‹ Géographie militaire (volume 2)Chapitre 14 sur 288 · CHAPITRE I"''. - GRANDES DIVISIONS DE LA GÉOGRAPHIE · texte numérisé non relu

CHAPITRE I"''. - GRANDES DIVISIONS DE LA GÉOGRAPHIE

do base aux études géographiques, et qu'à l'altitude, au voisinage ou à J^loignement de rOcéan, à la direction des vents, ii la distance du Pôle ou do l'Equateur vient s'ajouter la nature du sol pour former la province géographique.

C'est Elie de Beaumont dans son bel ouvrage intitulé : Description d^ la carte géologique de France, qui le premier a montré les rapports de la géologie et de la géographie, et a fait voir le parti qu'on pouvait tirer des cartes géologiques pour la* description d'ensemble d'une contrée. Malheureusement, ces cartes si répandues à l'étranger le sont encore bien peu chez nous.

La géologie indique les joints des assises qui composent chaque élément de la surface terrestre, assises qui primitivement étaient horizontales et qui ont été relevées, amenées au jour, par les bouleversements successifs qui ont formé les montagnes et les principaux accidents du sol. Ainsi la géologie fait assister au modelé de la croûte terrestre et fait saisir le plan général du dessin ; mais il ne faut pas aller si loin que certains auteurs, qui veulent tout rattacher à la géologie, et qui en font la clef de l'histoire. Un célèbre géographe allemand, Daniel, qui, après Elie de Beaumont, a basé sur la géologie l'étude de la géographie et dont les ouvrages, devenus classiques en Allemagne, en sont à lei^r vingt-cinquième édition, sans avoir à peine pénétré en France, va beaucoup trop loin quand il dit : « La guerre » qui domine Thistoire, est le soulèvement des peuples à la recherche de leur équi- » libre de juxtaposition, et c'est de cette recherche que sont sorties les combinai- » sons stratégiques qui instinctivement et par la seule force des choses se sont » coordonnées aux joints des assises terresti*es. » Et autre part, le môme géographe, patriote classique par excellence, basant ses prétentions non plus seulement sur une soi-disant communauté de langage, d'idées et d'histoire, dont il fait bon marché, mais sur la constitution, l'enchevéti^ement et la convenance générale des terrains, réclamait déjà avant la guerre de 1870 l'annexion de l'Alsace et de la Lorraine h la patrie allemande et réclame encore la Suisse, la Belgique, la Hollande. C'est tirer des conséquences complètement fausses de faits parfaitement vrais, c'est vouloir justifier les plus grosses iniquités par des raisons qui n'ont aucune valeur.

Souvent les localités où se sont livrées de grandes batailles, sont situées aux joints des assises terrestres; il n'y a rien d'étonnant à cela, car si les joints des assises terrestres ont limité les échiquiers stratégiques, s'ils ont été le thétltre de nombreux combats, c'est qu'ils correspondent à des accidents de terrain ayant une grande valeur au point de vue stratégique ou plutôt tactique. On peut donc dire que si ce n'est pas la géologie elle-même qui influe sur les combinaisons de la guerre, elle intervient pourtant indirectement par le relief, par le modelé de la croûte terrestre qu'elle explique.

On a fait remarquer depuis longtemps les rapports qui existent entre la nature du sol et le caractère, les mœurs des habitants ; un canton granitique n'a pas l'aspect d'un canton calcaire ou crayeux ; le type du visage, la manière d'être, le genre d'esprit, la tournure de langage différent chez le Breton, chez le Champenois ou chez

l'habitant do.]a vallée de la Ciaroiinc. Tous les peuples sont donc sous l'inHueiice du sol et en général de la nature, mais il ne faut pas exagérer cette action, car aloi-s on tomberait mèvitablemciit dans un fatalisme qui assimilerait le caractère, la civilisation de chaque peuple à ime sorte de vé;^étatioii propre à chaque sol. Il faut sans doute tenir compte de la natui-e, des canses physiques, c'est la part de la fatalité; mais il faut aussi tenir l'^oiïiplG de l'homme, des causes morales, c'est la pavi de' la liberté.

La géologie possède le secret de la i-icliesse agiicole et de la richesse minérale ; ainsi sur une carte géologique, les cercles concentriques du bassin de Paris font comprendre aisément non-seulement le système des moulagncs et dos eaux, mais aussi la variété des cultures. Suivant la contexture de la surface du terrain et la qualité du sous-sol, les divers pays sont féconds ou stériles, favorables à telle ou telle culture, h telle ou telle nature de bois. C'est pour cela que dans nos campagnes les noms de pays tels que la Beaucc, la Hrie, la Sologne, la Limagne, se sont conservés, bien qu'ils ne correspondent pas et n'aient mi'me jamais correspondu à dos divisions administratives ; ils sont fondés sur la nature des cultures, qui sont elles-mêmes une conséquence de la nature du sol. Aiiiri les lorrains granitiques de la Bretagne et du massif central de ta France produisent le seigle et le sarrasiu ; les terrains tertiaires du Imssin parisien, de la Flandre, de la vallée de la Garonne, de la vallée de la Saône sont fertiles en céréales; la Limagne, un des riches jardins de la France auprès des arides pâturages de l'Auvergne, est «ne vallée de terrain tertiaire enrichie de débris volcaniques.

A chaque pays, d'après la nature des sous-roches, conespondent également des minéraux spéciaux : tantôt la pierre, le pUtre sont très -abondants comme au centi-e dn bassiu parisien et permettent d'élever les solides constructions qui font l'ornement de la capitale ; tantôt c'est la houille qui fait la richesse d'une contrée, elle si' rencontre sur la lisière du terrain do transition comme cela a lieu autour du niassil' des Ardeunes, ou dans le voisinage des terrains primitifs comme cela se produit autour du massif central de la France.

3* Ortigrttphie, topographie. — Non-seulement les considérations géologiques expliquent la formation des chaînes de mon tagues, mais encore elles facilitent l'étude et l'intelligence de la topographie et de l'orographie. Los Wpea apparaissent alors comme le centre des derniers et des plus importants soulèvements qui ont dessiné le relief de nos contrées.

En considérant l'ensemble de l'Europe, on remarque que les pentes méridionales de cette immense chaîne des Alpes, qui tombent lians la vallée du IVi vl sur le golfe de Gênes, sont beaucoup plus rapides que les pentes du nord et di' l'ouest qui s'étendent au loin en formant de nombreux contreforts. Au nord on voit ensuite le relèvement généra! des plateaux de la Suisse, de la Kouahe et de la Bavière, puis le massif de hauteurs médiocres qui sépare les eaux des mers du nord

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