CHAPITRE VIII. — FRONTIÈRE DES PTRÉNÉES
existent plusieurs chaînons latéraux parallèles au grand faite de partage ; les plateaux accidentés et arides de la Sierra de Andia forment une de ces chaînes, celle qui est la plus voisine de la crête principale ; elle se prolopge à Test par les montagnes de San-Cristobal au nord de Pampelune et à l'ouest par les montagnes de Titoria. Plus au sud une autre crête est d'abord formée par la Sierra del Perdon qui contient la belle pyramide de la Higa, puis elle passe au sud d'Estella,en limitant le Carrascal ou pays des chênes verts, et va se joindre à la Sierra de Cantabrio; cette dernière chaîne se prolonge au-delà de Tétroit défilé où coule FEbre par les Monts Obarénes et la Lora qui limitent au nord sur le bassin de TEbre le plateau des Castilles et que la route et la voie ferrée traversent au célèbre défilé de Pancarbo. Tout ce pays montueux, la Navarre, les provinces basques, est très-favorable à la guerre de partisans ; dans les dernières guerres civiles de TEspagne la force des positions, les nombreuses ressources de tous genres de cette contrée, ont permis aux Carlistes de s'y maintenir longtemps et de résister souvent avec succès aux troupes régulières de TEspagne. Estella, situé entre les deux crêtes de montagnes dont nous venons de parler, commande plusieurs défilés importants et est le nœud des communications de la Navarre avec les provinces basques, les Castilles et TAragon; cinq routes en partent et c'est un point stratégique dont l'occupation coûta beaucoup de sang à l'armée espagnole dans la dernière guerre carliste. Au sud Logrono, Calahorra, Tudela sont les principaux points de passage de l'Ebre.
Ces montagnes au sud du faite de partage des eaux sont formées de terrains crétacés et sont souvent dépouillées de leurs anciennes forêts et de toute végétation. Sur le versant nord et dans le pays basque, on trouve tous les terrains : le granit, le porphyre, les divers étages du terrain de transition, du trias, du terrain jurassique et de la craie; entre ces terrains existent un grand nombre de fissures remplies de minerais, qui sont une des richesses du pays. On trouve des mines de cuivre et de plomb ; les mines de Hondragon sur le versant nord du port d'Arlabau ont de tout temps donné du fer à l'Espagne ; les mines voisines fournissent aujourd'hui l'acier qui sert à fabriquer les canons Krupp. C'est sur la rive gauche du Nervion, entre Bilbao et Portugalette que se trouve actuellement la plus grande exploitation de minerai de fer, c'est celle de Somorrostro. Les sources minérales sont aussi trèsnombreuses dans cette contrée.
A l'ouest du port d'Arlaban, la'créte des Pyrénées est formée par la Pena de Amboto et la Pena de Gorbea ; des deux côtés de ce dernier massif passent les routes qui réunissent Bilbao à Yitoria et à l'est se trouve la dépression d'Orduna (650 mètres), que gravit par plusieurs lacets le chemin de fer de Bilbao à Miranda-de-Ebro^ station de la grande ligne de Madrid. La crête pyrénéenne qui domine à l'ouest ce col, prend le nom de Sierra-Salvada ; puis au-delà se trouvent plusieurs dépressions traversées par des routes qui conduisent de Bilbao et de Santander dans le haut bassin de TEbre ; le centre de ces communications est Espinosa au débouché du port de Lnnada qui a plus de 1,000 mètres d'élévation au-dessus de la mer. Une route car-
rossable venant de Santander passe plus à l'ouest au port del Escudo qui a près de 1,000 mètres d altitude, puis enfln on arrive au col de Reinosa dont nous avons déjà parlé. C'est à Espinosa et à Reinosa que furent livrées deux des batailles qui en 1808 nous ouvrirent le chemin de Madrid ; le but de ces batailles était de couvrir la droite de l'armée débouchant de Vitoria sur Burgos, et marchant de là sur Madrid.
Ces passages des Pyrénées cantabriques que nous venons d'énumérer sont trèsimportants ; ceux de la Navarre et de la Guipuzcoa sont les communications les plus directes et les plus faciles entre la France et TEspagne; ceux de la Guipuzcoa, de la Biscaye et de Santander peuvent permettre à des troupes ennemies de se porter à Irun pour couper toute retraite à une armée française engagée en Castille ; il y aurait donc danger pour nous de courir sur TEbre ou en Castille avant de nous être assurés de tous ces cols et d'avoir chassé toute troupe ennemie des provinces qui se trouvent entre les montagnes et la mer jusqu'aux Asturies, tout au moins faudrait-il s^avancer jusqu'à Bilbao et laisser à Bilbao et à Valmaseda un corps proportionné aux forces qu'il pourrait avoir à combattre.
Les chaînons qui se détachent vers le nord et qui se prolongent jusqu'à la mer ont des directions très -variables et forcent les torrents qui les contournent à faire toutes sortes de détours pour arriver à l'Océan ; ils recouvrent toute la contrée et ne laissent aux plaines que peu d'espace. La cote n'est longée par aucune route et est souvent bordée d'escarpements, mais elle est assez découpée et on y trouve de bons ports naturels comme Samt-Sébastien, Bilbao j Santander.
Places fortes espaipioles et françaises. — La grande route de Bayonne à Vitoria est défendue du côté de TEspagne par Saint-Sébastien ; la ville située entre la baie de la Concha et l'embouchure de VUrumea n'est plus aujourd'hui entourée d'une enceinte bastionnée comme en 1813, lors du siège fameux qu'y soutint le général Rey contre les Anglais et les Portugais, mais elle est dominée par le château de la Motta, au haut du mont Orgullo qui ferme au nord de la ville la baie de la Concha. Sur les flancs de cette montagne de 130 mètres sont étages plusieurs ouvrages et plusieurs batteries. Saint-Sébastien, qui avait été entièrement détruite en 1813 par les Anglais, eut encore à résister en 1836 aux Carlistes qui ne purent s'en emparer.
Fontarabie est située en face d'Hendave à l'embouchure de la Bidassoa et au pied du Jaizguihel, longue crête qui longe la mer et qui se termine au cap du Figuer. Cette ville était anciennement fortifiée , mais ses portes sont à demi-écroulées, ses murailles sont ou détruites ou percées à jour par les boulets, elle n'a donc plus aucune valeur.
Du côté de la France les deux grandes routes carrossables de Madrid et de Pampelune viennent, comme nous l'avons vu, converger à Bayonne, qui est le point de passage obligé de toutes les communications commerciales et militaires avec