CHAPITRE VIII. -- FRONTIÈRE BIS PYRÉNÉES
Roncevaux, le val d*Aran où se trouvent les sources de la Garonne ; les pâturages des sources de TAriëge appartiennent à la petite république d'Andorre; inversement la France possède au sud de l'arête de partage : une petite partie de la haute vallée de la Muga qui fait partie des Pyrénées orientales, la haute vallée du Ségre qui forme la Cerdagne française moins renclave espagnole de Llivia, la haute vallée dlraty toute couverte de forêts dans les Basses-Pyrénées; ces territoires ont une étendue beaucoup moindre que les premiers. Ces empiétements réciproques n'ont pas grande importance au point de vue militaire, parce qu'ils ne s'étendent que sur de hautes vallées et que les routes après les avoir traversés, franchissent encore avant de déboucher en plaine des défilés faciles à défendre ; les Pyrénées n'en constituent donc pas moins une excellente frontière pour les deux états qu'elles séparent.
La partie centrale de la chaîne, la plus haute, est entièrement dépourvue de routes et ne se prête qu'à la guerre de partisans ; les opérations seront donc dirigées vers les deux extrémités plus basses et plus accessibles : à Test entre le Roussillon et la Catalogne; à l'ouest, et ce seraient les plus importantes, entre le Pays Basque, la Guipuscoa et la Navarre. La France possède à Test Perpignan, à l'ouest Bayonne, d'où partent toutes les routes qui pénètrent en Espagne, et qui forment par suite deux positions stratégiques très importantes au point de vue de l'ofTensive comme de la défensive.
Descpiptlon g^énérale de la chaîne des Pyrénées. — Les Pyrénées
hispano-françaises forment une longue chaîne qui s'étend du cap Creus sur la Méditerranée au col de Bélate où passe la grande route de Bayonne à Pampelune, sur une longueur de 410 kilomètres à vol d* oiseau et de plus de 500 en tenant compte des détours de la crête, l'épaisseur de la chaîne est en général de 120 kilomètres, elle se réduit à 30 kilomètres à l'extrémité orientale entre la vallée du Tech et celle de la Fluvia ou Ampurdan, ou bien entre le Doulou et Figueras.
L'aspect général des Pyrénées est bien différent de celui des Alpes ; ce ne sont plus ces masses immenses de hauteurs étagées soutenant de vastes glaciers, la chaîne n'est plus formée de massifs séparés s'étendant dans toutes les directions, des cols profondément découpés ne la partagent pas en groupes distincts ; les Pyrénées forment une chaîne unique comme le Caucase auquel elles ressemblent sous bien des rapports, elles forment une muraille qui s'élève brusquement entre deux vastes plaines, et ne détachent au nord et au sud que des contreforts assez courts dont la direction est parallèle à larôte principale dans l'ouest et souvent perpendiculaire dans l'est ; les pentes sont généralement plus raides que sur les versants français des Alpes et sont souvent dépouillées de prairies et de bois, mais, si on n'y trouve pas les vastes forêts de la Suisse et du Tyrol, nulle part on ne rencontre d'espaces désolés et arides comme dans les Basses- Alpes ou les Alpes-Maritimes. L'altitude est moindre que celle des sommets les plus élevés des Alpes,cependant les pics de 3,000 mètres son
nombreux et Tarête même de partage atteint presque cette hauteur dans certaines parties; le géant des Pyrénées est le Néthou, au sud-est de Bagnères-de^Litchon ; il atteint 3,404 mètres. Aussi grâce à la simplicité de la structure, la chaîne des Pyrénées ne laisse pas d*étre très-imposante; et comme elle s'élève brusquement au-dessus d'une vaste plaine basse, elle n*en a que plus de grandeur pour Tobservateur qui Tadmire de Tarbes ou de Pau. Les glaciers, les neiges éternelles, sont rares dans les Pyrénées ; on n*en trouve que dans la partie centrale au sud d'Argelès et de Bagnères-dC'Luckon^ les glaciers, au lieu de descendre aussi bas que dans les Alpes, se tiennent à une altitude supérieure à 2,400 mètres ; le petit glacier septentrional du Vignemale descend seul à 2,200 mètres ; bien des sommets de 3,000 mètres et plus n'ont pas de neiges éternelles.
La régularité des Pyrénées est loin d'être parfaite au point de vue géométrique; vers le milieu de la chaîne, la direction rectilîgne de la crête est brisée par une sorte de rupture que forme le val d'Aran aux sources de la Garonne ; la haute chaîne se compose en cet endroit de deux crêtes parallèles réunies Tune à Tautre par un chaînon transversal de 2,000 mètres de hauteur moyenne, qui ferme à Test le val d'Aran. La crête qui ferme au sud cette même vallée, se prolonge à Touest pour former les Pyrénées occidentales ou atlantiques ; elles contiennent les plus hauts sommets de la chaîne et s'étendent jusqu'au col de Bélate. La crête nord se dirige à Test, du Pont-àvr-Roi au cap Creus, et forme les Pyrénées orientales ou méditerranéennes ; cette dernière chaîne n'est pas continue ; elle semble s'arrêter au pic de Carlitte, où naissent les premières eaux du Sègre^ de la Têt et de Y Aude] au-delà se trouve la dépression de la Cerdagne française et du col de la Ferche^ entre le Sègre et la Têt; la Sierra de Cadi, le Puigmal et le Canigou semblent former une chaîne à part au sud de cette dépression ; les Albères forment une autre chaîne parallèle à la précédente au sud du Tech ; elle est rejointe au massif du Canigou par le pic de Costabonne et se termine sur la Méditerranée au cap Cerbera ; un chaînon sans importance se prolonge jusqu'au cap Creus plus au sud et beaucoup plus avant dans la mer.
Au point de vue géologique, la chaîne pyrénéenne présente une régularité tout aussi grande qu'au point de vue géographique. En bien des endroits, les sommets de la crête principale sont formés de granit. Celte roche forme des îlots nombreux, entourés de sédiments anciens et noyés, pour ainsi dire, dans des masses de terrain schisteux ; quelques parties de la crête principale sont même calcaires ; c'est dans des parois calcaires que sont taillés les magnifiques cirques de Gavarnie^ d'Estaubé^ de Troumouse et de Biesla\ le granit domine précisément dans la partie orientale, où les montagnes sont le moins élevées, cela tient sans doute à ce que les agents de dénudation ont été beaucoup plus actifs dans la partie est et qu'ils ont enlevé tout ce qui recouvrait la base granitique.
La géologie explique les principales irrégularités ou brisures de la chaîne ; le soulèvement qui a formé les Pyrénées a subi riufluence et l'empreinte de plusieurs