‹ Géographie militaire (volume 2)Chapitre 123 sur 288 · CHAPITRE VII. - NICE ET LES ALPES MARITIMES · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. - NICE ET LES ALPES MARITIMES

quand on se trouve sur un de ces sommets qui avoisinent le col de Tende, on ne voit àpertede vue qne des monts entièrement dénudés dont les teintes uniformément grises ou blanchâtres sont fort monotones. Le peu de fertilité de ces montagnes contraste avec la riche végétation de la côte où poussent les palmiers, les orangers, les citronniers, qu'on ne rencontre qu'au sud de TEspagne ou de Fltalie, et où se trouvent les villes d'hiver célèbres de Monaco, Menton, San^Remo, Finale-Marina. Ces montagnes calcaires resserrent souvent les torrents entre des escarpements de hauteur prodigieuse, ainsi la route du col de Tende, en suivant la Roya, traverse des défilés de plusieurs kilomètres où le jour pénètre à peine.

A Test de la vallée de Tanaro, l'altitude des montagnes devient moindre, elle ne dépasse guère 1,000 à 1 ,200 mètres et s'abaisse même à 490 mètres au col de Cadibone; la chaîne prend déjà les formes arrondies propres à l'Apennin et alors elle peut être parcourue presque en tous sens par l'infanterie et l'artillerie légère. La végétation reparaît même dans les hautes vallées, les sommets sont couverts de gazon ou de bois, et au nord s'étendent d'immenses forêts de châtaigniers où se trouvent perdus quelques villages qui ne communiquent avec les routes de la plaine du Pô que par de mauvais sentiers.

litres de défense da comté de Nice. — La Roya. — Les contreforts élevés qui se détachent du côté de la Méditerranée et qui se terminent en éperons escarpés sur le littoral même, forment autant de lignes de défense qui peuvent être occupées soit par les Français pour couvrir le comté de Nice, soit par les Italiens pour couvrir la rivière de Gênes. La seule de ces lignes qui couvre toutes les routes qui mènent de la plaine du Pô à Nice et sur le littoral, est formée par le contrefort qui sépare la Vésubie de la Roya et dans sa partie méridionale le Paillon, torrent qui se jette dans la mer à Nice, de la Bevera, affluent de la Roya ; il part du mont Clapier et se termine au-dessus de Monaco à la position de la Turbie qui barre complètement la route de la Corniche, c'était là du temps des Romains la frontière entre la Gaule et l'Italie. De ce contrefort se détachent des ramifications qui accompagnent le Paillon et laBevera et qui souvent se prolongent sur la rive gauche de la Roya par d'autres crêtes se rattachant à la chaîne principale ; toutes ces montagnes forment des positions très-fortes qui ont été disputées pendant longtemps au début des guerres de la révolution. C'est l'ensemble de ces positions qui forme la ligne de la Roya; elle barre les deux grandes routes qui aboutissent à Nice, celle de la Corniche et celle du col de Tende, ainsi que le chemin de fer qui suit le littoral; elle est aussi bonne pour les Italiens que pour les Français.

lloaie da col de Tende. — La route du col de Tende en sortant de Nice suit d^abord le cours du Paillon; à partir de Lescarène la montée commence et la route franchit au col de Braus le contrefort entre le Paillon et la Bevera qu'elle traverse à Sospello. Les lacets recommencent bientôt sur le versant du mont Férus et on fran-

chit le col de Brouis avant d'atteindre la Koya en face de Breglio, Ce sont là autant dépositions qui furent successivement enlevées par nos troupes en 1793.

De Breglio une bonne route conduit à Vin timiglia en suivant la Roya. La route du col de Tende remonte cette dernière rivière en se tenant sur la ri?e droite, excepté au défilé de Saorgio où elle la franchit quatre fois et un peu en aval de Tende où elle suit un instant la rive gauche. Cette position de Saorgio barre entièrement la route et la vallée ; le village, dont les sombres maisons sont échelonnées en amphithéâtre sur les pentes sud de la montagne à une grande hauteur au-dessus de la vallée est encore dominé au nord par d'anciens ouvrages de fortification en partie ruinés aujourd'hui, mais qui pourraient être facilement rétablis et rendus inexpugnables. Au delà la route suit encore de longs défilés avant d'atteindre l'établissement d'été de San-Dalmazzo et le bassin de Tende; elle s'élève toujours au milieu de montagnes Ijelées et dénudées et forme quelques lacets avant d'arriver au col (1 ,873 mètres), puis elle redescend par d'autres lacets sur le versant opposé et ne sort des montagnes qu*d San-Dalmazzo, un peu avant d'arriver à Coni.

lit^ne de FAution, Saorgio, Marta. — Saorgio était le centre de la ligne de défense occupée par l'armée sarde en 1793 et au commencement de 1794. Cette ligne embrassait tout le bassin de Tende et s'appuyait à droite et à gauche à des points regardés comme inaccessibles ; à droite aux sommets fortifiés de Hille-Fourches et de l'Aution au-dessus desquels se trouve le col de Raus qui établit une communication entre Saorgio et Belvédère sur la Vésubie; à gauche, à la redoute de la Marta, au nord de laquelle se trouvent le col Ardente ou passe un sentier qui conduit à la source de la Taggia et le col de Tanarello où passe un sentier qui descend dans la vallée du Tanaro, La crête qui forme cette ligne et qui rejoint les points que nous venons d'indiquer était renforcée par de nombreux ouvrages, mais les communications entre les différentes parties de cette position étaient longues et difficiles par suite de la conformation des montagnes : Saorgio est située à 500 mètres d'altitude, l'Aution et la Marta sont à plus de 2,000 mètres, ce qui fait une différence de niveau de 1,500 mètres entre des points très- rapprochés; il fallait plus de 4 heures pour aller du centre aux extrémités de la position.

Opérations de 1793 et 1794. — En juin 1793, nous cherchâmes à deux i*eprises à aborder de front la ligne de l'ennemi et nous fûmes répoussés, après avoir subi des pertes considérables et avoir perdu l'élite de nos grenadiers. En mars 1794 Bonaparte vint prendre le commandement de l'artillerie de l'armée d'Italie, et, après avoir visité le pays, il proposa de tourner la forte position de l'ennemi qu'il était impossible d'aborder de front. La gauche de l'ennemi était en cfiet mal appuyée et pouvait être tournée par les vallées de la Taggia et du Tanaro d'où débouchent des sentiers qui conduisent sur la chaussée du col de Tende en arrière de la Marta, ce qui permettait d'intercepter la seule ligne de retraite des Sardes vers le Piémont.

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