Calcul de la déformation du géoïde près d'un continent
S'il est actuellement impossible de calculer les déformations absolues du géoïde, il est possible sans hypolhèse de déterminer ses variations locales de forme au voisinage d'un continent.
Supposons calculée l'attraction horizontale F du continent en fonction de la distance ,r;=R/, où R est le rayon et l la variation d'angle au centre.
La surface libre est normale à la pesanteur déviée. Soit h l'élévation du géoïde audessus d'une surface de référence quasi sphérique. On a :
F dk dk ,R/-p,,,.
Fig. 232
g dx Rrfr
4'i2 GÉOGBAPIIIE MATHEMATIQUE
On obtient la même équation par la considération des pressions.
Le calcnl toujours incertain des attractions peut être suppléé par la comparaison des latitudes et longitudes astronomiques et gcodésiques. L'application de cette méthode sous la forme la plus simple suppose que la côte est dirigée est-ouest (on compare les latitudes) ou nord-sud (on compare les longitudes), et qu'il existe au large du continent une île dans laquelle une des opérations sera faite.
305. Conséquences géologiques. Rôle des variations de la couche glaciaire.
i°. — Si les continents ont sur le géoïde une importance aussi grande que la théorie de Saigey le fait prévoir, toute variation survenue à travers les âges géologiques dans le relief terrestre doit se traduire par une modification du géoïde, modification due à la variation des attractions que le relief produit. Les agents d'érosion (vagues, eaux courantes, glaciers, alternatives de température et d'humidité) remanient perpétuellement ce qui dépasse le niveau de l'Océan et diminuent les masses continentales émergées. D'où parallèlement une diminution de leur attraction et un abaissement local de l'Océan près des côtes, abaissement que ne peut compenser l'élévation moyenne du niveau due à ce que le bassin océanique se comble peu à peu des sédiments que les causes d'érosion y amènent.
2°. — Lapparent invoque comme cause de variation l'accumulation des glaces sur la terre ferme. Si les périodes glaciaires alternent, par exemple, d'un hémisphère à l'autre, il existe corrélativement des variations périodiques de l'attraction du continent sur la mer et du niveau de celle-ci.
Lapparent voit une preuve de ces variations dans le phénomène des terrasses et des lignes de rivage scandinaviennes. En Norvège, en différents points de la côte et des rives des fiords, on observe des terrasses d'alluvions étagées à diverses hauteurs au-dessus de la mer actuelle. Certaines côtes roclieuses portent, à des niveaux déterminés, des incisions ou cannelures liorizontales, où l'on croit reconnaître l'action combinée de la vague et de la gelée, à un moment où la mer affleurait en ce point. Leur disposition fait admettre un abaissement graduel, continu ou par saccades, de la mer sur le rivage de laquelle ces lignes se formaient.
On constate un défaut absolu de concordance entre les niveaux des diverses terrasses, fait opposé à l'hypothèse d'un mouvement en masse de l'Océaïi; on imaginait donc d'improbables cassures. Cette complication s'évanouit en introduisant l'attraction, variable avec les localités, des glaces continentales.
Bravais avait constaté dans l' Allen Hord l'existence de deux lignes de terrasses qui n'étaient ni horizontales ni parallèles l'une à l'autre. La première s'abaissait de 40 m. sur 100 kilomètres, la seconde de 13 seulement; ce qui correspond aune pente de 44 et de 35 secondes. On explique le phénomène par l'attraction des glaces.
DlirOHMATION DES S V Kl' ACES DE SI VEAU W.i
Suivant Lapparcnt, les allernalives d'émersion et de submersion reconnues pour les côtes de certains pays (Groenland) ont pour cause, non pas un mouvement du sol, mais une variation du niveau de rOcéan résultant de la variation d'épaisseur de la couche de glace.
Lapparent invoque aussi comme cause de variation du niveau de l'Océan, le mouvement de la lave dans les cheminées volcaniques. Si l'on admet que ces laves, sensiblement plus denses que la moyenne de la croûte superficielle, s'élèvent et s'abaissent, il en résultera des variations d'attraction et corrélativement des variations de niveau.
En définitive, Lapparent conseille de ne supposer la mobilité de la croûte qu'avec une extrême prudence et de reporter sur le niveau de la mer les mouvements relatifs observés.