CHAPITRE VIII. — FRONTIÈRE DES PYRÉNÉES
autres soulèvements antérieurs ou postérieurs à lui qui en ont marqué les principaux sommets; ainsi le chaînon qui au sud-est du val d'Aran relie les deux parties occidentale et orientale de le la chaîne et qui est limité aux hauts sommets de la Maladetta et du Mont Vallier, appartient au système du Mont Viso; à Test le massif du Canigou et la Sierra de Cadi qui le prolonge au sud, appartiennent au système des Alpes principales.
De chaque côté, sur les versants nord et sud des Pyrénées, des bandes de terrain parfaitement symétriques se succèdent des avant-monts jusqu'à la plaine, ce sont des grés du trias, des calcaires jurassiques, des terrains crétacés, des dépôts tertiaires, des boues et des cailloux, des alluvions anciennes, enfin des alluvions modernes.
Comme on le voit d'après ce qui précède, tout est symétrique dans cette chaîne des Pyrénées hispano-françaises, au nord et au sud comme à l'est et à Touest. Aux deux extrémités se trouvent les seules routes praticables aux voitures qui permettent de communiquer d'Espagne en France, et l'obstacle opposé parla chaîne à la marche d'une armée espagnole entrant en France est doublé d'un côté comme de l'autre par des cours d'eau qui sont parallèles à la crête principale ou décrivent des arcs de cercle concentriques , ils forment des lignes de défense plus ou moins fortes. Au sud se trouve la vallée de TEbre, et au noi*d celle de la Garonne , nous allons rapidement décrire ces deux vallées.
Basain de l'Ebre. — Au sud et parallèlement à la chaîne s'étend le grand bassin de l'Ebre, qui correspond à la dépression formée par les vallées de la Garonne et de l'Aude situées au nord. L'Ebre prend sa source auprès de Reinosa, dans les Pyrénées cantabres, et traverse d'abord une suite de défilés dans les contrées montagneuses qui dépendent des provinces de Santander, de Burgos, d'Avila, de Logrono. La vallée s'élargit au-dessous de la ville de Logrono, et le fleuve traverse la partie sud de la Navarre et la grande plaine de V Aragon ; il en sort au défilé de Méquinenza, après avoir reçu le Sègre^ et perce les chaînes parallèles de la Catalogne pour s'ouvrir un passage jusqu'à la Méditerranée. C'est par cette profonde fissure que s'est vidé l'ancien lac qui recouvrait la plaine de l'Aragon. Cette plaine aride et privée d'eau de pluie est fertilisée par les irrigations de l'Ebre sur les bords de ce fleuve, où les steppes font place à de riches cultures. Le canal d'irrigation de Tauste longe sa rive gauche à partir de Tudela; le canal impérial , qui sert aussi à la navigation, se trouve sur la rive droite et se termine un peu au-dessus de Saragosse, centre de tout le bassin. Les routes de la vallée de l'Ebre sont en assez triste état et assez mal entretenues ; souvent elles traversent des steppes où elles sont à peine tracées. La vallée est longée par une voie ferrée qui s'embranche à Miranda sur la voie ferrée de Bayonne à Madrid, cette dernière suit le fleuve jusqu'à Saragosse^ puis le quitte pour remonter vers le nord à Léridaet aboutit à Barcelone. Deux voies ferrées mettent le bassin de l'Ebre en relation avec l'intérieur de l'Espagne , ce sont celle de Miranda à Madrid par Burgos et VaUadolid^ et celle de Saragosse à Madrid
par Calatayud. Déplus la voie ferrée de Santander d Yalladolid et Madrid coupe le fleuve près de sa source, et le chemin de fer du littoral de la Méditerranée de Barcelone à Valence le franchit à Tortose près du delta qu'il forme avant d'aboutir à la mer. La partie centrale du bassin, c'est-à-dire l' Aragon, est sauvage, peu peuplée et mal cultivée ; on y trouve des steppes qui, faute d'eau, sont tout à fait comparables aux déserts de l'Afrique ; la partie supérieure du bassin est montagneuse, mieux arrosée, plus riche et plus peuplée ; le dédale de monts et de collines qui recouvrent les provinces basques et la Navarre, relie les Pyrénées au plateau des Gastilles; ce pays est traversé par les chemins de ter, les routes les plus directes et les plus importantes, qui pénètrent de la France au cœur de l'Espagne. A l'autre extrémité du bassin, la Catalogne comprend d'abord les plaines en partie cultivées qui le long du Sègre forment le prolongement des déserts de l' Aragon; puis à l'est plusieurs crêtes parallèles longent le rivage et séparent les Llanos del Urgel de la Méditerranée, le fleuve les perce en faisant de nombreux détours. Les provinces de Terragone^ de Barcelone^ de Lérida, de Gérone, qui forment la 'Catalogne, sont en grande partie couvertes de montagnes dont les pentes sont tantôt rocheuses, tantôt cultivées ; les parties arrosables des vallées de la Llobregat, du Ter, de la Fluvia et de la Muga sont très - fertiles. Les armées trouveraient donc encore quelques ressources dans ce pays, dont la capitale, Barcelone, est de beaucoup la cité la plus commerçante et la plus industrielle de la Péninsule ; pourtant la fertilité du sol est bien moins grande qu'à l'autre extrémité de la chaîne des Pyrénées, dans la Guipuzcoa et dans la Biscaye , riches pays qui purent, à deux reprises difTérentes,, nourrir et prolonger l'insurrection carliste.
Baaaln de la Garonne. — Au nord de la chaîne des Pyi*énées se trouve la vallée de la Garonne, qui, prolongée à l'est parcelle de l'Aude, forme une dépression continue qui sépare le massif central de la France des Pyrénées. Depuis bientôt deux siècles, le canal du Midi, profilant de cette circonstance géographique et utilisant les eaux de ces deux fleuves, réunit la Méditerranée à l'Océan Atlantique.
Cette grande ligne naturelle est encore suivie aujourd'hui par un chemin de fer à deux voies qui met en communication Cette et Bordeaux, c'est la ligne du Midi. De nombreuses voies ferrées, de nombreuses routes parfaitement entretenues, viennent se greffer sur cette grande artère, elles desservent les principaux centres de cette riche contrée ou la font communiquer avec le reste de la France.
Du côté du nord, plusieurs chemins de fer, partant de Bordeaux, i*Agenf de Montauban, de Toulouse et de Castcbiaudary, pénètrent jusqu'au centre de la France et jusqu'à Paris. Les uns contournent le massif central de la France par les grandes voies d'invasion naturelles de Test ou de l'ouest, ce sont : 1® la ligne à deux voies de la vallée du Rhône qui par Cette, Lyon et Dijon mène à Paris ; 2^ les lignes à deux voies de Bordeaux à Paris par Angoulême et Tours, ou par Limoges et Vierzon^ certaines parties de celte dernière n'ont encore qu'une seule voie. D'autres chemins
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par Calatnyud. Déplus la voie ferrée de Santander à Yalladolid et JfadriJconpele fleare près de sa source, et le chemin de fer du littoral de la Méditerranée de Barcelone à Valence le franchit à Tortose près du delta qu'il forme avant d'aboutir à la mer. La partie centrale du bassin, c'est-à-dire l'Aragon, est sauvage, peu peuplée et mal cultivée ; on y trouve des steppes qui, faute d'eau, sont tout à fait comparables aux déserts do l'Afrique ; la partie supérieure du bassin est montagneuse, mieux arro* séo, pUis riche et plus peuplée ; le dédale de monts et de collines qui recouvrent les provinces basques et la Navarre, relie les Pyrénées au plateau des Castilles; ce pays CHt traversé par les chemins de fer, les routes les plus directes et les plus iini)ortantes, qui pénètrent de la France au cœur de TEspagne. A l'autre exlréniité du bassin, la Catalogne comprend d'abord les plaines en partie cultivées qui le long du Sègre forment le prolongement des déserts de l' Aragon; puis à l'est plusieurs crêtes parallèles longent le rivage et séparent les Llanos del Urgel de la Méditerranée, le fleuve les perce en faisant de nombreux détours. Les provinces de Tcrratjone^ de Barcelone^ de Lérida, de Gérone, qui forment la Catalogne, sont en grande partie couvertes do montagnes dont les pentes sont tantôt rocheuses, tantôt cultivées ; les parties arrosables des vallées de la Llobregat, du Ter, de la Fluvia et de la Muga sont très -fertiles. Les armées trouveraient donc encore quelques ressources dans ce pays, dont la capitale, Barcelone, est de beaucoup la cité la plus conmierrante et la plus industrielle de la Péninsule ; pourtant la fertilité du sol est bien moins grande qu'à l'autre extrémité de la chaîne des Pyrénées, dans la Guîpuzcoa et dans la Biscaye , riches pays qui purent, à deux reprises difTërentes,, nourrir et prolonger Tinsurrection carliste.
llaMMln de la Garonne. — Au nord de la chaîne des PjTénées se trouve la vallée de la Garonne, qui, prolongée à l'est par celle de l'Aude, forme une dépression continue qui sépare le massif central de la France des Pyrénées. Depuis bientôt deux siècles, le canal du Midi, profitant de cette circonstance géographique et 'utilisant les eaux de ces deux fleuves, réunit la Méditerranée à l'Océan Atlantique.
Cette grande ligne naturelle est encore suivie aujourd'hui par un chemin de fer à deux voies qui met eu communication Cette et Bordeaux^ c'est la ligne du Midi. De nonibi'cuses voies ferrées, de nombreuses routes parfaitement entretenues, viennent se greffer sur cette grande artère, elles desservent les principaux centres de cette riche contrée ou la fout communiquer avec le reste de la France.
Du côté du nord, plusieurs chemins de fer, partant de Bordeaux, d'Agen, de Montauban, do Toulouse et de Castelnaudanj, pénètrent jusqu'au centre de la France et jus(iu'à Paris. Les uns contournent le massif central de la France par les grandes voies d'invasion uaturoUes de l'est ou de l'ouest, ce sont : 1® la ligne à deux voies de la vallée du llhôue qui par Cette, Lyon et Dijon mène à Paris ; 2"" les lignes à deux voies de Bordeaux à Paris par Angoulême et Tours, ou par Limoges et Vierzon^ certaines parties de celte dernière n'ont encore qu'une seule voie. D'autres chemins
Toulouse, au centre de la dépression qui existe au nord de la chaîne des Pyrénées, à égale distance des deux mers, serait sans doute la position centrale où seraient massées en cas de guerre avec TEspagne les réserves prêtes à se porter soit à Touest, soit à Test, de même au sud Saragosse en Espagne au* centre du bassin de TEbre jouerait un rôle analogue contre la France.
Nous avons vu que Toulouse pouvait devenir Tobjectif commun de deux armées espagnoles pénétrant par les deux extrémités de la chaîne des Pyrénées. Par suite du tracé des routes sur les deux versants et de leur éloignement de la crête des montagnes, éloignement encore plus considérable du côté de TEspagne que du côté de la France, les armées qui opéreront dans les Pyrénées orientales et occidentales agiront isolément.
L'Espagne réorganisée pourra mettre sous les armes en cas de guerre environ 500,000 hommes dont 300,000 seront envoyés à la frontière. Ces troupes formeront au plus trois masses, la première se réunira en Navarre, la seconde en Catalogne, la troisième formera réserve aux environs de Saragosse ; et sera prête à renforcer l'une ou Tautre des deux premières suivant le plan de campagne.
Ces armées pourront être de force très-inégale de manière à ne prendre Tofiensive que d'un côté et à rester de l'autre côté sur une défensive absolue; les opérations seront sans doute subordonnées dans leur direction générale à celles des alliés de TEspagne, et les lignes d'opérations se dirigeront soit par les pays basques sur la Loire, soit par le Roussillon sur le Rhône.
A cette invasion la France opposera les troupes actives et territoriales des corps d'armée voisins de la frontière, c'est-à-dire des 11*», 16®, 17* et 18* corps dont l'ensemble formera près de 300,000 hommes divisés en trois masses qui feront face aux forces ennemies; la première sera dans les Basses-Pyrénées s' appuyant sur Bayonne, la seconde dans les Pyrénées-Orientales s' appuyant sur Perpignan, le troisième en réserve vers Toulouse, prête à se porter du côté menacé. Ces armées auront des effectifs inégaux qui dépendront du reste de la répartition des troupes espagnoles, à moins qu'on ait l'initiative des opérations auquel cas on prendra l'offensive avec la majeure partie des forces à l'une des extrémités de la chaîne pendant qu'on se tiendra sur la défensive avec de faibles troupes à l'autre extrémité.
Nous allons maintenant décrire successivement les deux théâtres d'opérations de l'est et de l'ouest et la partie centrale de la chaîne qui n'est traversée que par des sentiers.