CHAPITRE V^\ — GRANDES DIVISIONS DE LA GÉOGRAPHIE
des eaux des mers du sud, et enfin une inclinaison continue jusqu'à la plaine de la Basse-Allemagne, plaine basse qui tonge toute la mer du Nord. Au-delà celte plaine se continue encore sous les flots, et au lieu des grandes profondeurs qu'on trouve sous les eaux de la Méditerranée le long du golfe de Gênes, on a une mer sans profondeur, soméede hancs de sables. Ainsi donc : pentes très-raides vers le sud, et plateaux se prolongeant en pentes douces vers le nord.
En Asie, on retrouve la même configuration générale, due sans doute aux mêmes causes : un vaste plateau, soutenu par les plus hautes montagnes de la terre, tombe brusquement au sud dans la plaine du Gange et descend d'étage en étage vers le nord jusqu'à la plaine glacée de la Sibérie. C'est de ce plateau, séjour des peuples nomades, pépinière d'envahisseurs, que se sont précipitées tant de fois les hordes dévastatrices et conquérantes en suivant la pente des terres et le cours des eaux vers les quatre côtés de l'horizon, ce qui nous montre déjà les relations de la configuration du sol et de la marche des migrations.
Les montagnes n'apparaissent donc plus comme des chaînes continues séparant les eaux de deux mers ou limitant les bassins de deux fleuves; ainsi il ne faut pas se figurer que la Russie soit traversée par une longue chaîne fantastique imaginée pour partager les eaux de la Baltique et celles de la mer Noire; on y trouve des marais, quelques plateaux fangeux qui n'excèdent pas 300 mètres, et on ne voit en somme qu'une immense plaine continue, où rien n'arrête le souffle glacé des vents et le cours des invasions. De môme l'Espagne, n'est qu'un vaste plateau coupé de chaînes allant de l'ouest à Test, et non pas du nord au sud comme on le figure sur certaines cartes.
L'absence de ligne de faîte entre deux bassins n'est pas aussi rare qu'on pourrait le croire : ainsi, dans l'Amérique du Nord, le bassin supérieur du Mississipi n'est séparé par aucune haute barrière des grands lacs de la Rivière Rouge et, à l'époque des pluies, quelques-uns des petits lacs si nombreux sur le sol imperméable du Minnesota laissentr indifféremment couler leiirs eaux vers les glaces polaires par la Rivière Rouge ou vers les tropiques par le Mississipi. De même dans l'Amérique du Sud, le vaste bassin de l'.Amazone n'est limité au nord et au sud par aucune barrière montagneuse; au pied de la Cordiliére des Andes où ce grand fleuve prend sa source, règne une vaste plaine basse, marécageuse, couverte de forêts, qui fait communiquer le bassin de l'Amazone avec celui de l'Orénoque au nord, avec celui de la Plata au sud. Puis, après avoir traversé celte immense jjlaine, le fleuve coule sur des terrains d'alluvions entre deux massifs granitiques : le plateau des Guyanes au nord et lo plateau du Brésil au sud. On verra qu'en Europe la grande ligne de partage des eaux est loin de présenter une masse continue et que souvent elle s'cfl'ace entièrement. En Espagne, sur le plateau des Castilles, dans la grande plaine de la Russie, les fleuves courant vers des mers difliérentes ont des sources qui se confondent presque. En Italie, le bassin de TArno n'est pas séparé de celui du Tibre par un obstacle bien marqué, puisque la Chiana, qui appartenait
autrefois exclusivement à ce dernier bassin, est aujourd'hui un afllnent de l'Arno,
4° Hydrographie. — L'hydrographie, l'étude des eaux, des fleuves, des mers a déjà été préparée et expliquée par la météorologie, la géologie, l'orographie, car l'eau est fournie par les pluies ou les neiges, elle s'infiltre ou reste à la surface du sol suivant la nature du terrain, elle obéit comme toute matière à la pesanteur et descend les pentes en contournant ou détruisant Iqs obstacles. Par conséquent, celui qui sait bien le régime des pluies, la nature du sol et le relief d'une contrée, connaît par cela môme les bassins des rinères ; il. voit, avec les pluies et les neiges, les torrents se former dans les montagnes; il les voit courir en minces filets dans les gorges, se réunir dans les vallées, devenir fleuves ou rivières, se grossir des sources qui à droite ou à gauche naissent à la limite des terrains perméables et imperméables, promener avec plus de lenteur leurs eaux dans la plaine, arrondir leurs méaudres tortueux et envelopper de nombreuses îles, quand la pente devient presque insensible.
Longtemps on a basé l'étude de la géographie uniquement sur celle des grands bassins hydrographiques, ce qui peut servir à introduire un certain ordi'c dans les idées, mais cela présente de nombreux inconvénients. Celte méthode peut donner des idées fausses, puisqu'il arrive souvent, comme nous l'avons dit, que les bassins ne sont limités par aucun accident de terrain; de plus, la description successive des divers bassins du nord au sud ne peut pas donner une idée exacte des divers pays, elle ne présente en somme qu'une série d'études isolées qui ne sont liées par aucune idée générale. Au point de vue militaire, l'inconvénient est bien pire et on no conçoit guère comment ces sèches descriptions peuvent éclairer et faire embrasser los grands échiquiers stratégiques. Quel caractère en efi'et peuvent donner à la contivo qu'elles traversent ces gouttières errantes dont rensemblc constitue les réseaux des bassins hydrographiques? Sur les divers points de leurs cours, les ileuves no traversent-ils pas des pays bien différents? Prenons par exemple le Rhin : il prend sa source dans les glaces éternelles de la grande chaîne des Alpes ; au sortir des montagnes il arrose le plateau suisse; puis, après le coude que fait le fleuve à Bâle, il traverse du sud au nord la riche plaine de terrain moderne de l'Alsace ; à Mayence, il change encore de direction et forme une profonde déchirure dans les masses de terrains de transition de l'Hundsrûck, de TEifel, du Westerwald où il s'est frayé un chemin; puis à Bonn il entre dans la plaine de la basse Allemagne pour se perdre dans les terrains bas de la Hollande. La nature du sol, l'aspect du pays, la nature des cultures, les difiicultés qu'aurait à surmonter une armée, sont donc très-varial)les aux divers points du cours, et sous ce rapport on peut dire que le Rhin traverse quatre pays distincts. Les différences sont encore plus grandes entre les diverses contrées arrosées par le Danube.
On doit pourtant dans les études géographiques s'occuper des eaux el des grands bassins, mais il ne faut pas prendre uniquement pour base l'hydrographie, il faut