‹ Géographie militaire (volume 2)Chapitre 161 sur 288 · CHAPITRE l^\ - COTES DE LA MER DU NORD ET DE LA MANCHE · texte numérisé non relu

CHAPITRE l^\ - COTES DE LA MER DU NORD ET DE LA MANCHE

pent des boues fétides et pour permettre le transport des engrais ou des récoltes sur les petits bateaux qui parcourent ces canaux. Le travail de dessèchement, commencé au XII* siècle, du temps de Thierry et de Philippe d'Alsace, comtes de Flandre, qui endiguèrent l'Aa et lui creusèrent dos lits latéraux au pied des terres fermes, ne fut achevé qu'au milieu du siècle dernier. Dans la région des Wateringues, les fossés sont bordés de digues insubmersibles, qui formeraient d'importantes positions, si on avait à disputer ce terrain. Tous les champs sont entourés de fossés d'assèchement qui communiquent avec les canaux principaux ou avec ceux .de second ordre ou bèques. Toutes les jonctions sont munies d'écluses, et il en résulte un réseau très-compliqué permettant : 1** de retenir les eaux douces sur tel point que l'on veut; 2** d'inonder d'eau de mer en quelfues marées n'importe quelle partie; 3* de maintenir sec tel lorrain que Ton désire. Les Moëres, qui sont deux dépressions audessous du niveau des basses mers ne furent desséchées qu'au commencement de ce siècle ; les roues à palettes et les vis d'Archimèdc, mues par des moulins à vent, ont servi et servent toujours ù épuiser Teau. Le canal émissaire des Moëres débouche à Dunkerque, et on le vide à chaque marée basse.

Lors(]ue Turcnne vint assiéger Dunkenjue en 1658, les bourgeois avaient lâché les écluses et l'inondalion était tendue; Tarniée qui avait franchi la Lys à Saint- Venant, traversa les marais sur des chaussées submergées et sur des fascines, les fantassins passèrent les armes hautes, ayant de l'eau jusqu'à la ceinture. La flotte anglaise bloquait la ville par mer et apporta tout ce (jui était nécessaire au siège. Don Juan et le prince de Coudé crurent enfermer l'armée assiégeante en attaquant la circonvallation entre la mer et les Moëres; ils furent battus et la ville n'espérant plus de secours capitula dix jours après la bataille des Dunes.

Cette côte basse dos environs de Dunkerque, bordée partout de dunes de 10 à 20 mètres de hauteur, se prolonge au loin sous la mer; l'estran ou espace compris enti'e les laisses de basse et de haute mer n'a pas moins de i50 mètres de largeur à Test de Dunkerque et atteint même à l'ouest de ce port 1,000 à 1,600 mètres; au delà se trouvent les bancs, dits bancs de Flandre^ qui s'étendent parallèlement au rivage et qui séparent des fosses suivies par la navigation. La prépondérance du Ilot des marées et des courants venus de la Manche à travers le Pas-de-Calais ex- X)lique la formation et la direction régulière de ces bancs.

Les bancs de sable cjui s'étendent ainsi le long du rivage brisent les vagues et protègent contre la houle du large. Au nord, sur la cote anglaise, entre Kamsgate et Deal, se trouve la belle rade des Dunes, protégée par les Goodvin-Sands; au sud, sur la côte française, c'est une fosse do 12 à 15 mètres de profondeur à marée basse, de 1 kilomètre de largeur et de 25 kilomètres de longueur depuis la frontière belge jusque par le travers de Gravelines, qui forme la rade de Dunkerque. On n'y entre que par deux passes, celle de l'ouest (jui est la meilleure et celle de Zuydecoote.

C'est sur les dunes des environs de Dunkerque que fut livrée en 1658 la bataille fameuse où Turenne battit les Espagnols. Ces dunes, comme celles qu'on trouve à

l'ouest de Taulre côté du détroit, se déplaçaient autrefois sous Taction du vent et ont contribué à combler les marais qui se trouvaient en arrière; aujourd'hui on les a fixées en partie par des plantations d'oyats ou joncs maritimes.

Dunkerque qui possède la meilleure rade de la mer du Nord, a été acheté au roi d'Angleterre par Louis XIV et fortifié par Yauban ; ce port, qui menace directement TAngleterre et Londres, a longtemps excité la jalousie de nos voisins d'outre- Mancbe qui, à trois reprises différentes, aux traités d*Utrecht, d'Aix-la-Chapelle et (Je Versailles, exigèrent la démolition du port et le comblement du chenal. Ce port ne se releva de ses ruines que sous Louis XVI après la guerro d'Amérique; depuis le commencement du siècle on a consacré des sommes très-importantes à le remettre iMi état, un décret de 1861 a prescrit l'exécution de nouveaux travaux, la construction d'un nouveau bassin à flot non encore terminé, Tapprofondissement du chenal, l'augmentation des réservoirs des chasses.

L'entrée du port est protégée, comme celle de tous les ports de cette côte, par de longues jetées en bois qui empochent l'engrévement du chenal; les jetées de Dunkerque ont près de 900 mètres, le chenal avec Tavant-port et le port d'échouage n'a pas moins de 2,120 mètres de longueur. Les chasses destinées à le nettoyer et à maintenir sa profondeur ont actuellement une puissance de un million de mètres cubes fournis en trois quarts d'heure; elle sera bientôt portée à 2,200,000 mètres cubes fournis dans le même temps. Des trois bassins à flot, l'un, celui de la marine est encore aujourd'hui partiellement dans les attributions du ministre delà Marine.

Les améliorations entreprises ont déjà porté leurs fruits et ont rendu au port de Dunkerque une partie de son ancienne prospérité ; il est le quatrième de France pour son commerce et son tonnage. La rade balisée et éclairée depuis 1864 est de plus en plus fréquentée; les plus gros bdtiments y sont en sûreté, car la flotte de guerre y a fait de longs séjours pendant la guerre de 1870-71. C'est sur cette rade que pendant l'armistice furent embarqués, à bord des vaisseaux, frégates, corvettes de la marine militaire, 20,000 hommes de l'armée du Nord avec tout leur matériel pour être transportés à Cherbourg.

Ce port si important qui communique avec l'intérieur par de nombreux canaux et par trois chemins de fer, est entouré d'une enceinte bastionnée qui dans ces dernières années a reçu un très-grand développement; la ville doit être entourée de forts destinés à en faire une forte base d'opérations sur la mer pour la défense de la frontière de terre ; Dunkerque formera alors avec Gra vclines et Dcrgues, qui joueront le rôle de forts détachés de Tenceinlc, une position d'où pourra toujours déboucher sur les flancs ou sur les derrières de l'ennemi une armée amenée et approvisionnée par mer. Les autres points d'appui delà défense de cette frontière sont Lille et Mnulexujt où on va construire de nouveaux forts. Du côté de la mer, la ville est à peu près à Tabri d'un bombardement par suite de la longueur du chenal et de la largeur de Testran; elle sera du reste défendue par la forte artillerie des fronts de mer de l'enceinte, puis par deux batteries de VEst et de l'Ouest qui formeront aussi les extrémités

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