BENGALE
qui d’une seule racine donne une forêt. Sous ces immenses végétaux vivent des monstres. Le tigre y veille au bord du fleuve, guettant l’hippopotame qu’il atteint d un bond de dix toises ; ou bien un troupeau 1 d éléphants sauvages vient en fureur à travers la forêt, pliant, coupant les arbres à droite et à gauche. Cependant des orages épouvantables déplacent des montagnes, et le choléra morbus décimé les hommes par millions.
Ainsi, lencontrant partout des forces disproportionnées, l’homme accablé par la nature, n’essaye pas de lutter ; il se livre à elle sans condition.il prend et 'reprend encore celte coupe enivrante où Çiva verse à [pleins bords la mort et la vie; il boit à longs traits, il ss’y plonge, s’y perd ; il laisse aller son être, et il avance «vec une volupté sombre et désespérée, que Dieu est dout, que tout est Dieu, qu’il n’est rien lui-même jqu un accident, un phénomène de celle unique substance. Ou bien, dans cette patiente et fière immobilité, ■il conteste 1 existence à cette nature ennemie, et se venge par la logique de la réalité qui l’écrase ».