‹ Géographie mathématiqueChapitre 179 sur 308 · Expédition au cercle arctique (Maupertuis, Clairaut · texte numérisé non relu

Expédition au cercle arctique (Maupertuis, Clairaut

i". — Ces discussions étaient un scandale qui devait cesser. S'il faut en croire Maupertuis [Mesui-e du degré au cercle polaire, 1738), la victime de l'illustre docteur Akakia, « le Roy ordonna qu'on mesurât le degré du Méridien vers l'Equateur et vers le Cercle Polaire, afin que non seulement la comparaison de l'un de ces degrés avec le degré de la France, fît connaître si la Terre était allongée ou aplatie, mais encore que la comparaison de ces deux degrés extrêmes déterminât sa figure le plus exactement qu'il était possible ». Je ne vous défends pas de croire qu'en 1735 Louis XV se préoccupait énormément de trancher le débat. « M. le comte de Maurepas, qui aime les Sciences et qui veut les faire servir au bien de l'Etat,... envoya à l'Académie les ordres du Roy pour terminer la question de la Figure de la Terre. L'Académie les reçut avec joie et se hâta de les exécuter par plusieurs de ses membres... On vit partir avec la même ardeur ceux qui s'allaient exposer au Soleil de la zone brûlante [les malheureux faillirent y geler] et ceux qui devaient sentir les horreurs de l'hiver dans la zone glacée. Le même esprit les animait tous, l'envie d'être utile à la Patrie. »

Dans ce temps-là, quand un savant revenait de Bougival, il croyait nécessaire d'être éloquent. Ajoutons que, suivant Lalande, « Maupertuis était agréable; il faisait des chansons, il jouait de la guitare, et cela lui aida à obtenir la conunission qu'il demandait à Maurepas. » II est plaisant de se représenter l'auteur du Principe de la moindre action sous la figure d'un guitariste, et intéressant d'expliquer pourquoi Maurepas s'occupa de la médidienne.

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A la vériLc, oL ce ii'(3st |)as coiiU-adicluirc, d'aulrcs prélendenl ([ue Mau|)ciliiis II était auprès il« Matiropas (|ue le cliari>;é d'afTaires de l'Acadéiuio, et (pi'liisloire de rigcjler, le ministre mil comme condition à l'envoi d'une cx[)édition suijpolairc (pie Maupertuis en ferait partie, qui n'avait jamais tenu un cercle et se disait incapable de déterminer la ligure de sa chambre. Cette version, plus conforme au caractère de Maurcpas, mérite d'être exacte.

1?". — Maiipertuis, Clairaut et des savants de moindre importance partirent donc en ]7,'î() pour la La/)ponie. Que le lecteur ne se frappe pas : il s'agit du fond du golfe de Bothnie; y passe actuellement le chemin de fer qui (iermet il'aller d'Angleterre à Petrograd, via l'Ecosse, Narvik, Tornèa et la Finlande. La Suède et la Finlande ont comme frontière commune le fleuve de Tornéa, sur les bords duquel nos héros vont opérer.

Je conseille de lire le récit de leur vojage, il en vaut vraiment la peine : ce ne sont que précipices côtoyés et franchis, forêts abattues, dangers épouvantables coui'us... sans le moindre accident du reste.

Comme par enchantement ils découvrent immédiatement des stations convenables, et l'opération se poursuit rapidement. Je donnerai seulement une idée de la prose de celui que plus tard soigna l'illustre docteur Akakia.

Us eurent l'idée heureuse d'établir leur base sur le fleuve luimême après qu'il eut gelé; la base était ainsi horizontale à souhait.

Les mesures s'effectuaient avec des perches de sapin (8 perches de- 30 pieds) comparées à une toise en fer. « Nous nous rendîmes sur le fleuve avec un tel nombre de traîneaux et un si grand équipage ([ue les Lappons descendirent de leur montagne attirés par la nouveauté du spectacle. Je ne dirai rien des fatigues ni des périls de cette opération : on imaginera ce que c'est que de marcher dans une neige haute de 2 pieds, chargés de perches pesantes; pendant un froid

si grand que la langue et les lèvres se gelaient sur-le-champ lorsqu'on voulait boire de l'eau-de-vie, seule liqueur qu'on put tenir assez liquide pour la boire, et ne s'en arrachaient que sanglantes. Tandis que les extrémités de nos corps étaient gelées, le travail nous faisait suer. L'eau-de-vie ne put suffire à nous désaltérer. Il fallut creuser dans la glace des puits profonds qui étaient presque aussitôt refermés et d'où l'eau pouvait à peine parvenir liquide à la bouche. »

Eh! monsieur de jMaupertuis, comment faisaient donc cette foule de Lapons qui descendirent pour vous admirer?

2 5" de longitude est

270 CKOGHM'IIIK M A T II E M A Tiqi'E

Mais rien ne vaut la page suivante. Maupertuis doit remonter sur une montagne « épouvantable ». Ne pouvant aller en ski, il se décide pour un traîneau à reene. « Le bateau itraineau) est attaché par une longe au poitrail du reene (jui court avec fureur lorsque c'est sur un chemin battu et ferme. Si l'on veut s'arrêter, c'est en vain qu'on tire une espèce de bride attachée aux cornes de l'animal. Indocile et indomptable, il ne fait le plus souvent que changer de route; quelquefois même il se retourne et vient se venger à coups de pied. Les Lappons savent alors renverser le Ijateau sur eux et s'en servir comme d'un bouclier contre les fureurs du reene. Pour nous, peu capaljles de cette ressource, toute notre défense fut un petit bâton qu'on nous mit dans la main. » Ne vous bilez pas : Maupertuis va et revient sans le moindre accident.

Au reste, nous avons la relation du voyage par un des com])arses, l'abbé Outhier, tjpe de savant sans grande envergure, mais abatteur de besogne, qui, après un scandale avec une pénitente arlésienne, devait mourir chanoine dans la grasse ville de Bayeux. Sa relation comparée à celle de Maupertuis semble le carnet du domestique de Chateaubriand dans le voyage célèbre aux Lieux saints. La vérité est donc que Maurepas fut proprement roulé dans la neige par une brave bête de reene, incapable qu'était notre savant de tenir son « bateau » en équilibre. La vérité c'est qu'il n'était pas davantage fichu de faire une mesure «t qu'heureusement pour lui Outhier, Clairaut et Celsius se sont trouvés là.

S". — Bref nos Tartarins, sans trop se fouler, mesurent un arc de 57' 28", G7 et lui trouvent comme longueur 55.023,5 toises.

Ce qui donne pour l'arc d'un degré :

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