‹ Géographie militaire (volume 2)Chapitre 136 sur 288 · CHAPITRE VIII. — FRONTIÈRE DES PYRÉNÉES · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. — FRONTIÈRE DES PYRÉNÉES

TersSalses, l'autre dans Perpignan, établit un camp fortifié à Peyrestortes et détacha des postes jusqu'à Rivesaltes.

Pendant ce temps, la fortune n'était pas aussi favorable aux Espagnols en Cerdagne. Dagobert attaquait le 28 août le camp de la Perche et refoulait Tennemi jusqu'à la Seu de Urgel, puis il méditait une expédition sur Campredon pour menacer la ligne de retraite de l'ennemi. Mais rappelé à Mont-Louis par les démonstrations d'un corps espagnol venu de Villefranche, il le battit et le chassa du plateau des Lançades sur Olette, malheureusement il n'était pas assez fort pour reprendre Villefranche et pour venir couper la retraite à Tennemi en descendant laTét.

Les revers continus de l'armée de Roussillon exaspéraient les délégués de la Convention qui, pour la seconde fois, destituèrent le général en chef; puis prenant une offensive énergique, ils firent attaquer et enlever le camp de Peyrestortes (17 septembre) dont les troupes furent mises en pleine déroute. Ricardos revint à son camp du Mas d'Eu, et Dagobert prit pour quelques jours seulement le commandement en chef de l'armée française. Ce général ayant échoué le 22 septembre dans l'attaque des camps de Ponteilla et de Truillas dut résigner ses fonctions et retourna en Cerdagne où il remporta de nombreux succès. Il avait toutefois fait occuper les Aspres pour menacer le flanc de l'ennemi, ce qui, joint à la reprise de Villefranche et à l'arrivée de renforts assez considérables, décida Ricardos à abandonner ses positions pour se retirer sur le Tech et môme à lever le blocus de Cîollioure et de Port- Vendres pour se concentrer davantage dans la forte position du Boulou.

Deux attaques tentées par les Français, en octobre, échouèrent complètement. En novembre on laissa échapper une belle occasion d'anéantir les troupes du camp du Boulou qui, après un orage épouvantable, se trouvèrent privées de toute communication avec le reste de l'armée, sauf par le pont en pierre de Céret. Ce pont ne fut attaqué que tardivement et sans succès (28 novembre).

Ricardos fit au contraire subir un désastre complet le 7 décembre aux divisions françaises qui se trouvaient sur la rive droite du Tech au-dessous du Boulou et qui étaient privées de communication avec la rive gauche; puis le 19 décembre, après avoir repoussé une attaque très-mal conduite par le général français, les Espagnols s'emparèrent de Port-Vendres et de CoUioure, se portèrent ensuite sur Banyuls^ies-Aspres où était le centre des Français , les mirent en pleine déroute et les refoulèrent sous Perpignan. Ce fut là le dernier succès de Ricardos, ce général appelé à Madrid y mourut pendant l'hiver.

Comme on le voit par ce qui précède, ces opérations de l'année 1793 présentent d'un côté comme de l'autre plus de fautes à éviter que d'exemples à imiter. Les Espagnols ne connaissaient que la guerre de position, et leurs hésitations les empêchèrent de profiter des occasions favorables. Chez nous, on ignorait les principes de la vraie guerre ; tout n était que désordre ; les troupes étaient composées de volontaires indisciplinés et sans instruction, les généraux étaient soumis aux commissaires

de la Convention et étaient remplacés à chagne instant. Il n'est donc pas étonnant que les résultats n'aient pas été plus brillants.

Au commencement de 1794, après la prise de Toulon, Dugommier vint prendre le commandement en chef de l'armée des Pyrénées orientales et consacra d^abord toute son activité et tous ses soins à réorganiser l'armée, qui était dans un état déplorable ; il disposait de 30,000 combattants et de 30,000 recrues ou troupes de garnison. Le 27 mars, il prit l'offensive, se porta en avant et réoccupa Banyuls-des- Aspres. En Cerdagne, Dagobert avait aussi commencé les hostilités en refoulant les Espagnols jusqu'à la Seu de Urgel, après le combat de Monteilla; mais, épuisé par cette expédition, il mourut au retour à Puigcerda.

Dugommier plus habile et plus manœuvrier que ses prédécesseurs changea de manière de faire et débuta par gagner la belle bataille du Boulou (30 avril), qui rejeta Tarmée ennemie au-delà des montagnes : dans cette journée, tout en faisant inquiéter l'ennemi du côté de] Céret, il sut tourner par la droite le camp du Boulou en passant le Tech au gué de Brouilla, en s'emparant de Montesquieu et en se portant par les Albères sur la chaussée de Bellegarde.Tout le matériel de l'armée espagnole fut pris, et la déroute ne s'arrêta qu'à Figuéras.

Dugommier, au lieu de poursuivre l'armée battue voulut d'abord reprendre les places ; il investit Bellegarde et Collioure. Dès le 26 mai, le fort Saint-Elme, Port- Vendres et CoUioinre étaient réoccupës par nos troupes, et Dugommier franchissait les Pyrénées pour descendre en Catalogne. Tout Tété fut employé à faire le siège de Bellegarde, et les opérations se réduisirent à quelques combats en Cerdagne, sur la Llobregat et sur la Muga, ce qui donna le temps aux Espagnols d'organiser de trèsfortes lignes en avant de Figuéras. Enfin, après plusieurs tentatives infructueuses de La Union pour faire lever le blocus de Bellegarde et après la bataille de la Muga, cette place qui était le dernier point de notre territoire occupé par la coalition nous était remise le 17 septembre après une belle défense.

Malgré ses victoires, l'armée était dans une grande détresse, et Dugommier se trouva bientôt dans la nécessité de marcher en avant pour faire vivre ses troupes. Après une bataille de deux jours (17 et 20 novembre 1794), où les deux généraux en chef furent tués, les quatre-vingt-dix-sept ouvrages que les Espagnols avaient accumulés en avant de Figuéras pour nous barrer tous les passages, étaient enlevés. L'armée ennemie était en pleine déroute. Roses et Figuéras étaient investies. Cette dernière place capitula honteusement dès le 28 novembre, tandis que la première beaucoup moins forte ne se rendit qu'après une héroïque résistance (3 février 1795).

En 1795, tout se borna à quelques combats sur la Fluvia, à deux tentatives infructueuses que nous fîmes pour passer cette rivière, à la reprise de la Cerdagne par les Espagnols. Le traité de Bâle vint mettre fin à cette lutte impolitique, où les deux partis s'épuisaient inutilement.

On voit, d'après le récit qui précède, que sur cette partie de la frontière les opérations militaires n'ont ni un théâtre, ni un but unique. Les deux grandes routes

ligne de défense ; les routes qui le traversent sont peu nombreuses ; il faudra s'en ménager la possession de manière à pouvoir déboucher vers le sud après s'être réorganisé, à reprendre TofTensive et à battre l'ennemi affaibli par les luttes qu'il aura déjà eu à soutenir.

Tels sont les nombreux obstacles qui couvrent cette partie de notre pays et qui en rendent rentrée si difficile, s'ils sont bien défendus.

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