CHAPITRE VI. — LA SAVOIE ET LA VALLÉE DE LA BURANGE
mousset, puis la Maurienne jusqu'à Saint-Michel, gagnait Valoire, passait le Galibier, avait son centre à Briançon, descendait la Durance jusqu'à l'embouchure du Guil, où se trouvait le camp de Guillestre, franchissait le col de Vars pour tomber dans la vallée de Barcelonnette à Tournoux, où était établi un camp retranché. De là, la ligne était tracée par le col de la Gaillole et suivait le Var jusqu'à son embouchure.
U suffisait au maréchal d'être averti des mouvements de son adversaire et de faire ses navettes à propos, et comme il voyait venir l'ennemi de loin, il était toujours à même de le prévenir partout. Du reste il considérait sa position comme si bonne et si forte qu'après une première campagne il ofifrit de lui-même au roi vingt bataillons, sur les quatre-vingt-quatre dont il disposait, pour être employés en Flandre, où on manquait de troupes. Après ces indications générales sur la défense de la Savoie, nous n'avons plus que quelques mots à dire pour faire comprendre les mouvements et les événements des campagnes des années 1709, 1710 et 1711. ,
Campagne de 1709. — C'est en 1709 que les coalisés imaginèrent de pénétrer en France à la fois par l'Alsace et par les Alpes pour se réunir en Franche- Comté vers Besançon; ce plan est remarquable, parce que c'est le premier exemple de ces grandes marches d'armées qui, parties de points différents, se donnent rendez-vous en pays ennemi pour coopérer à un but commun.
Les Austro-Sardes, commandés par le comte de Thaun, franchirent au mois de juillet le Mont-Cenis, dont ils avaient réparé la route; un autre corps sarde vint camper à Oulx pour menacer Briançon.
Le comte de Thaun, ne pouvant descendre la vallée de la Maurienne sans s'exposer à être arrêté d'abord au poste de la Sourdière entre Saint-Michel et Saint- André, puis à être pris en flanc par les troupes campées à Valoire, se décida à passer en Tarentaise par le col de la Vanoise en même temps qu'une petite colonne descendait le Pelit-Saint-Bernard.
Les troupes françaises qui occupaient la Tarentaise, avaient ordre de se replier devant l'ennemi, de défendre la ligne de l'Arly et, si elles y étaient forcées, de se retirer au camp de Fréterive, où on avait un pont sur l'Isère, après avoir jeté quelques bataillons et quelques escadrons dans les Bauges par le col de Tamié. Ces troupes se laissèrent battre à la Roche-Servin, avant d'avoir mis l'Arly entre elles et l'ennemi, et furent refoulées sur Fréterive sans occuper le col de Tamié.
Le maréchal qui jusque-là était resté immobile au Lautaret, craignant quelque brusque retour sur Briançon par le col de la Roue et le pas de l'Échelle, accourut en toute hâte à Montmélian et jeta 1 ,600 hommes dans les Bauges.
Les ennemis s'avancèrent jusqu'à Faverges et Annecy, leur cavalerie occupa
même tout le pays jusqu'au Rhône; mais ils ne purent nous déloger des Bauges et
ils n'osaient trop s'affaiblir à Conflans de crainte de se voir privés de leur seule ligne
de retraite. La nouvelle de la défaite du comte de Mercy dans la Haute-Alsace les
força à se retirer en Piémont en passant partie par le Petit-Saint-Bernard, partie par le Mont-Cenis. Le mauvais temps enleva toute .crainte detre attaqué de nouveau et les troupes furent envoyées en quartiers d'hiver,
Campagne de i 710. — L'année suivante, la vallée de la Durance fut choisie comme route d'invasion, de manière à se porter sur Gap et à favoriser la révolte des malintentionnés et des nouveaux convertis du Dauphiné qui devaient se réunir à Die. Cette opération devait se combiner avec une descente de la flotte anglo-hollandaise à Cette. Les ennemis, qui comptaient que la révolte se communiquerait par la vallée de la Drome dans tout le Vivarais et les Cévennes, espéraient ainsi couper toute communication entre le Dauphiné et la Provence et se rendre maîtres de tout le midi.
Pour s'opposer à ces projets, Berwick envoya quelques troupes dans le Diois qui empêchèrent les mécontents de remuer; les troupes du Roussillon se portèrent en toute hâte dans le Languedoc et forcèrent rennemi à se rembarquer; enfin Berwick occupa fortement le col de Vars et la position de Tournoux, ce qui contraignit bientôt le comte de Thaun, qui avait franchi le col de l'Ârgentière, à retourner sur ses pas sans oser s'aventurer dans la vallée de Barcelonnette.
Campagne de 1711. — A la fin de juin 1711, les coalisés firent de grands préparatifs à Coni, ce qui semblait dénoter des projets contre le comté de Nice ou contre la vallée de Barcelonnette. Le maréchal s'établit avec 24 bataillons i Guillestre et disposa ses troupes sur la ligne qu'il avait déjà occupée les années précédentes de manière à pouvoir arriver en cinq jours sur le Yar avec des farces suffisantes.
Au commencement de juillet toute l'armée ennemie se reporta vers Suse, le duc de Savoie vint en prendre le commandement et passa le Mout-Cenis en même temps qu'une petite colonne descendait par le Petit-Saint-Bernard. Les opérations de l'assaillant et les dispositions du défenseur dans cette campagne furent la repro-^ ductiou exacte de ce qui s'était passé en 1709.
Pendant que le maréchal de Berwick se portait en toute hâte à Montmélian et faisait occuper les Bauges, le duc Victor-Amédée, ne croyant pas pouvoir pénétrer par la Maurienne, franchissait le col de la Vanoise, continuait sa marche sur Mou* tiers, passait TArly et rejetait notre cavalerie en désordre sur Montmélian. L'ennemi s'étant même emparé du massif des Bauges et occupant par suite les hauteurs qui dominaient le camp français, le maréchal dut abandonner Montmélian et évacuer Chambéry ; il alla prendre position au camp de Barraux, qu'il fit fortifier, conservant par le pont qu'il avait sur l'Isère, à Pontcharra, sa communication avec la Maurienne ; il fit occuper fortement les Echelles pour barrer à l'ennemi la route de Lyon et envoya un fort détachement à Entremont pour empêcher les partisans de se glisser du côté de Grenoble. Il pourvoyait en même temps à la défense du Rhône