‹ Géographie mathématiqueChapitre 136 sur 308 · Remarques sur les déformations et l'emploi des cartes · texte numérisé non relu

Remarques sur les déformations et l'emploi des cartes

1". — Quelques réllexions sur les déformations ne sont pas inutiles. On parle de conserver les angles ou de conserver les surfaces : c'est fort bien, mais on ne parle jamais de l'aspect que prennent les méridiens et les parallèles, et des idées singulières c[ui en dérivent. Par exemple, peu de personnes ont une idée exacte de la disposition relative des pays limitropiies de la France. Vous les étonnez en leur disant que le pays le plus occidental d'Europe est non pas le Portugal avec Lisbonne, mais l'Irlande. Que Londres soit au-dessus du Mans, que la latitude du nord de l'Ecosse soit celle du sud de la Norvège, les ahurit. Et ainsi de suite.

Les raisons de ces incohérences sont faciles à démêler. Pour cause, les professeurs de géographie se gardent d'insister sur le système des repères (coordonnées géographiques), sur la valeur du degré de méridien, et sur celle du degré sur un parallèle à diverses hauteurs. A la vérité, ils ne sauteraient pas une sous-préfecture, ni (c'est la mode aujourd'hui) un fossile; mais ils glissent /3/7/(/en;ment sur ce qui constitue l'ossature de la cartographie. Il est moins dangereux de bafouiller sur les terrains, que sur les latitudes et longitudes, où l'on peut être ramassé par un élève intelligent.

C'est toujours la même rengaine. En Chimie les élèves ne savent pas un mot des notations; il est naturel qu'en Géographie ils ignorent tout des systèmes de représentation.

Aussi bien je ne réclame pas que, sous prétexte de Science, on leur débite ni surtout qu'on leur dicte les àneries qui ornent les atlas les plus réputés; je suis plus modeste, parce que je connais la question.

Peu iniporle la forme des méridiens et des parallèles et leurs équations sur la carte, si les élèves connaissent bien les dé/initions sur la sphère, s'ils savent lire la carte, c'est-à-dire se rendre compte des situations et des distances d'après les longitudes et les latitudes.

2°. — Pour juger la sottise de nos cartographes classiques, ouvrez l'atlas Schrader. Vous y trouverez des nombres à foison; vous n'y

trouverez pas la longueur des degrés de parallèles à diverses latitudes.

Je ne réclame pas le tableau du § 143 qui tient compte de l'aplatissement. Qu'on le réduise autant (|u'on voudra.

Tout de même est-ce trop exiger de nos géograpiies qui bafouillent sur les terrains et les ibssiles, de savoir ce qu'est un cosinus, de comprendre que pour obtenir la longueur du degré de longitude sur un parallèle de latitude l, il faut multiplier 111 kilomètres ou 60 milles marins par cos/?

Si dès le début on s'attachait par des calculs élémentaires à retrouver la distance des points d'après la position sur une carte, à calculer approximativement les aires,... bref à considérer une carie comme un outil et les méridiens et parallèles comme des repères commodes de sens j^ien définis, les enfants n'auraient pas les idées les plus étranges sur la disposition relative des pays.

Si l'on plantait là l'histoire de la Géographie et autres fichaises, si le temps gagné était employé à faire un peu de cartographie, nos professeurs de Géographie ne seraient pas si grotesques dans l'emploi de leurs cartes. Encore une fois, je fais bon marché des renseignements stupides donnés (en 4 colonnes) sur 35 systèmes de projection par l'atlas Sch'rader. Que les méridiens soient représentés par telle ou telle courbe, que les déformations soient plus petites ou plus grandes, c'est notre affaire, à nous autres scientifiques. Je demande que les professeurs de géographie sachent bien les choses élémentaires, soient capables des calculs simples et, au lieu d'apprendre par cœur que « la superficie de l'Europe est de 10.252.169 kilomètres carrés, sans l'Islande », soient capables à' éy&lnev grosso modo cette aire d'après la carte.

Hélas! je leur demande d'être intelligents!

Page 1