‹ Géographie militaire (volume 2)Chapitre 121 sur 288 · CHAPITRE VII. ^ NICE ET LES ALPES MARITIMES · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. ^ NICE ET LES ALPES MARITIMES

éprouve de grandes difficultés à s'avancer dans ce pays de défense facile, puis en cas d'insuccès, les retraites peuvent devenir désastreuses pour lui.

Ce théâtre d'opérations, dans sa partie orientale, ne communique avec celui de la Durance que par des routes longues et diiïicilcs que nous avons énumérées précédemment ; ce sont la route de Grasse à Caste liane, à Digne et à Sisterorij sur laquelle s'embranche celle de Digne à Seync et à Sai7ît' Vincent par le col de Labouret, et celle de Castellane à Barcelonnette par le col d*Allos ; puis au pied même de la grande chaîne des Alpes, se trouve la route du col de Fours qui remonte la Tinée et conduit à Barcelonnette.

Ezpéditioiui de f 524 et de f 707. — Les deux invasions les plus célèbres tentées en Provence sont celles du connétable de Bourbon en 1524 et celle du prince Eugène et du duc de Savoie Victor-Amédée en 1707.

Dans la première de ces expéditions, les villes de la Provence ne firent aucune résistance et semblèrent d'abord disposées à changer de maître. Antibes, Grasse, Fréjus, Draguignan, Toulon qui n'avait pas encore Timportance qu'il prit depuis, Brignoles, Aix, capitulèrent en quelques semaines. Le connétable voulait marcher sur Lyon, comptant attirer dans la révolte ses anciens domaines et surprendre François P' qui n'avait pas de troupes à lui opposer; mais Charles-Quint voulaits assurer du port de Marseille, et le mai*quis de Pescaire insista pour qu'on assiégeât cette place. La ville fit une résistance énergique, ce qui donna le temps au roi de réunir une armée à Avignon. L'ennemi dut lever le siège et eut grand peine à regagner la Ligurie, après avoir perdu son artillerie et ses bagages.

En 1707, après la bataille de Turin, le prince Eugène et le duc Victor-Amédée, portant à leur tour la guerre en France, formèrent le projet de pénétrer en Provence. L'armée coalisée franchit le col de Tende et se porta sur le Var qui ne fut que faiblement défendu; elle s'avança jusqu'à Toulon sans rencontrer de résistance, si ce n'est aux défilés de l'Esterel où les paysans cherchèrent à l'arrêter. La défense était prise au dépourvu, les troupes étaient en Savoie et en Dauphiné où on redoutait une attaque, et il n'y avait que quelques faibles garnisons en Provence ; la place de Toulon était à peine fortifiée du côté de terre, mais elle fut sauvée par la lenteur de la marche des ennemis qui mirent quinze jours à parcourir les 160 kilomètres qui séparent le Var de Toulon ; la nature du pays et la difficulté d'établir des relations avec la flotte anglaise, qui suivait la côte et devait fournir les approvisionnements nécessaires, ne contribuèrent pas peu à cet heureux résultat.

Ce délai permit au maréchal de Tessé qui dirigeait la défense de faire venir les forces rassemblées en Dauphiné; du reste tout le monde fit son devoir : la noblesse accourut au premier signal du danger; les paysans se levèrent en masse ; ils avaient déjà inquiété l'ennemi dans sa marche en avant; quand il dut se retirer, ils le harcelèrent encore et lui firent subir de grandes pertes. La retraite fut désastreuse et les débris de larméo coalisée eurent grnnd peine h repasser le Vai*.

Frontière avant f 860. — L'ancienne frontière de la France, avant 1860, quittait la crête des Alpes au mont de rEnchastraye et suivait la crête des montagnes qui bornent le bassin du Var jusqu'au mont Saint-Honorat qui a encore 2,520 mètres d'élévation; elle descendait dans ce bassin, coupait le Var en dessus et en dessous â! Entrevaux, franchissait le contrefort qui sépare le Var de son affluent VEsteron^ puis enfin était marquée par le thalweg de ces deux rivières jusqu'à la Méditerranée. Nous ne possédions donc que le coude du Var à Entre vaux et son embouchure quatre lieues avant la mer.

Le Tar et ses affluents. — Le Var était notre première ligne de défense sur cette ligne d'invasion. Dans sa partie inférieure, depuis l'embouchure de l'Esteron jusqu'à la mer, le Var n'est bordé à droite et à gauche que par des montagnes fort aplaties et très-accessibles, on y trouve plusieurs gués, mais ils ne sont praticables qu'après l'époque des grandes pluies et la fonte des neiges, c'est-à-dire de la mi-juillet à la fin d'avril de l'année suivante, et encore un fort orage les fait-il disparaître. Le meilleur de ces gués el le plus fréquenté se trouve à l'embouchure à Saint-Laurent \ c'était là que passait la route d'Antibes à Nice et c'était par lui seul qu'autrefois les voitures pouvaient entrer dans le Comté de Nice; on y a construit un pont de bois en 1792, et aujourd'hui le chemin de fer y franchit le torrent sur un pont de pierre. La largeur du lit du Var en cet endroit est de 700 mètres au moins, mais pendant la plus grande partie de l'année, on ne voit qu'un mince filet d'eau s' écoulant au milieu d'immenses bancs de sable ou de boue. En cas de crue, le Var devient un torrent terrible qui, plus d'une fois, a enlevé ou endommagé lo pont de bois qui met ses deux rives en communication.

Ces crues subites peuvent être fort dangereuses pour les armées qui opèrent dans ces régions ; ainsi au début des guerres de la révolution, en septembre 1792, le général Anselme qui avait franchi le Var à gué avec 4,000 hommes pour aller s'emparer de Nice, évacuée par l'armée piémontaise, se trouva séparé du reste de son armée pendant huit ou dix jours, parce que le torrent grossit subitement ; heureusement pour lui, l'ennemi ne profita pas de cette circonstance.

Napoléon disait que pour f^iire du Var un obstacle de quelque valeur, il faudrait construire à l'embouchure un fort protégeant un barrage qui permît de retenir les eaux, de détruire les gués et de créer des inondations. Pourtant cette ligne qui n'a que peu de longueur entre les montagnes du cours supérieur et la mer, semble assez forte contre une attaque venant du côté de l'Italie. Les collines de la rive droite dominent constamment celles de la rive gauche à bonne portée de canon, et, en 1800, le général Suchet défendit le Var avec succès contre toutes les attaques de Mêlas qui, après avoir coupé notre armée en deux et avoir investi Gènes, cherchait à pénétrer en France, pendant que Bonaparte préparait son grand mouvement tournant (lo Mareugo.

Hpux faits sonl dignosdo remarquo dansrollo défense du Var. C'est d'abord l'aii-

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