I. — Asie mineure
L’Asie occidentale est une terre fertile en souvenirs; mais les peuples qui (lorissaient dans cette région sont rentrés dans la nuit des temps : « les troupeaux bondissent sur le tombeau d’Achille et sur celui d’ilector ; les trônes de Mithridale et d'Antiochus ont disparu, comme les palais de Priarn et deCrésus ; les marchands de Smyrne ne se demandent guère si ce fut dans leurs murs que naquit Homère; le beau ciel de l'Ionie m’inspire plus ni peintres ni poètes; la même nuit couvre de ses ombres les bords du Jourdain et les rives de 1 Euphrate; la république de Moïse a disparu, les harpes de David et d’Isaïe sont muettes à jamais; un pasteur arabe vient avec indifférence appuyer des lentes aux colonnes brisées de Palmyre ; Babylone aussi a succombe sous les coups d’un destin vengeur, et cette cité qui régnait sur l’Asie laisse à peine après elle une trace qui puisse indiquer où s’élevaient les remparts de Sétni-
ASIE OTTOMANE
ramis ». (Malte-Brun). Pourtant la nature et les lieux sont restés essentiellement les mêmes : la côte pittoresque de I Ionie avec ses îles riantes, les fertiles rivages du Pont-Euxin, ombragés de forêts, leschaînes du Taurus couronnées de plateaux, le Tigre et l’Euphrate portant les glaces de l'Arménie vers les plaines brûlantes de la Mésopotamie, le Liban couronné de cèdres et d’où 1 on peut contempler les vergers de Damas. Mais les hommes ont changé : à l’éclat lumineux des civilisations occidentales a succédé le fanatisme et l’ignorance de l’Islam.
L Asie mineure est de toutes les contrées du monde celle que baignent le plus de mers. Parmi ces mers celles du nord lui apportent des brises fraîches, celles du sud des vents de feu, celles de l’ouest des brises tempérées. Ce voisinage des mers adoucit l’intensité du froid tandis que les hautes montagnes modèrent des chaleurs de 1 été. Cependant les côtes méridionales éprouvent des chaleurs accablantes tandis que les rivages de la mer iNoire soufflent parfois de la trop grande humidité.
On peut dire en général que le climat de la plus grande partie des provinces de l’Asie mineure est maisoin. La disposition topographique, l’incurie de I’administi alion turque qui n a aucun souci de l’hygiène généiale i'l laisse le champ libre aux influences délétères de toute soi te, rendent souvent impossible le séjour de localités habitées autrefois en permanence.
La malaria existe dans toute la presqu’île de l’Asie
mineure, non seulement dans le plateau central, mais aussi sur les bords de la mer Noire et de la Méditerranée. Le plateau central est presque partout infesté par les émanations paludéennes qui développent les fièvres infei mitlentes et rémittentes dans la plupart des régions autrefois très peuplées et maintenant presque inhabitées.