Travaux de Cassini III (de Thury
/". — ijOrs(|iio Maii[)ertuis revint eu France, il s-empressa d'attaquer les Cassini. Rien d'amusant comme de voir deux savants se manger le nez: n'étant sincères que quand ils se battent, ils nous en ap[)rennent plus [)ar leurs disputes que par leurs éloges officiels, ampoulés et menteurs.
Maupertuis n'eut pas le triomplie modeste : il se fit représenter u seul, aplatissant la Terre, ainsi qu'on peint Allas portant le ciel, comme si l'on avait changé la face de l'univers pour avoir été se réjouir dans une ville où il y a garnison suédoise ». ^'oltaire, qui depuis l'accommoda si bien, mit des vers au bas du portrait, ce qui ne lui coûtait guère, surtout envers un homme que tout le monde fêtait.
Maupertuis citait à tout propos le cercle polaire: de plus, il ramenait une Laponne, d'autres disent deux, ce qui est ))eaucDup et ne prouve pas un goût extrêmement sur. Maupertuis publia des pamphlets « atroces » où les Cassini I, II el III étaient traités sans aménité; I était mort, III s'occupait de réparer les erreurs paternelles: sur II tombaient tous les coups.
Plus tard, forcé par son insupportable orgueil de quitter Paris et de devenir le plat courtisan de Frédéric II sous le titre pompeux de président de l'Académie de lîerlin. quand ses démêlés avec Kœnig Helvète et professeur à la Haye) sur le principe de la moindre action, l'auront exposé aux diatribes d'Akakia assez injustes et d'un esprit plutôt facile), il reviendra dans ses Le/lics sur cette période de sa vie. Ce qu'il dit alors est amusant, mais parfaitement inepte.
« Cependant ceux qui avaient anciennement mesuré le méridien en France, recommencèrent leur ouvrage en 1740 et trouvèrent les degrés du méridien croissant à contre -sens de ce qu'ils avaient trouvé autrefois... Enfiu deux des mathématiciens du Pérou revinrent en 174i, et leurs mesures s'accordaient encore avec les nôtres : en sorte que toutes tendaient à prouver l'aplatissement de notre globe vers les pôles... Il n'y eut plus de diversité de sentiments que sur la part que chacun voulut y avoir. Revenus les premiers,... nous voulûmes avoir résolu le problème; ceux qui avaient réformé en France leur ancienne mesure, voulurent partager l'honneur de la solution. Enfin les mathématiciens de l'Equateur... prétendirent que la décision de la question était due à leurs travaux. Ils ne pouvaient guère en disputer l'honneur à ceux qui les avaient précédés : ils se disputèrent entre eux. L'un, par la publication de l'ouvrage commun, j)révint ses compagnons et semblait s'approprier presque tout le mérite de l'opération: l'autre eut bien de la peine à se faire écouter: le dernier arrivé, sans montrer seulement à l'Académie ses
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observations, alla enrichir l'Espagne de ses connaissances et de ses talents. »
Maiipertiiis n'oublie qu'un point : à supposer qu'il fut pour tout dans la réussite de l'expédition polaire, à quoi aurait-elle servi sans les autres? A la rigueur, les nouvelles mesures de Cassini (de Thury) étendues sur 8° démontraient à elles seules l'aplatissement; et vraiment, d'avoir abandonné une erreur qu'avaient soutenue son père et son grand-père, était une sorte de preuve de la correction des nouvelles mesures.
Aussi bien quand, au début du xix" siècle, on reprit les mesures polaires, on s'aperçut que la diderence des latitudes était assez grossièrement énoncée. Svanberg la trouva fausse de 12" et diminua de 400 mètres environ la longueur du degré de Laponie.
jMais revenons aux travaux de Cassini III.
•2". — Aidé de l'abbé Lacaille, il reprit donc le travail du papa et du grand-papa. Ils employèrent un secteur de 2 mètres de rayon et des lunettes à réticule. Ils mesurèrent une nouvelle base près de Bourges qui leur fit soupçonner une erreur dans celle de Picard. Une nouvelle mesure de cette base leur donna :
5 657 toises = li026 mètres, et non 5 603.
l'erreur était de 6 toises, soit plus du millième. Reste à savoir si la toise de Picard était celle des Cassini. Du reste, peu importait pour le problème posé, puisque la toise de Cassini III était celle de Maupertuis, en tout cas difi'érait de celle-ci beaucoup moins que du millième.
Bref, ils concluent qu'au voisinage du parallèle 45", latitude moyenne de la France, le degré vaut :
57 012 toises=lll 118 mètres.