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Expédition à l'équateur (Bouguer, la Condamine

l". — A la suite de M.NI. de FAcadémie IJoiiguer, la Contiamine et Godin, passons au Pérou ou, pour tenir compte des révolutions politiques, dans la République actuelle de l'Equateur. Nos savants s'embarquèrent à la Hochelle le Pi mai 1735 sur un vaisseau du roi, passèrent heureusement à Saint-Domingue, puis à Portobelo, traversèrent lisllime de Panama et firent voile pour la mer du Sud. Ils arrivèrent au Pérou le 0 mars 1736. Sitôt arrivés, ils commencent à se chamailler; ce qui dura tout le temps de leur séjour, qui fut long; ils ne revinrent que de 1744 à 1750. Godin n'en veut faire qu'à sa tète, et les deux autres sont si bien d'accord qu'un ordre du roi sera nécessaire pour régler le travail.

Enfin le travail se fit bien, ce qui est l'essentiel.

La relation de Bouguer est amusante; on la trouvera dans l'histoire de l'ancienne Académie pour 174'i. Il passe par des forêts

75° de lonijttude ouest

Fig. 159.

« dont le teri'ain était tellement noyé qu'on avait souvent de l'eau jusqu'aux genoux lorsqu'on était monté sur le plus haut cheval. On serait d'ailleurs tenté de dire que le paj's est plus peuplé de tigres que d'hommes, si ce n'est qu'il est exactement vrai que tous les animaux très malfaisants ne multiplient guère », phrase qui nous laisse incertains sur la densité et de la population humaine et de la population tigresque.

Bougiier, il est vrai, précise un peu plus loin : « Les tigres n'y sont qu'en très petit nombre, mais il n'en faut qu'un ou deux pour désoler toute une province. On y a aussi tout à craindre dos serpents... » Heureusement la Condamine, qui ne fait pas dans ses culottes, est là pour nous rassurer : « Les tigres n'attaquent guèrje riiomme que quand ils sont affamés : les Indiens sont fort adroits à les combattre avec la demi-pique qui est leur arme ordinaire de voyage... Les serpents et couleuvres de tout genre sont communs. Il est certain que quelques-uns ne sont nullement malfaisants; mais les blessures de plusieurs sont presque toujours mortelles. » Il n'est pas mauvais de mettre au point la prose des savants qui voyagent! Chateaubriand avait d'illustres prédécesseurs en blagologie!

Bref, longeant la côte, Bouguer arrive à Guayaquil pour prendre après Godin la route de Quito. On commence par remonter une rivière, puis on parvient à Quito en 10 ou 12 jours de mule.

Aujourd'hui un chemin de fer existe.

2°. — Quito est sur une sorte de plateau entre les deux chaînes de la Cordillère, à 2.850 mètres d'altitude. Nos savants trouvèrent entre Quito et Cuença une bande de .340 kilomètres environ, à peu près orientée du nord au sud, bordée à droite et à gauche par des montagnes sur lesquelles ils n'eurent que l'embarras du choix pour disposer leurs stations. Le climat est très doux sur le plateau, plus rude dès qu'on s'élève sur les montagnes environnantes ; il semble que l'atmosphère manque de pureté et que les nuages gênent souvent les observations.

Ils mesurèrent deux bases aux extrémités de leur réseau. Ils se servirent de trois perches de bois de 20 pieds, garnies à'étriers en cuivre. Bout à bout elles formaient 60 pieds ou 10 toises. On les alignait sur un cordeau et on les plaçait horizontalement; on les ajustait l'une par rapport à l'autre au moyen d'un fil à plomb. La comparaison avec une toise étalon était fréquemment renouvelée pour corriger les changements de longueur dues à l'état hygrométrique. Nos savants mirent 25 jours à mesurer leur première base de 6.273 toises (12.226 mètres); les mesures faites en sens inverse par des observateurs différents concordent à trois pouces près (81 millimètres). Obligés de monter de 126 toises d'un bout à l'autre, et de changer plusieurs fois de direction, ils durent corriger leurs mesures brutes : ce qui rend la concordance remarquable.

La mesure des angles n'offre rien de particulier : ils devaient les réduire à l'horizon en raison des différences d'altitude de leurs stations. Une seconde base de 5260 toises fut mesurée près de Cuença. Sa longueur mesurée et sa longueur calculée à partir de la première l)ase, en se servant des 32 triangles du réseau, ne diffèrent que de deux pieds, soit 1 : 'JOÛO do la première base.

.S'°. — Restait la partie la plus délicate de l'opération : la mesure de la différence des latitudes. Bouguer et la Condamine éliminèrent les variations dues à l'aberration et à la nutation par des observa-

cn.tyoL-.s TJti.i.\Gi-L.iTiOiys i/isTomqrEs ^73

lions sinniUanrcs de la iiiOine étoile (|ii"ils clioisirenl très proche de leur zéiiilh [-=. d'Orionl.

Comme appareil de mesure, ils se servirent chacun d'une lunette fixée sur le long bras d'une sorte de ï en fer. Le petit bras servait de limbe; ils tracèrent dessus une circonférence (de 8 à 12 pieds de rayon pour utiliser les lunettes dont ils disposaient), et, comme graduation, quel([ues traits dont l'équidistance était une fraction connue du ravon; ils on connaissaient donc immédiatement les distances angulaires. Leurs lunettes portaient des micromètres ; des lils à plomb dont le point d'attache était au centre du limbe donnaient les directions invariables de repère. Sur une circonférence de 8 pieds (2"',60j le degré vaut 45 mm. ; le dixième de millimètre vaut donc le 1:450 de degré, soit 8 secondes d'arc. Plaçons le limbe aussi exactement que possible dans le méridien, pointons l'étoile à son passage, déterminons la direction du fil à plomb sur le limbe. Retournons l'appareil de 180" autour de la verticale, repointons l'étoile : l'angle des deux positions du fil sur le limbe donne le double de la distance zénithale de l'astre.

Picard avait employé un appareil analogue, dont la figure li30 montre le schéma.

La manière de se servir du micromètre était ingénieuse. On inclinait l'appareil de manière que le fil à plomb battît exactement le milieu d'un trait, d'oii une grande précision; on pointait l'étoile avec le micromètre. On recommençait après avoir changé l'azimut de 180". On étalonnait le micromètre en amenant le fil sur deux divisions voisines et en pointant la même étoile avec le micromètre.

Houguer et la Condamine trouvèrent ainsi une différence de latitude comprise entre 3" 0' 59" et 3° 7' 2".

D'où pour la valeur du degré 56 767 toises.

La hauteur moyenne du réseau étant de 1226 toises, la réduction au bord de la mer donne en définitive :

56 746 toises ^110 600 mètres.

Godin travailla de son côté et trouva 56768 toises; la Condamine donne 56749. Inutile de dire que, rentrés en France, Bouguer et

Fijj. IfiO.

.:, GÉOGRAPHIE MATIlICyiATlQL'K

la Condamine se crêpèrent le chignon, chacun étant persuadé que la mesure n'aurait pas réussi sans lui, l'un à cause de sa géométrie, l'autre à cause de son activité et de son crédit. Je suis de l'avis de Lalande que dans ces sortes de besognes la géométrie est beaucoup, mais qu'elle ne peut rien sans une résistance physique dont la Condamine donna la preuve en revenant par le lleuve des Aaïa/.oues. Bouguer était déjà de retour vl74'i) : il savait, moins bien que Maujiertuis, revenu depuis longtemps, mais beaucoup mieux que la Condamine, qu'auprès des Académies la présence et la cabale sont utiles. Ce que j'en dis n'est pas pour diminuer son mérite proprement scientifique, qui est grand. Mais pourquoi vouloir canoniser des savants parce que savants, quand l'expérience journalière prouve que ce sont parfois de sales bêtes? En quoi la Science at-elle une valeur morale? Pourquoi veut-on que des géodésiens tirent de la vertu de leurs occupations mêmes? Quel rapport exisle-t-il entre la beauté de l'âme et la mesure des angles à L" près? On a grand tort d'utiliser les cadavres à prouver la perfection morale des savants : l'histoire dit qu'ils sont des hommes comme les autres : vaut mieux ne pas les fréquenter si l'on craint les taches. U serait vraiment trop commode aux vivants d'être de pauvres sires, mais de passer pour d'honnêtes gens à la faveur de l'idée préconçue que les hommes do science sont vertueux.

Pour en revenir à nos savants, Bouguer, en l'absence de la Condamine, fit paraître une llelation qui laissait dans l'ombre le travail de ses collègues; quand la Condamine revint, sans mauvaise humeur, il remit les choses au point. De vrai, s'il n'avait pas été de l'expédition, les ronds-de-cuir Bouguer et Godin n'auraient pu s'en tirer; il aplanit les difficultés, se fit bienvenir des populations, bref se nionlia ce qu'il fut toute sa vie, un homme intelligent, curieux et passablement braque. Bouguer, exaspéré, répondit comme un cuistre à un adversaire qui avait de l'esprit et qui est assurément le plus S3'mpathique des savants qui s'occupèrent de la figure de notre planète.

Son voyage sur le fleuve des Amazones est aimablement écrit. Certaines phrases : « i^après des gués dangereux) Mes naufrages ne devaient cesser qu'à mon embarquement; (échoué sur un jjanc de vase) Pour moi, j'eus tout le temps de répéter mes observations et de m'ennuyer de me trouver toujours par 1 degré .ol minutes de latitude septentrionale, » etc., sont une joyeuse éclaircie au milieu de la prose de nos savantasses. Cet homme-là s'amusait de la Science; il était avide de savoir, mais ne croyait pas nécessaire de montrer pour cela moins de joie de vivre et moins de gaieté. Savant certes, mais bien de race française.

Quant au malheureux Godin, on n'en parle que pour lui prêter un sale caractère. Mais comme il n'a rien j)ublié, on ne sait vraiment pas à quoi s'en tenir. J'incline à croire que c'était un imbécile consciencieux qui u'a pas eu de chance. Dès qu'il arrivait quelque part.

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un tremblement licliait tout par terre : il voit Lima s'eflbndrer en \1W et arrive it Cadix ou 17.").! pour recevoir encore des maisons sur

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