ÉTAT DES LIMITES DE LÀ FBÂIHCE AVANT ET FENDAITT LA
GUEE¥l£ DE TRENTE ANS.
La mort de Henri IV avait suspendu Texéctition de ses desseins. Le cardinal de Richelieu continua la politique de Henri IV , au moins en ce qui concerne l'affaiblissement de la maison d'Autriche. Cette famille , depuis le quinzième siècle, ne cessait de s'agrandir; elle avait, sous Charles-Quint, menacé l'Europe entière , et sans la résistance énergique de la France , la monarchie universelle de l'Espagne se fût peutêtre établie pour un temps. Partagé en deux États après l'abdication de Charles-Quint , l'empire autrichien pressait de toutes parts la France , et Philippe H avait pu un instant se croire maître de notre territoire , ouvert de tous côtés à ses armées, entamé partout par des possessions espagnoles.
La France avait alors au N. pour bornes, la limite de la Picardie et de la Champv^gne; à l'Ë., celle'de la Champagne et des Trois-Évêchés ; puis venait la Saône jusqu'à Lyon, le Rhône entre Lyon et le Guiers , enfin les Alpes et le Var. Au S., elle avait pour limite les Pyrénées, depuis les sources de la Bidassoa jusqu'à celles de l'Aude ; puis le Roussillon lui manquant, sa limite n était autre que le petit fleuve de la Tèt.
(0 Yoy. auMiNégoc. de Jeannln, loe». ^ KaempeDB^ Hist. des Pa^Bas» 1. 1, p. 599.
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La branche espagnole de la maison d'Autriche possédait les Pays-Bas, qui comprenaient la Flandre française et l^Ârtois; de' sorte que la Somme , avec les mauvaises places qui la défendaient , était notre seule barrière contre FEspagne du côté du N. La branche allemande possédait par ses vassaux, le Palatinat , la Lorraine , et directement l'Alsace ; la Franche- Comté était à l'Espagne , alliée ou maîtresse de la Savoie ; enGn , au S., le Roussillon, qui était encore à FEspagne, ouvrait à ses armées le Languedoc et nos provinces méridionales.
Une telle situation ne pouvait durer. Nous verrons par ce qui suivra , comment Richelieu y Mazarin et Lionne parvinrent à donner à la France un système de frontières capable de protéger son indépendance contre les attaques de ses ennemis.
s 46. de la politiqub de bichelieu et de maeàftin a l'ehdkoit de la limite du bhui.
A^ Richelieu.
Le cardinal de Richelieu n'était pas partisan de la grande idée nationale de donner à la France sa limite du Rhin.
« Il ne penchait point pour Facquisitîon des Pays-Bas ; il en avait été détourné par deg raisons de politique pratique qui depuis ont empêché la France de les prendre ou de les conserver. C'était cette double difficulté qu'il objectait, en juin 4634 , à leur partage, qui lui avait été proposé par les Provinces unies, u Quand même, disaitwl, on en viendrait « à bout avec beaucoup de temps , de peine et de dépense , ia « conservation de ce qu'on aurait acquis ne se pourrait faire u qu'avec de très-groeses garnisons , qui nous rendraient in* « continent odieux au» peuples , et nous eiiposeraient par ce « moyen à de grandes révoltes et à de perpétuelles guerres.
« Et quand même la France serait si heureuse que de con* M server les provinces qui lui seraient tombées en partage eo « une dépendance volontaire de sa domination , il pourrait « arriver bientôt aprèsque, n'y ayant plus de barre entre nous
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« et les Hollandais , nous entrerions en la même guerre en laff quelle eux et les Espagnols sont maintenant ; au lieu que pré- « sentement nous sommes en bonne intelligence , tant à catise a de la séparation qui est entre nos États, qu'à cause que nous (( avons un ennemi commun qui nous tient occupés en tant <( que nous sommes également intéressés à son abaissea ment (i). »
Richelieu était d'avis « qu'absolument il ne fallait point entreprendre la guerre à dessein de conquérir la Flandre ; » il pensait , au contraire , qu'il fallait transformer les Pays-Bas espagnols en une république catholique indépendante. Il trouvait ainsi la solution aux objections données précédemment : la France et la Hollande , en se débarrassant du contact des Espagnols , restaient séparées et conséquemment amies ; de plus, elles se créaient un allié dans le nouvel État forcément placé, par la crainte de l'Espagne, dans l'alliance française.
Cette conduite était assurément la plus sage à une époque où l'alliance de la Hollande était nécessaire pour résister à la maison d'Autriche. Plus tard, lorsque la France victorieuse pourra se passer de cette alliance , il lui sera permis de penser à l'établissement de sa limite , en forçant la Hollande à accepter Tagrandissement nécessaire de la France.
2** Mazarin.
Le cardinal Mazarin doit être regardé comme le premier de nos politiques qui aient conçu l'importance et la nécessité d'une frontière réelle au N.-E. ; aussi, pendant tout le temps de son ministère , il s'occupa par-dessus tout de réunir la Flandre au territoire français. La guerre de la fronde l'empêcha de réaliser ce grand projet en le chassant du pouvoir et en affaiblissant les ressources de la France. 11 avait pensé échanger la Catalogne conquise par les Français pour les Pays-Bas espagnols et la Franche^Comté , et rien ne semblait devoir soutenir l'Espagne épuisée et obligée de céder, lorsque ses intrigues, en fai-
(i) Négoc. rdativ. à la suce. d'Espagne» par Mignet, t. J, 174.
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sant éclore une guerre ciyile de dix ans , força la France , épuisée à son tour, à diminuer ses préteptions et à perdre l'occasion, tant de fois trouvée et perdue, de faire cette réunion,
C'est dans un mémoire adressé aux ambassadeurs français à Munster, en >I646 (i), que se trouvent les idées de Mazarin sur le sujet que nous traitons. Le cardinal trouve douze avantages pour la France à acquérir les Pays-Bas : « Premièrement, « dit-il , l'acquisition des Pays-Bas forme à la ville de Paris un « boulevard inexpugnable ; et ce serait alors véritablement a que l'on pourrait l'appeler le cœur de la France , et qu'il <( serait placé dans l'endroit le plus sûr du royaume. L'on en « aurait étendu la frontière jusqu'à la Hollande, et du côté de « l'Allemagne , qui est celui d'où l'on peut aussi beaucoup «r craindre, jusqu'au Rhin , par la rétention de la Lorraine et « de l'Alsace , et par la possession du Luxembourg et du « comté de Bourgogne....
u En quatrième lieu, la puissance de la France se rendrait « redoutable à tous ses voisins , et particulièrement aux An- « glais , qui sont naturellement jaloux de sa grandeur, et qui « ne laisseraient échapper aucune occasion de procurer son dé- « savantage et sa diminution, si une si importante acquisition « ne leur ôte toute espérance d'y pouvoir réussir ; aussi on a peut bien être assuré que s'ils avaient connaissance d'une « pareille négociation , et que leurs discordes intestines (2) ne « les embarrassassent pas au point qu'elles font , il n'y a rien « qu'ils ne hasardassent pour en empêcher l'effet.
Cinquièmement , si la France doit appréhendei* quelque « chose de la maison d'Autriche , ce ne peut être que du côté (( de Flandre et de celui d'Allemagne, tant pour l'union qu'ils « peuvent faire de leurs forces, ces deux pays étant contigus, <( que parce que, quelques avantages que nous ayons sur eux, « un seul bon succès qu'ils remportent, soit par surprise de a quelques places sur la Somme, soit par combat gagné ou au-
(i) Mignet, loc. cit., 1. 1 , p. 177 et suiv. — Négoc. de Munster , édit. in-fol., t. III, p. 21. Voyez aussi l*Hist. de Louis XIY, par La Martinière, 1. 1. (a) C'est en effet l'époque de la révolution d'Angleterre.
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ff trement , peut mettre aussitôt la même épouvante dans Pa- « ris , qui en est si proche , qu'il s'est yu en la prise de Corbie, « et en la perte de la bataille de Hennecourt , et nous obliger, « pour accourir au cœur , à retirer ou au moins à diminuer H les forces employées au loin, comme en Catalogne et en « Italie, et laisser ces endroits^là dégarnis, ainsi qu'on en « usa pour Gorbie , qui fit lever le siège de devant Dôle , lequel « était prêt à se rendre, quoique nous n'eussions point de « 'guerre à faire du côté d'Espagne.
« Sixièmement , l'acquisition des Pays-Bas nous garantit de t( ces deux craintes pour jamais. Il n'y aura plus de jonction « de troupes de nos ennemis , puisque l'Espagne ne possédeff rait rien de ce côté-là , et ayant étendu nos frontières jus- « qu'au Rhin de toutes parts , tant s'en faut que nous fussions v en état de craindre aucun mal du côté de l'empereur. »
Telles sont les considérations politiques gui faisaient agir Mazarin : il serait superflu de vouloir, par des explications, en démontrer la vérité : elle apparaît trop bien d^elle-méme.
Les autres motifs de Mazarin pour désirer la limite du Rhin sont d'un intérêt moins permanent et découlent des premiers ; ainsi c'est en Flandre que se trament les complots des mécontents; c'est de Flandre que viennent à leur secours les troupes espagnoles leurs alliées : la sûreté du royaume sera garantie contre ces coupables menées.
Mazarin comprend bien que la France , ainsi limitée , n'a plus de guerre à redouter dans l'avenir. « Huitièmement, « dit-il , et cela serait , à mon avis , la vraie sûreté pour la « durée de la paix , laquelle nous trouverions dans nos pro-> a près forces; car il faudrait que les ennemis eussent perdu le ff jugement , si les choses étant réduites à ce point-là , ils se ré- « solvaient Jamais à une rupture avec ce royaume.... p
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S 4 T. DE l'aGGROISSEUENT de U FBANGE PENDAirr LE BÈGNE DE