CHAPITRE VL — LA SAVOIE ET LA VALLÉE DE LA DURANGE
au moyen de cavalerie et de la milice du pays, de plus les bourgeois montaient de fortes gardes aux ponts de Lyon, ou l'alarme était grande.
Toutes ces sages mesures en imposèrent à l'ennemi, car le 8 septembre Victor-Amédée reprit le chemin du Piémont par le col de la Vanoise et le Mont- Genis.
Le maréchal résolut alors de tenter un coup de main sur Exilles, espérant y devancer le gros des forces ennemies et, une fois placé, pouvoir en faire le siège sans crainte que la place pût être secourue. Une colonne commandée par les généraux d'Asfeld et Dillon devait passer le col du Mont-Genèvre, pénétrer dans la vallée de Pragelas, puis franchissant l'arête montagneuse gui la sépare d'Exilles, se montrer au-dessus du camp de Saint-Colomban occupé par les Sardes ; une autre colonne, sous les ordres du marquis de Broglie, devait passer par le col Clapier^ au sud du petit Hont-Cenis , et se trouver le même jour que la première sur les hauteurs qui dominent le camp au nord. Ce mouvement si bien combiné échoua faute de simultanéité dans les mouvements des deux colonnes, le marquis de Broglie, trop impatient, attaqua un jour plus tôt qu on n était convenu et fut repoussé.
&éflexlona »ar ces campagnes. — Comme on le voit d'après le récit que nous venons de faire, ces campagnes ont la régularité d*unc manœuvre dont le programme est arrêté d'avance; elles ont le mérite de faire ressortir les avantages tactiques des positions de la Savoie et des Alpes. Le duc regardait ses opérations comme limitées au Rhône; il ne se décide ni à le franchir après avoir fortifié Conflans pour couvrir sa ligne de retraite, ni h attaquer le camp de Barraux pour pénétrer sur Grenoble ou sur Lyou. Les hostilités ne durent que deux mois chaque année, en juillet et août, Tautomne sépare les combattants ; tout se borne souvent d*un côté comme de lautre à s assurer de quelques otages pour en tirer de fortes rançons. En 1712, nous ne fîmes qu'une suite de courses en Piémont sans autre objet que d'y lever des contributions. Les marches, les mouvements de troupes, montrent que les communications étaient meilleures alors qu elles ne le sont aujourd'hui ; le maréchal de Bervvick avait réuni tous les points de sa ligne de défense par de bons chemins; on voit de l'infanterie, de la cavalerie, passer au col d'Agnello, aux cols du haut Guil, où les touristes seuls se risquent aujourd'hui.
CaHÉpagne de 1793. — £n 1793, Lyon déclarée rebelle était assiégée par Kellermann; une armée sarde, voulant secourir cette ville, pénétra par le Mont- Cenis et le Petit-Saint-Bernard. Les généraux français disputèrent pied à pied le terrain en Tarentaise et en Maurienne, ils purent môme conserver le débouché de ces vallées jusqu'à l'arrivée des secours. Kellermann, accouru en toute hâte, reprit ToSensive, s'empara d'abord du col de la Madeleine, qui était la communication la plus directe entre les deux colonnes ennemies, puis, cherchant à gagner leurs
ilâiics, eu se maintenaut sur les hauteurs, il les força à rétrograder et à repasser les Alpes.
On voit que dans cette campagne les positions de flanc occupées par le maréchal de Berwick ne jouèrent aucun rôle, la défense se ût de front, puis on reprit de même Toffensive de front. Le peu de vigueur de l'attaque rendit toute autre manœuvre inutile, et quelque défectueuses que fussent les mesures prises par la défense, elles furent couronnées de succès.
Le général Jomini, en cx)nstatant les fautes commises par les Sardes dans cette attaque, fait remarquer qu'en pays de montagne, celui qui prend Toffensive, ne doit pas séjourner dans les vallées étroites sans communication latérale, qu*il lui faut agir avec vigueur et se porter rapidement aux débouchés des vallées. Dans le cas qui nous occupe, ces débouchés pour les troupes sardes étaient d'abord Conflans et Alton, puis Montmélian.
Campagne de 1 81 5. — En 181 5, la défense dut se faire dans de toutes autres conditions qu*un siècle auparavant : nous étions attaqués par des forces beaucoup plus considérables qu'à cette époque et nos ressources étaient bien disproportionnées en comparaison de celles dont disposait lennemi ; de plus l'ouverture de la route du Simplon donnait à l'ennemi une base d'opérations beaucoup plus large et reportait l'attaque plus au nord, en faisant de Genève le premier objectif de Tennemi après le passage des Alpes, puis le point de départ de ses mouvements sur Lyon.
Les alliés abordèrent la frontière do tous les côtés à la fois et il nous fallut tout couvrir. Cinquante mille hommes franchirent le Simplon; trente mille pénétrèrent en Savoie par le Mont-Cenis et le Petit-Saint-Bernard, ce pays ayant dû être évacué par les garnisons sardes dès le début des hostilités ; enfin une armée de réserve de cinquante mille hommes qu'on réunissait en Lombardie devait plus tard se porter par le col de Tende sur le Var. Pour arrêter tous ces ennemis, le maréchal Suchet ne disposait que de deux faibles divisions, avec lesquelles il dut occuper une ligne de plus de trente lieues des Rousses à Grenoble.
Le défilé de Saint-Maurice n'ayant pas été occupé, la colonne qui suivait la route du Simplon, ne trouva de résistance qu'à la Meilleraie, à l'entrée du Ghablais. Le général Dessaix défendit le passage de la Dranse et celui de l'Arve, puis il se replia sur la position des Rousses. Genève, malgré son importance, n'avait été ni occupée, ni fortifiée.
En Savoie, le colonel Bugeaud, qui un mois auparavant avait chassé les Sardes de la Maurienne et de la Tarentaise que le traité de Paris avait laissées au Piémont, fat attaqué à son tour et se replia jusqu'à Conflans, où il essaya de défendre le débouché de la Maurienne. Après un très-brillant combat où il fit subir à rennemi des pertes considérables, il était encore maître de la rive droite de l'Arly, mais il allait succomber sous le nombre de ses adversaires qui le débordaient par sa gauche,