CHAPITRE VIII. — FRONTIERE DES PYRÉNÉES
Tosas, en Espagne, par un mauvais chemin q\ii conduit de Puigcerda à Ripoll sur le Ter et se prolonge par une bonne route jusqu'à Barcelone ; elle sera bientôt doublée d'un chemin de fer entre Ripoll et Barcelone.
M onta^pnes de la Catalogne. — Au sud des monts Âlbères, entre la Sierra de Cadi et la Méditerranée, le pays est couvert de montagnes élevées, dont les crêtes ont deux directions différentes. Tantôt elles sont tracées du nord au sud entre les hautes vallées du Ter, de laLlobregat et du Sègre, telle est celle qui se termine au sud i'Olot par le Puig de Calm (1,515 mètres); tantôt elles sont parallèles à la crête principale des Pyrénées.et forcent alors les rivières à dévier vers Test, comme le Ter. Souvent aussi ces dernières les traversent dans d'étroits défilés, comme le font la Llobregat et TEbre. Ces montagnes dont les crêtes sont dirigées de l'est à Touest recouvrent presque toute la Catalogne le long de la mer ; ce sont la Sierra de Honceny (1,698 mètres), le Honserrat (1,227 mètres), le Puig deHontagut (965 mètres), le Hont-Sant (1 ,071 mètres), la Sierra del Cardo. Les sauvages vallées comprises entre ces montagnes et entre les contreforts des Pyrénées ont été transformées à force de travail en champs fertiles, en vignobles productifs, telles sont les hautes vallées, les campagnes d'O/of, de Seu de Urgel, de Campredon, de Girone^ de Terragone, et les belles plaines de VAmpurdan.
Route da col de la Perelie. — Vallée delà Tèt. — Au nord de la chaîné formée par la Sierra de Cadi, le Puigmal, le pic de Costabonne et le Canigou^ se trouve la dépression de la vallée du Ségre^ du col de la Perche (1622 mètres), et de la vallée de la Têt. Une grande route suit ces deux rivières etconduit de Pei^ignan à Puigcerda^ petite ville espagnole dont la citadelle a été rasée en 1678 après avoir été emportée par les soldats de Louis XIV ; une clause du traité de Nimègue stipula qu'elle ne serait jamais relevée et la ville n'a plus aujourd'hui pour toute fortification qu'une mauvaise muraille en pisé ou les murs des maisons qui la ferment à l'extérieur, pourtant les Carlistes l'assiégèrent vainement en 1875. De Puigcerda un chemin en partie carrossable, en partie muletier, conduit, comme nous l'avons dit, à Barcelone par le col de Tosas, et un autre chemin qui n'est pas non plus praticable aux voitures sur tout son parcours, descend la vallée du Ségre en passant à Seu de Urgel, place forte au débouché du val d'Andorre, àLérida place forte sur la ligne de Saragosse à Barcelone, à Héqninenza, où se trouve un fort, au confluent du Sègre et de l'Ebre.
La route du col de la Perche est défendue en France par la place de Hont-Lonid, située sur un plateau en arrière du col de la Perche; ce col est très-ouvert et trèspropre au campement d'un corps de troupes qui surveillerait les nombreuses communications donnant entrée en France dans cette contrée. Mont-Louis est la place de guerre la plus élevée de France, elle est située à 1 ,600 mètres audessus du niveau de la mer, 344 mètres de plus que Briançon ; elle a été construite par Vauban^ c'est
une petite place, mais elle occupe un bel emplacement au haut d'une roche isolée et est munie de nombreux abris, elle peut soutenir un siège et serait aussi fort utile dans le cas où la Ftance prendrait rofifensive.
Au delà de Mont-Louis, la route est souvent tracée en corniche au-dessus desgor^ ges de la Têt et du profond défilé des Graus d'Olettc au pied du plateau des Llançades^ situé sur la rive gauche de la rivière. Un autre chemin gravit ce plateau et met en communication Mont-Louis et Olette, il fut suivi par le général Dagobert en septembre 1793, lors de sa marche sur Olette après le déblocus de Mont-Louis.
La vallée de la Tèt franchit un peu plus bas, à Villefranche, une véritable cluse entre la montagne de Belloc au nord et les montagnes (Je Saint-Jacques et d'En Bulla au sud; la ville, munie d'une enceinte, barre le fond de la vallée; au sommet d'une hauteur, sur la rive gauche de la rivière, se trouve un fort taillé dans le roc, qui voit très-bien la route ; malheureusement la ville et le château sont dominés par la montagne d'En Bulla où les Espagnols établirent leurs batteries en 1793, et d'où ils auraient pu les bombarder si elles n'avaient capitulé.
Vers Prades, la vallée devient plus large, mais au-dessous de Vinça elle est encore resserrée par les montagnes au défilé de Ternère, où s'arrête aujourd'hui le chemin de fer qui doit aller de Perpignan à Prades. La Têt arrose ensuite de riches plaiues qu'elle fertilise avant d aller se jeter dans la mer au-dessous de Perpignan.
Perpignan, située sur la rive droite de la Têt, est une grande place, où viennent converger toutes les routes qui traversent la frontière entre le col de la Perche et la Méditerranée ; c'est le centre de la défense du Roussillon et c est une bonne place quoique ancienne. Ses fortifications dominent la vallée de la Têt et en particulier la rive gauche qui est beaucoup plus basse, parfaitement irriguée, couverte de pépinières et de riches cultures. En avant de la citadelle, sur la rive droite, s'étend une magnifique position qui, pendant les guerres de la Révolution, a servi d'assiette au camp de l'Union ; ce sont ces hauteurs qu'il faudrait, si on avait à craindre une guerre sur cette frontière, couronner d'ouvrages de manière à créer un camp retranché dont Perpignan serait le réduit. De plus pour compléter la défense de la Têt, pour empêcher l'ennemi de franchir cette rivière entre les montagnes et Perpignan, il faudrait établir un ouvrage entre MiUas et PéziUa, élever des retranchements autour de Thuir, les ouvrages avancés de Perpignan venant jusqu'à Toulonges et Saînt-Estève.
La vallée de la Têt qui, dans sa partie inférieure, peut jouer le rôle de ligne de défense contre une invasion venant du sud, est au contraire une ligne d'opérations dans sa partie haute, et si elle n'est pas défendue, si l'ennemi peut la suivre, elle lui permet de déboucher dans la plaine en tournant les places des Albères et du Tech et même en coupant la retraite aux troupes qui surveillent ces lignes de défense; elle a donc une très-grande importance au point de vue militaire. Inversement elle permet aux Français d'entrer en Catalogne par les vallées du Sègre et de la Llobregat en évitant les places de la Muga, de l'Ampurdan et du Ter.