‹ Géographie militaire (volume 2)Chapitre 122 sur 288 · CHAPITRE VII. — NICE ET LES ALPES MARITIMES · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. — NICE ET LES ALPES MARITIMES

dace avec laquelle Suchet sut conserver une tête de pont sur la rive gauche, bien que le Var eût en ce point une largeur de 700 mètres et qu'on ne pût communiquer d'une rive à l'autre que par un pont de bois pouvant à chaque instant être enlevé par une crue; puis ensuite qu'on fit en cette circonstance usage pour la première fois du télégraphe nouvellement inventé ; on avait installé un appareil sur le fort Montalban qui domine Nice et qui était resté en notre pouvoir ainsi que cette place, et au moyen de signaux partis de ce point, le général Suchet était continuellement averti des mouvements des Autrichiens.

La Tinée prolonge vers le nord et en ligne droite la ligne de défense formée par le cours inférieur du Var. Les hautes vallées du Var et de ses deux principaux affluents, la Tinée et la Vésubie, sont très-resserrées et très-encaissées, souvent ces torrents coulent entre des rochers élevés et fort escarpés. On a construit dans ces derniers temps une grande route qui remonte le cours de la Tinée jusqu'à sa source, qui passe par le col de Fours et qui descend dans la vallée de Barcelonnette ; mais toutes les autres voies de communication du haut Var ou de ses affluents ne sont que des sentiers. Ces hautes vallées peuvent donc être disputées pied à pied et sont d'une défense facile.

La haute vallée du Var communique avec le Verdon par cinq cols où passent des sentiers, le meilleur et le plus ouvert de ces passages est celui de Champ qui conduit à Colmars, mauvaise place qui surveillait cette partie de l'ancienne frontière. L'arête de la chaîne qui sépare le Var de la Tinée, est fort élevée et toute hérissée de rochers ; elle n'est franchie que par de mauvais sentiers; les communications ne sont pas plus faciles entre la Tinée et la Vésubie.

La haute vallée de la Tinée communique avec la Stura, par plusieurs sentiers qui passent aux cols de Pourriac, de Fer, de Collalunga, de Sainte-Anne, délia Lombarda et de Fremamorta. Enfin un sentier, qui pourrait être rendu praticable aux voitures, fait communiquer la haute vallée de la Vésubie avec celle du Gesso par le col de Finestre; il rejoint à Sauit-Dalmazzo les routes des cols de l'Argentière et de Tende et permet par suite de tourner le fort de Vinadio et la position de Démonte dans la première direction, ainsi que le fort que les Italiens projettent à Tende pour barrer la seconde. Tous ces passages pourraient servir à des corps légers pour pénétrer dans la haute vallée du Var, pour menacer la route de Provence et pour tourner les défenses que nous avons plus à l'est; inversement, ils nous donnent des actions de flanc sur la route de l'Argentière, et par suite de petites colonnes françaises qui les utiliseraient, feraient tomber toutes les positiens de la vallée de la Stura et favoriseraient le débouché par le col de TArgentière.

Le tracé anormal de la frontière a laissé à l'Italie tous ces cols, et les têtes mêmes des vallées à l'est du pas de Collalunga, bien que la position naturelle pour la défense du comté de Nice soit la crête supérieure des Alpes.

Tinusé dé la frontière actuelle. — La frontière actuelle de la France et de

l'Italie suit encore à partir du mont de TEnchastraye la crête des Alpes jusqu au pas de Collalunga, elle s'abaisse ensuite vers le sud, touche presque à la Tinée et laisse en Italie toutes les hautes vallées du versant sud, elle se tient généralement sur la crête de contreforts parallèles à la chaîne principale et coupe les contreforts de premier ordre ainsi que les divers torrents qui viennent des Alpes; elle franchit la Roja au-dessous de l'auberge de San-Dalmazzo qui est une station d'été pour les étrangers, suit la crête des montagnes qui entourent SaorgiOy repasse sur la rive droite de la Roya au-dessous de Breglio, coupe la Bevera et vient finir sur la Méditerranée entre Menton et Vintimiglia, Nous n'avons donc que le cours moyen de la Roya, mais nous possédons les importantes positions de Saorgio et de Breglio.

Ce tracé correspond à la limite de l'ancien arrondissement de Nice, mais ce n^était pas celle du comté de Nice, c'est pour cela que ce dernier nom ne figure pas dans le traité d'annexion.

Au point de vue militaire, ce tracé anormal des confins entre la France et l'Italie ne donne pas à l'Italie des avantages bien marqués, car il ne lui laisse au-delà de sa frontière naturelle que de hautes vallées resserrées entre les rochers, n'ayant pas de communication latérale entre elles et n'ouvrant dans la chaîne que des cols difficiles, traversés par de simples sentiers. Le bassin de Tende seul a de l'importance parce qu'il est traversé par la grande route qui passe au col de ce nom et parce que les sentiers du Tanaro, du Tanarello et de la Taggia viennent y déboucher.

Descpf ption da comté de Nice et des Alpes-Hapltimes. — Les Alpes-

Haritimes commencent, comme nous l'avons dit, au mont Viso. A partir du mont de TEnchastraye, elles quittent la direction du nord pour s'incliner à l'est, puis même, à partir de la source du Tanaro, pour remonter vers le nord-est. Elles se rapprochent continuellement de la Méditerranée, ainsi tandis que le col de Tende est à 40 kilomètres de la mer, la crête des collines de Saint-Jacques au-dessus de Vado n'en est qu'à 7 kilomètres.

Ces montagnes jusqu'au col de Nava ont un relief presque aussi considérable que celles de la Suisse ou de la Savoie et détachent des contreforts très-élevés, les sommets ont de 2 à 3,000 mètres d'élévation et les cols atteignent presque 2,000 mètres d'altitude ; mais au lieu de ces hautes vallées, de ces plateaux étages qu'on voit dans les autres parties des Alpes, on trouve ici des pentes raides et souvent continues depuis le sommet jusqu'à la base.

Le relief de ces montagnes est d'autant plus sensible qu'elles bordent la mer, les différences de niveau dans ce pays sont considérables, ce qui rend les parcours extrêmement longs et pénibles.

Les hautes vallées du comté de Nice sont pauvres en ressources; les pentes rapides des montagnes ne sont recouvertes d'aucune végétation, car la terre végétale à été enlevée; dès qu'on sort de Nice par la route du col de Tende, on rencontre des collines de calcaire schisteux, affreusement ravinées et sans aucune verdure, puiâ

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