CHAPITRE I^'. — COTES DE J.A MER BU NORD ET DE LA MANCHE
8*élève à 105 mètres au-dessus du niveau de la mer au grand Blanc-Nez, il forme un observatoire naturel d'où on découvre tout ce qui se passe dans le détroit et dans la rade des Dunes. Le cap Gris-Nez iVa que 51 mètres d'élévation, mais en arrière se trouve le mont Couple qui en a 120, et d'où on dislingue parfaitement la côte do Douvres. C'est le point le plus rapproché de la c^le anglaise; les nombreuses batteries dont il était armé autrefois avaient été élevées non pour la défense du rivage, mais pour protéger les convois de péniches qui, des côtes de Belgique et de Hollande, se rendaient à Boulogne, lors des grands préparatifs qu'on fit de 1800 à 1805 en vue d'une descente en Angleterre. On croit que le port de Vissant est le point où César s'embarqua lors de son premier passage en Bretagne; il ne connaissait pas encore la côte et choisit le point le plus rapproché. A son second passage, il adopta le Portus Ilius, point d'où la traversée était la plus facile, c'était Calais comme à présent, car les courants de fond et de marée sont les mêmes.
Côtes de la Manche jusqu'à Tembouchure de la Somme. — Bouloi^ne. — La Manche est ce bras de mer compris entre les côtes de France et d'Angleterre, sa profondeur ne dépasse pas 100 mètres, elle se rétrécit vers l'est et est sujette à de très-hautes marées, parce que le Ilot venant de l'ouest se trouve emprisonné et se gonfle. Les vents d'ouest et du sud-ouest sont les plus fréquents et les plus dangereux.
Au sud du cap Gris-Nez, la côte est bordée de falaises élevées peu accessibles jusqu'à Ambleteuse. qui n'est qu'un petit port d'échouage sans importance. A partir d'Ambleleuse, à 4 kilomètres de la côte, commence le banc dit bassure de Baas^ qui s'étend jusqu'à l'embouchure de l'Authie en s'éloignant toujours de la côte. Entre ce hanc et le rivage s'étend la rade Sairit-Jean, qui n'est guère abritée que des vents d'est ou de nord-est ; la bassure de Baas a i à 5 mètres au-dessous du niveau des plus basses mers, 10 itiètres môme à la hauteur de Boulogne, et ne protège nullement ce mouillage contre les vents d'ouest et du sud ouest qui sont les plus violents. La rade est meilleure à hauteur d'Ambleteuse que dans- le voisinage de Boulogne.
Au sud d'Ambleteuse, la côte est bordée par des dunes, puis les falaises recommencent un peu au nord du petit port ensablé de Vimcreux, qui se trouve à l'embouchure de la rivière du même nom, et qui, comme Ambleteuse et Étaples, fut un des points de rassemblement de la flotille du camp de Boulogne en 1804.
La côte est inaccessible et bordée de hautes falaises au sud du Vimereux jusqu'au cap dWiprcch et même à 3 kilomètres au sud de ce cap jusqu'à un rocher isolé nommé Pierre à Savon. Les monticules situés en arrière de ces falaises ont une centaine de mètres d'élévation, ils sont percés par la petite rivière de la Liane dont l'embouchure forme le port de Boulogne, qui a toujours eu une grande importance depuis l'époque romaine jusqu'à nos jours. Boulogne compte 40,000 habitants, c'est le troisième port de France pour la valeur des échanges, il ne le cède qu'à Calais pour
le mouvement des voyageurs entre la France et TAngleterre, un service journalier de bateaux à vapeur se fait entre Boulogne et FolhestoJie,
Boulogne fut lobjet do bien des luttes au moyen Age, la ville basse fut souvent ravagée par les Anglais. Il fat plusieurs fois question de faire de Boulogne un port militaire, mais Cherbourg fut préfère. On aurait pu renouveler à Boulogne les merveilles de Cherbourg en construisant une digue sur la bassure deBaas au prix de nombreux millions. Boulogne possède un port d'échouage, un arrière-port, un bassin de retenue formé par Télargissement de la Liane ; ces deux derniers servent à donner des chasses pour approfondir le cbenal ; un bassin à Ilot a olé construit sur l'emplacement de l'ancien bassin demi-circulaire créé en 1801 pour rassembler les bâtiments de la flotille, mais il est aujourd'hui bien insuffisant par suite du développement du commerce, de plus l'entrée du chenal est barrée à l'heure du reflux; de grands travaux sont devenus nécessaires pour créer de nouveaux bassins et pour maintenir à la ville le degré de prospérité qu'elle a atteint.
Boulogne avait été entouré au commencement du siècle d'une ceinture de vingttrois redoutes ou forts en terre avec réduits en maçonnerie destinés à mettre la ville et le port à l'abri d'une attaque ou d'un bombardement du côté de terre, de nombreuses batteries avaient été construites sur les côtes; tous ces ouvrages n'ont pas été entretenus, sont en ruine et ont été déclassés. Du côté de la mer, Boulogne sera défendu par la batterie de la falaise de la Crèche qui n'est qu'en projet, par la hailerie du Moulin Hubert, par la batterie des Dunes et le fort de Chatillon à l'entrée même du port, enfin par la batterie projetée de In pointe d'Aiprech. Le fort de l'Heurt est conservé jusqu'à l'achèvement des batteries projetées, mais sera ensuite déclassé.
Au sud du rocher dit Pierre à Savon^ jusqu'au bourg d'Ault, au delà de l'embouchure de la Somme, la côte est basse, bordée de dunes en arrière desquelles est un pays de marécages, de ruisseaux fangeux, de canaux de dessèchement, où on ne rencontre que quelques villages misérables. Trois rivières, la Canehe, YAulhit et la Somme^ percent ces sables, et c'est à leur embouchure que se sont établis les mauvais ports de cette côte.
A l'entrée de la Canche, se trouvent 'des sablss mouvants qui déplacent souvent la passe; des travaux ont été entrepris en 18G2 pour redresser le chenal de la baie au fond de laquelle se trouve le petit port d'Ëtaples qui n'a aucune importance au point de vue commercial ; le chemin de fer de Paris à Boulogne traverse la baie de Canche un peu en amont d'PUaples sur un viaduc de 282 mètres de longueur.
A trois lieues de l'embouchure de la Canche se trouve Montreuil, à l'endroit où cette rivière commence à devenir navigable; c'était autrefois une des stations de la Hanse, et les navires de cette époque remontaient jusqu'à son port, ce qui lui a valu son nom de sur-mer. Elle fut fortifiée par Krrard, Deville et Vauban; cette place qui avait de l'importance alors que nous ne possédions ni l'Artois, ni la Flandre française, n'en a plus aucune aujourd'hui, cependant son ancienne citadelle n'est pas encore déclassée.