les Américains de l'Union tissent euxmêmes une partie de leur coton, et pour celte industrie, viennent immédiatement après l'Angleterre. Les 100 millions de kilogrammes de laine que leur fournissent plus de 40 millions de moutons sont mauufacturés presque entièrement chexeux.
Une grandi1 partie de leur blé est réduite en farine dans leurs ports d'exportation. La préparation de leurs viandes est à elle seule une très grande Industrie. Leur métallurgie a pris, dans |. - 1 tati de la Nouvelle-Angleterre, grâce à L'abonna mittpagt 819,
AMKRTQUE
NOMENCLATURE PHYSIQUE
Latitude. — Latitude moyenne de la Méditerranée et du plateau central asiatique- Longitude. — La longitude des côtes orientales correspond à celle des côtes occidentales de l'Amérique du Sud.
Climat. — Très variable:— analogue à celui de l'Europe méridionale en Californie; — très rigoureux dans les Etats du Nord-Est; — tropical sur les bords du golfe du Mexique.
Caps. — Hatteras, Cod; — Mendocino.
Golfes. — Baies Delaware et Chesapeake, — golfe du Mexique, —baie de San-Francisco.
Iles. — Long-lsland; — flèches côtières de la Caroline, de la Floride et du Texas.
Presqu'île. — Floride.
Montagnes. — Montagnes Rocheuses et Alleghanys (voir Amérique du Nord, p. 204).
Fleuves. — Atlantique: Connecticut ; — Iludson (New-York);— Delaware [Philadelphie); — Susquehannah (Baltimore);— Potomac (Washington) ; — James (Richmond); — Savannah.
Golfe du Mexique : Chattahoche ; — Alabama; — Mississipi (Saint-Paul, Saint-Louis, Cairo, Memphis, Nouvelle-Orléans) ;
Affluents de droite du Mississipi : Minnesota, lowa, Missouri, grossi du Yellowstone et du Nebraska, Arkansas, Rivière Rouge ; — Affluents de gauche : Wisconsin, Illinois, Ohio (Pittsburg, Cincinnati, Louisville) grossi à g. du Kentucky et du Tennessee.
Rio Brazos ; — Rio Colorado (Austin) ; -* Rio Grande del Norte.
Pacifique : Rio Colorado ; — San Joaquin et Sacramento ; — Columbia ou Orégon.
Lacs. — Dépendent du Saint-Laurent :
les lacs Supérieur. Michigan [Chicago), Huron, Saint-Clair (Détroit), Erié et Ontario que le fleuve traverse, et le lac Champ loin qui lui envoie ses eaux.
Sur le plateau de VUtah se trouve le Grand lac Salé (1 300 m.).
NOMENCLATURE POLITIQUE
Superficie. — 9 331360 kil. car. (France : 529 000).
Population. — 56 millions d'hab. (France : 38 millions).
Le nombre des habitants n'était que de 4 millions, il y a moins dun siècle (1790); l'immigration allemande, anglaise et irlandaise est surtout cause de l'accroissement rapide de la population. — Le nombre des Indiens indigènes n'est plus que de 10 000.
Divisions politiques. — Les États-Unis sont composés de 39 États, — d'un district fédéral qui comprend la capitale de l'Union (Washington), — de 8 territoires fédéraux,
— du territoire indien (entre le Kansas et le Texas), — du territoire d Alaska, au Nord- Ouest de l'Amérique.
Budget de la Confédération. — 2 milliards. (France : 3 milliards et demi).
Dette de la Confédération. — 8 milliards et demi; — des États: 1 milliard et demi;
— total : 10 milliards. (France : 20 milliards.) Armée. — Réguliers: 20 000 hommes; —
Miliciens organisés dans les États : 120 000 hommes; — Citoyens aptes à faire partie de la milice en temps de guerre : 6 600 000. (France : 1800 000).
Marine militaire.— Cuirassés: 24.'France:
Colonies. — Les États-Unis ont planté leur drapeau aur un grand nombre de petites îles
de l'Océanie. (Voir Petites îles de l'Océanie, p. 179.)
Villes importantes. — New-York (1200), dans une île, à l'embouchure de l'Hudson, à 12 jours du Havre, le 3' port de commerce du monde (après Liverpool et Londres). Près de New- York se trouvent des cités populeuses (New-Jersey, Brooklyn, Hoboken, Longlsland City) qui en sont comme les faubourgs. — Philadelphie (900), grand port de commerce, — Chicago (500), sur le lac Michigan, grand commerce de céréales et de porc salé, — Boston (360), grand port, — Saint-Louis (350), sur le Mississipi, fondé par les Français, trrand entrepôt de commerce, — Baltimore (330), port important, industrie métallurgique très active, — Cincinnati (280), sur l'Ohio, centre industriel et commercial, grand commerce de porc salé, — San Francisco (230), grand port sur le Pacifique, — La Nouvelle- Orléans (216), sur le Mississipi, non loin de son embouchure, grand port, entrepôt du sucre, du coton et du café, — Pittsburg (230), industrie métallurgique,
On peut citer encore : Cleveland, — Bu/jfnlo, près du Niagara, — Washington (160), capitale des Etats- Unis, — Newark, — Louisville, — Détroit, — MUwaukee, — Providence.
Religions. — Il y 6 millions de catholiques. Le reste de la population se partage entre une infinité de sectes protestantes.
NOMENCLATURE ÉCONOMIQUE
Houille. — 80 millions de tonnes par an (France : 20 millions).
Après l'Angleterre (160 millions de tonnes), aucun pays ne produit plus de houille que les Etats- Unis.
Minerai de fer. — 5 millions et demi de tonnes par an (France : 3 millions).
Après l'Angleterre (16 millions de tonnes), aucun pays ne fournit plus de fer et d'acier que les Etats- Unis.
Extraction de l'argent et de l'or. — Pour 115 millions de francs chaque année.
Céréales. — 750 millions d'hectolitres par an. (France : 250 millions).
Coton. — Valeur de la récolte annuelle :
1 milliard 200 millions de francs.
Les Etats-Unis produisent a eux seuls plus des 3/4 du coton du globe. — Le nombre des broches qui tissent le coton est de 11 millions (France : 5 millions).
Tabac. — Exportation annuelle : valeur 150 millions de francs.
Les Etats-Unis sont le pays qui produit le plus de tabac.
Commerce extérieur. — 8 milliards (France: 10 milliards).
Commerce avec la France. — 700 millions.
Mouvement des ports. — 35 millions de tonneaux (France : 20 millions).
Tonnage de la marine marchande. —
2 millions 1/2 tonneaux (France : 1 million). Chemins de fer. — 200 000 kil. (un peu plus
que tous les États d'Europe réunis).
Suite des Étals-Unis dance de la houille, une importance que l'Angleterre seule dépasse.
L'étendue de leur réseau ferré est immense : trois grandes lignes joignent New- York et la Nouvelle-Orléans à San-Francisco, les lacs aux côtes de l'Orégon. Il y a, pour une population six fois moindre,
un peu plus de kilomètres de voies feirées qu'en Europe.
Le réseau des rivières, des lacs et des canaux, seconde l'activité des chemins de fer dont on n'a pas craint de lancer les locomotives dans des régions à demi-désertes. •ww Le commerce . — Le commerce des États-Unis n'est pas loin d'atteindre 10 milliards pour l'importation et l'exportation réunies ; ils possèdent une marine marchande de U mUlions de tonneaux, et qui occupe lé premier rang après celle de l'Angleterre.
La supériorité de leurs exportations sur leurs importations est due en grande partie à leur système douanier prohibitif, rendu possible lui-même par une situation indépendante et une richesse naturelle exceptionnelles.
Seules les denrées coloniales et les matières premières entrent en franchise, les premières parce qu'on ne saurait s'en passer, les secondes parce que le pays en produit assez pour défier toute concurrence
Des objets fabriqués ils achètent seulement ceux qu'ils ne produisent pas encore ou qu'ils produisent en trop petites quantités pour leur consommation, les confections, par exemple. Tel est leur genn d'importation.
A l'exportation, au contraire, ils ne se contentent pas de jeter sur le marché européen les énormes approvisionnements de blé, de viande et de coton nécessaires à la vieille Europe, ils yjoigneut déjà les produits de leur industrie, qui, grâce à la perfection de l'outillage et à l'abondance des matières premières, peuvent lutter avec avantage contre nos propres produits, sur nos propres marchés (machines à coudre). •vw^ L'es grandes villes. — Leut grandes villes sont toutes de grands marchés ; un grand nombre, celles de l'intérieur surtout, sont fort récentes. Milwaukee (115000 hab.), Détroit (116000 hab.), Buffalo (150000 hab.), Saint-Louis (350000 hab.), Chicago (500 000 hab.), sont les étapes du commerc de blé.
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Fig. 100.— New-York.
San-Franciscû ('230000 hab.) doit son existence à l'or et sa prospérité à l'agriculture californienne, Cincinnati (280000 hab,) au commerce des porcs ; la Nouvelle-Orléans (2 16 000 hab.) est le grand port du coton.
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