CHAPITRE VIII. - FRONTIÈRE DES PYRÉNÉES. S
TEspagne par la dépression des Pyrénées occidentales. Bayonne est sur la rive gauche de TAdour au confluent de cette rivière avec la Nive, elle est entourée d*une enceinte bastionnée avec dehors ; en avant se trouvent les retranchements de Mousse^ rolles qui ferment la presqu'île comprise entre les deux rivières et les retranchements de Marrac sur la rive gauche de la Nive. Sur la rive droite de l'Adour s'élève sur un mamelon la citadelle de Saint-Esprit. Le port de Bayonne n'a pas grande importance à cause de la difficulté qu'ont les navires à passer la harre de l'Adour.
Cette place occupe une magnifique position qui pourrait être rendue très-forte ; elle servirait de base pour toutes les opérations offensives et défensives en Espagne. Dax, sur l'Adour et sur la cotnmunication de Bayonne à Bordeaux, possède un ancien château qui n'a plus aucune valeur ; du reste il a été déclassé.
Le chemin de fer de Paris à Madrid passe entre la citadelle de Saint-Esprit et l'Adour; il franchit ce fleuve en amont entre les ouvrages de MousseroUes et l'enceinte, puis se dirige vers Saint-Jean-de^Luz^ petit port situé au fond d'une baie dont l'entrée est gardée par le fort de Socoa. Il passe ensuite sous un tunnel de 415 mètres, dit tunnel des Redoutes à cause des ouvrages voisins qui faisaient partie de Tancien système de défense des hauteurs sous la Révolution et sous l'Empire ; il traverse la Bidassoa à Hendaye sur un pont de 130 mètres et arrive à Irun. En Espagne les tunnels sont très- nombreux, on en rencontre un premier, entre Irun et Saint-Sébastien, long de 466 mètres et pratiqué sous le col de Gainchusqueta, puis ils se succèdent à de courts intervalles, on n'en compte pas moins de 28 jusqu'au col d'Alsasua, le plus long a 2,953 mètres, celui qui traverse la ligne de partage des eaux en a 1,158, c'est au milieu de ce dernier que la voie atteint son point culminant, 614 mètres, avant de descendre à Alsasua. La destruction d'un seul de ces ouvrages d'art pourrait intercepter la voie complètement ; mais il n'est pas besoin de rien détruire pour empêcher l'assaillant, espagnol ou français, d'utiliser les chemins de fer, car la largeur de la voie n'est pas|la môme en Espagne qu'en France , à par- Wt d'Irun en se dirigeant vers Madrid elle a 0, 30 de plus ; par conséquent il suffli*ait à un parti comme à l'autre d'enlever tout le matériel en battant en retraite. Il faudrait toutefois s'assurer que l'ennemi n'a pas le moyen de transformer son i^atériel et de l'adapter à notre voie, comme les Prussiens tentent de le faire avec le X^ur pour se servir en cas de guerre des chemins de fer russes.
lilipaes de défense de la France et leuF rôle dans la campagne
4e 1813-1814. — Pour terminer ce qui est relatif à cette frontière des Pyrénées occidentales, nous allons énumérer les diverses lignes de défense qu'une armée française pourrait occuper dans le but d'empôcher l'ennemi de pénétrer sur le territoire de la République, et nous rappellerons en même temps les principaux événements de la campagne de 1813 et 1814 qui sont très-propres à faire ressortir l'importance de chacune d'elles.
La première de ces lignes est celle de la Bidassoa ou plutôt des hauteurs de la
rive droite qui appartiennent en partie à la France ; c*est la ligne qae nous avons déjà signalée et qui fut occupée en 1813 par le maréchal Soult, lorsque nous dûmes évacuer l'Espagne après la bataille de Vitoria ; elle s* appuie à la mer à la pointe de Sainte-Anne, passe par la Croix-des-Bousquets à droite de la route d'Espagne, puis à partir de Biriatoii^ suit les montagnes escarpées de Choubille et de Licarlau qui resserrent la Bidassoa dans un étroit défilé entre Yéra et Biriatou et qui se prolongent à Test par la Rhune^ le pic d'ibantelly, le pic d'Atchuria jnsqiïk Urdax. Tous les principaux sommets de celte ligne sont encore garnis des redoutes construites en 1813. Au-delà de la route du col de Maya, la ligne s'appuie au pic Mondarrain entre la Nivelle et la Nive, elle barre les deux grandes routes du littoral et de la vâUée de Baztan, mais elle laisse en dehors les chemins du Val Carlos qui seraient surveillés par un corps de troupes s'appuyant sur Saint-Jean-Pied-de-Port.
C'est de cette position qu'à la fin de juillet 1815 partit l'armée française pour reprendre l'offensive et pour faire lever le siège de Pampelune ; après la sanglante bataille de Sorauren elle rentra par le col d'Echalar dans ces mêmes positions qui furent enlevées par les Anglo-Espagnols les 7 et 8 octobre après le combat de Rhune.
Une seconde ligne, qui fut occupée et renforcée par le maréchal Soult après l'abandon de la première, suit la rive gauche de la Nivelle en arrière de Sare et s'appuie à droite à Saint-Jcan-de-Luz et à gauche aux montagnes d!Urdax. Elle fut en novembre 1813 forcée en son centre vers Sare et vers le pont à'Amots, Cest une ligne assez faible qui peut être abordée sur plusieurs points. On pourrait au moyen de barrages créer une inondation depuis Saint- Jean-de-Luz jusqu'à Ascain.
La troisième ligne de défense et la meilleure est celle de la Nive ; elle ne court pas le danger d'être tournée, elle s'appuie à droite à la grande place de Bayonne^ à gauche à Saint-Jean-Pied-de-Port et à la grande chaîne des Pyrénées ; les points & surveiller sont le débouché de la vallée des Aldudes vers Iroulégny, puis les dix kilomètres compris entre Itsatsou, Camho et Ustarits. D'Ustarits à Saint-Jean-de-Luz s'étend une ligne continue de hauteurs et de forêts qu'on pourrait occuper ; du reste si l'ennemi s'engageait dans l'angle compris entre la liasse Nive et la mer, il s'exposerait à voir sa retraite coupée par un corps débouchant de Cambo. Les hauteurs de la rive droite de la Nive entre Ustarits et Bayonne forment au cas où on devrait abandonner la rive gauche une belle position qui prolonge la ligne de la Nive jusqu'à l'Adour.
Dans la campagne de 1813, la ligne de la Nive occupée par l'armée française fut forcée le 9 décembre au gué de Cambo et l'ennemi se répandit jusqu'à Ustaritz. Le maréchal Soult résolut alors de profiter de la situation de Bayonne pour accabler successivement l'armée ennemie séparée par la Nive en deux parties sans communications faciles ; faisant déboucher ses troupes sur la rive gauche, il attaqua le 12 décembre les camps de Bidart, d'Archangues et d'Arauns, malheureusement une pluie torrentielle, la force des positions, des renforts arrivés à l'ennemi, nous empêchèrent de remporter un succès décisif. Reportant ses troupes pendant la nuit sur