CHAPITRE P^ — COTES DE LA MER DU NORD ET DE LA MANCHE
de la ligne des forts destinés à protéger la place du côté de terre. Les anciennes batteries du Musoir et du Risbau seront déclassées.
A Touest de Dunkerque, se trouve le débouché de l'ancien chenal de Mardick^ qui, après la fîéniolition du port de Dunkerque, fut construit pour mettre cette ville en communication avec la mer par lintermédiaire du canal de Mardick rendu navigable aux gros navires; mais ce canal et l'entrée du chenal durent être détruits, deux ans après leur établissement, en 1717, sur les réclamations de l'Angleterre et de la Hollande.
VAa vient déboucher dans la mer par un chenal artificiel qui ne date que de 1740 ; ce chenal commence au port de Gravelines et sert d'écoulement aux eaux des Wateringues; il a 3,300 mètres de longueur dont \ ,500 au delà de la laisse de haute mer. Gravelines fait avec l'Angleterre un commerce très-important d'œufs et de légumes ; à l'embouchure de TAa se trouvent les bourgs du ijrand et du petit Fort-Philippe de chaque côté de l'enlrèe du chenal; cette dénomination leur vient d'anciennes redoutes espagnoles complètement dr truites depuis longtemps. La plage n'est plus battue que par les feux des ouvrages de Gravelines; cette ville est entourée d'une enceinte continue formant un hexagone bastionné, et de plus est couverte de demilunes, de contregardes et de trois ouvraî;es à cornes. Elle protège des écluses qui alimentent tous les canaux du pays et permettent de tendre les inondations.
De Gravelines à Calais, et même jusqu'à Sanyatte, à l'extrémité nord du massif du bas Boulonnais^ la côte est bordée de dunes et longée par des bancs de sable qui rendent la navigation dangereuse; la rade de Calais est comprise entre la plage et les bancs dits Ridens de Calais^ elle a 10 mètres de profondeur, le fond est de bonne tenue, mais elle est exposée à tous les vents et n'oflre qu'un mouillage dangereux.
Calais est le port du continent le plus voisin de l'Angleterre, ce qui lui a donné de tous temps une grande importance; les Anglais Tout possédé pendant deux siècles, de 1346 à 1558, et cette ville déjà fortifiée leur fournissait une excellente tête de pont sur le continent. Les premiei^s travaux exécutés par les Français, après l'avoir reprise, furent des travaux de fortifications qui réduisirent beaucoup la ville; la citadelle date de 1561 ; l'enceinte qui sépare Calais du faubourg de Saint-Pierre date du commencement du XVII* siècle; le fort Hisban qui se trouve en avant de la ville, au débouché du bassin des chasses dans le chenal, avait été construit j)ar les Anglais. Les jetées de Calais prolongées jusqu'à la laisse de basse mer ont une longueur considérable, celle de l'est a 1,127 mètres. La profondeur du chenal est entretenue au moyen de chasses. Le port, qui se compose d'un avant-port ou port d'échouage et de deux petits liassins à Ilot, est incommode et tout à fait insuffisant. L'importance qu'il prend chaque jour, les relations de plus en plus suivies avec l'An- ' gîeterre, rendent do grands travaux indispensables, et des fonds sont alloués pour les exécuter. C'est par Calais et Douvres que se fait le plus grand mouvement de voyageurs entre le continent et l'Angleterre; le nombre des passagers atteint aujourd'hui 200,000 par an. Les trains dechemi'is de fer, au moyen d'une voie de service créée
en 1867, vont jusque sur la jetée ou quai de la marée où les steamers peuvent dé« barquer à toute heure au moyen de trois étages de plates-formes mis en communication par des escaliers.
C'est à 5 kilomètres à Touest de Calais que doit se trouver le point de départ du tuniiel sous-marin, dont les études se poursuivent en ce moment et semblent devoir être couronnées de succès; ce percement doit s'effectuer à 127 mètres au-dessous du niveau de la mer dans les assises de la craie grise ou inférieure, de manière à rester au-dessous de la craie blanche qui est perméable : la longueur du tunnel sera enviion de 50 kilomètres; c'est par ce souterrain que, dans quelques années, se fera tout le service à grande vitesse entre le continent et l'Angleterre.
Au point de vue de la défense du côté de terre, Calais n'a plus aujourd'hui grande valeur; ses fortifications ne font que gêner son développement : d'anciennes murailles séparent encore la ville du port; dans ces dernières années s'est créé au pied même des glacis de l'enceinte une véritable ville plus importante que Calais, c'est Saint-Pierre qui ne comptait en 1850 que 3,000 habitants, et qui en 1872 en comptait déjà plus de 20,000 grâce à l'industrie du tulle importée d'Angleterre.
Du côté de la mer, Calais est protégé par six batteries dont deux de création nouvelle; ces dernières sont : la batterie des dunes de l'Est et la batterie du musoir ouest; celles qui existent déjà et dont l'armement seul est renforcé, sont : la batterie de Cordigain, celle du Risban, celle de l'Estran et le fort Lapin,
Le Pas-de-Calais. — A partir de Sangatte, les dunes cessent, et la côte se relève en formant l'extrémité du massif du bas Boulonnais. Le pays compris entre la plaine basse de Calais et la côte de la Manche forme une contrée tout à fait à part; le sol est crétacé et jurassique; c'est le prolongement du Weald anglais qui s'étend de l'autre côté du détroit et qui présente absolument le même aspect, seulement le massif français est beaucoup plus accidenté et plus important par les carrières de marbre ou les mines de fer qu'il contient, et qui ont amené la création des grandes usines de Marquise
Le Pas-de-Calais ou détroit de Douvres, qui a séparé en deux le même massif du Weald et du Boulonnais, s'étend entre Douvres et le cap Gris-Nez sur une largeur de 32 kilomètres. Le détroit lui-même est libre d'obstacle et les eaux s'y sont creusé un lit régulier dont la plus grande profondeur atteint 60 mètres; mais à l'ouest, de même qu'à l'est, des bancs de sable rendent la navigation dangereuse, ce sont le Varnc et le Colkirl qui n'ont que de 2 à 5 mètres au-dessous du niveau des plus basses mers.
Entre le cap Blanc-Nez, formé de craie blanche facilement entamable, et le cap Gris-Nez, composé de roches jurassiques plus dures et aux tons plus sombres, la côte forme une anse de 12 kilomètres de développement au fond de laquelle se trouve le village de Vissant; elle est bordée de dunes, et en avant elle est protégée par un large banc de sable nommé hanc à In lignp. Le cap Blanc-Noz peu saillan^, mais escarpé,