‹ Géographie militaire (volume 2)Chapitre 144 sur 288 · CHAPITRE YIIL — FRONTIËRS DES PTRÉNÊES · texte numérisé non relu

CHAPITRE YIIL — FRONTIËRS DES PTRÉNÊES

la rive droite, le maréchal attaqua le lendemain les faibles corps qui la veille n'avaient pas repassé la Nive pour prendre part à la bataille, mais Wellington, prévenu par la disparition de nos feux de bivouac, eut le temps d* accourir avec du renfort et arriva à temps pour nous refouler de SaintrPierre-d'Irube sur Bayonne.

En arrière de la Nive, l'Adour jusqu'à Pont-de-Lanne et la Bid6use constituent encore une position défensive qui s* appuie à gauche aux montagnes, ses principaux débouchés sont Saint-Palais, Bidache et Bayonne-, elle fut occupée après la défaite de Bayonne à la ûu de décembre 1813 et pendant le mois de janvier 1814 par le maréchal Seult. Wellington qui avait tenté inutilement de passer l'Adour à Urt, la força h Saint-Palais.

A faible distance en arrière de la Bidouse, le Saison ou gave de Hauléon et le gave d*01oron forment des lignes de défense de médiocre valeur, trop longues et trop rapprochées de la précédente pour qu'on puisse y réorganiser l'armée après Tabandon de cette dernière. Vient ensuite le gave de Pau que peut encore occuper une armée efTectuant sa retraite en pivotant autour de Peyrehorade. Cette ligne est trop longue et n*est pas défendable. En arrière se trouvent les landes incultes de Prat-Long, de Ger, etc., qui recouvrent ce vaste plateau raviné composé de terrains d'origine glaciaire et d'où descendent les nombreux afiluents de l'Adour. En 1814 le passage du gave de Pau ne fut pas disputé ; Wellington le traversa au-dessus de Peyrehorade et, remontant la rive droite, vint attaquer l'armée française concentrée à Orthez. La force numérique des Anglais leur donna la victoire, et la retraite se fit par Saint-Sever.

L'Adour plus au nord décrit un grand arc de cercle dont les points principaux sont Dax, Saint-Sever, Aire, Maubourguet, Vic-de-Bigorre et Tarbes. La ligne de l'Adour, plus encore que celle du gave de Pau, est trop vaste pour pouvoir être occupée tout entière, du reste on n'aura à défendre que la partie que traversent les routes de retraite qu'on aura choisies.

La retraite d'une armée française forcée d'abandonner la frontière doit se faire en s'appuyant sur Bayonne comme nous l'avons supposé, mais cette armée ne doit pas se laisser enfermer dans cette ville ou acculer à la mer, il arrive donc un moment où la place doit être abandonnée à elle-même avec une garnison suffisante. On a alors le choix entre les trois directions suivantes : la route de Bordeaux par Saint-Sever et Mont-de-Marsan, celle d'Agen par Condom, ou enfin celle de Toulouse par Tarbes. Le choix à faire dépendra des circonstances et de la force de l'armée défensive.

En adoptant la première direction, on couvre directement Bordeaux, grande ville et grand port de commerce, qui n'est pas fortifié et qui fournirait d'importantes ressources à l'enuemi, on couvre aussi directement Paris, et c'est cette direction qu'on choisira si Paris est l'objectif probable de l'armée d'invasion. Pour effectuer la retraite on dispose des deux grandes routes et du chemin de fer qui relient Bayonne à Bordeaux, mais on traverse au nord de l'Adour un pays sans ressource, inculte,

souvent marécageux, peu peuplé, ce sont les Landes comprises entre les dunes de sable du littoral, l'Adour, et les coteaux couverts de vignes qui longent la Gironde et la Garonne. Sur ce vaste espace de 14,000 kilomètres carrés s'étend une immense plaine de sable, presque horizontale et où souvent la pente n'est pas assez forte pour permettre aux eaux de s*écouler. A une distance variable de la surface, on rencontre un banc de grès compact qu'on désigne sous le nom à*Alios et qui n'est que du sable durci et imprégné de tannin et' d'autres matières organiques qui lui donnent l'aspect d'oxyde de fer. Cette couche d'alios est imperméable, c'est elle qui produit les marécages des Landes et qui longtemps y a empêché toute culture, depuis le commencement du siècle on a eu soin de creuser de distance en distance des puits d'éCvOulement et aujourd'hui cette terre longtemps stérile est recouverte de vastes forêts de pins. Une armée poursuivie dans ces bois et ces déserts n'y trouverait aucun point d'appui et, si elle n'était pas approvisionnée régulièrement, elle y endurerait de grandes souffrances et achèverait de s'y désorganiser.

Dans la deuxième direction on traverse un pays plus riche, plus peuplé, mais n'offrant d'abord pas beaucoup plus de ressources; on atteint bientôt la Garonne, on peut chercher un abri derrière ce fleuve et se réorganiser dans sa riche vallée, on est en communication ^ar de nombreuses routes et voies ferrées avec l'intérieur de la France. La voie ferrée qui suit la vallée de la Garonne est tracée sur la rive droite du fleuve sur presque tout son parcours, c'est-à-dire depuis Toulouse jusqu'à Langon, puis sur la rive gauche de Langon à Bordeaux. Les principaux points de passage sont Langon, Marmande^^Port-Sainte-Marfe et Agen. Bordeaux et Toulouse devraient être mis à l'abri des entreprises que pourraient tenter de petits corps ennemis par quelques redoutes. Agen est maintenant un nœud de chemins de fer important, c'est là que passe la route la plus directe des Pyrénées occidentales à la Loire, c'est donc un point qu'il faudrait bien garder.

La troisième direction sur Tarbes et sur Toulouse est celle qui fut choisie en 1814 parle maréchal Soult après la bataille d'Orthez, ce n'est que tardivement, quand il était déjà à Saint-Sever, qu'il se décida à la prendre, et il lui fallut faire une marche très-rapide pour devancer le général Hill qui s'avançait par la rive gauche de l'Adour sur Aire pour lui couper la route. Le maréchal en prenant cette direction espérait éloigner lord Wellington de Bordeaux, ce qu'il ne fit qu'imparfaitement, puisqu'à peine la route de Bordeaux était-elle libre que Wellington y lança le maréchal Béresford avec 12,000 hommes pour favoriser les intrigues des royalistes dans cette ville. Il voulait aussi conserver la possibilité de se joindre au maréchal Suchet qui était encore en Catalogne.

Cette direction a conservé aujourd'hui tous ses avantages : la retraite s'opère dans un pays riche, la gauche de l'armée est bien appuyée aux montagnes et ne peut être tournée. On couvre tout d'abord la ville de Tarbes qui a acquis une grande importance à cause des ateliers d'artillerie et du matériel considérable qu'elle renferme, ce qui en ferait un objectif secondaire, il est vrai, mais encore important

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