CHAPITRE !•>'. — COTES DE LA MER DU NORD ET DE LA MANCHE
La rivière d'Authie ne peut recevoir que des barques de pèche; la baie quoique large est ensablée, les courants y rendent la navigation dangereuse, et il ne s'y trouve aucun port.
Le littoral entre l'Authie et la Somme n*a pas toujours été ce qu il est aujourd'hui. Jadis, dans des temps extrêmement reculés, tous les terrains compris entre Noyellcs sur la Somme et la baie d'Authie étaient sous Teau; la Somme devait couler au sud, de Saint- Valéry à Aulty au pied des falaises. Les galets apportés par le flot, qui dans ces parages marchent du sud -ouest au nord-est, refoulèrent cette embouchure vers le nord. Les galets arrachés aux falaises de Normandie ne dépassent pas la baie de Somme; au nord, ce sont les sables qui sous l'action du vent et du flot se meuvent de la même manière du sud au nord. Au milieu de cette vaste baie se trouvaient quelques îlots sur lesquels se fondèrent CayeuXj le Croloy^ Noyelles, RuCy et qui furent peu à peu réunis â la terre ferme; cependant au IX' siècle, le territoire de Rue n'était encore qu'un vaste lac appelé le Marquenterre. Les paysans picards, imitant l'exemple de leurs voisins de Flandre et de Hollande, reconquirent ce terrain sur les flots par la construction de digues, de canaux de dessèchement, de fossés d'écoulement, soigneusement entretenus sous la direction d'un syndicat; aujourd'hui ce lac, devenu d'abord un marais, est transformé en un riche polder. Les dunes ont été fixées par des joncs maritimes.
La baie de Somme s'ouvre entre la iwinte de Saint-Quentin au nord et lîipointe du Hovvdel au sud, sa largeur est de 5 kilomètres. On pénètre dans la baie par deux passes assez dangereuses, l'une dite passe du sud, qui longe la côte de Cayeux et du Hourdely l'autre dite passe de l'ouest, qui débouche directement dans la mer vers le centre de la baie et qui aujourd'hui mène à Saint-Valery.
Au nord de la baie se trouve le petit port du Crotoy et au sud celui de Saint- Valery. On a souvent discuté pour savoir laquelle de ces deux villes méritait la préférence pour l'établissement d'un port de commerce, et il semble que la nature leur ait réfusé également les qualités nécessaires.
Telle était l'opinion de Vauban qui, h la suite d'une reconnaissance de la baie de Somme déjà fort ensablée à c^lte époque, fut d'avis qu'il n'y avait aucun parti à en tirer, qu'il fallait l'abandonner et conduire la Somme, au moyen d'un canal de navigation, en un point situé sur la côte, entre Ault et Cayeux, où on trouvait un mouillage sûr.
Jadis le chenal de la rivière tendait à se rapprocher de la rive droite en quittant la rive gauche un peu en amont de Saint-Valery, puis il retournait à la pointe du Hourdel et longeait la côte jusqu'à Cayeux. Cette circonstance, jointe à la direction des vents et du flot qui portait les navires vers le Crotoy, donna longtemps à ce petit port une certaine importance, mais depuis que toutes les eaux de la Somme ont été jetées dans le canal d'Abbeville à àSaint-Valery et contribuent à creuser le port et le chenal de cette dernière ville, le Crotoy s'est ensablé et a perdu toute son importance; on y a pourtant construit en 1862 un bassin de chasse pour préserver le port
nS LIVRE III. — FRONTIÈRES MARITIMES.
d*nne perte totale. On a plusieurs fois proposé de détourner YAuthie pour la faire aboutir au chenal du Crotoy, mais il n*a pas été donné suite à ce projet ; le canal de la Mayfy creusé en 1783 sur les ordres du comte d'Artois pour dessécher la Marquenterre et faciliter Texploitation de la forêt de Crécy, est le seul courant d'eau doutre qui vienne déboucher au Crotoy.
C'est à Saint- Valéry qu'en 1066 Guillaume-lo-Conquéranl, retenu par des vents contraires, fut obligé de rclAcher pendant un mois avec la Hotte de 900 grands navires et de nombreux transports qui allaieut le porter sur la côte anglaise. Le port d'échouage se trouve au débouché du canal de la Somme ; sa profondeur est entretenue par des chasses produites par les eaux du canal qui arrivent par un contrefossé en évitant le sas écluse qui se trouve à son extrémité.
La voie ferrée qui relie Saint-VaUrij à Noyelles ^ station de la ligne de Paris à Boulogne, traverse l'estuaire de la Somme sur un pont en bois qui a 1,367 mètres de" longueur et qui est prolongé des deux côtés par des levées de terre. La voie ferrée de Paris à Calais et Dunkerque dessert toute la côte que nous venons d'étudier; des embranchements relient les principaux ports aux villes de Flandre. Saint-Omer pourrait être pris comme point de concentration des forces mobiles destinées à surveiller les côtes depuis Dunkerque jusqu'à l'embouchure de la Canche.
A rentrée de la baie, sur la côte sud- ouest, se trouve le petit bourg du Hourdel qui possède un port d'échouage assez bien abrité, mais qui ne prendra d'importance que si les sables et la vase comblent un jour le port de Saint-Yalery.
Les dangers de la navigation protègent suffisamment l'embouchure de la Somme contre les entreprises de l'ennemi sans qu'il soit nécessaire d'y mettre de batteries.
Abbeville, jadis port de mer, ne communitiue plus avec la mer que par un canal que remontent encore quelques navires. Cette ancienne place forte est aujourd'hui déclassée, mais il est question de la reclasser et de la renforcer de nouveaux ouvrages; elle doit soutenir la ligne de la Somme avec Amiens et Pèronne considérablement transformés.
Côtes du pays do Caux. — Dieppe, Fécamp* — A partir du bourg iYAiilt, commencent les falaises du pays de Caux (jui se continuent jusqu'au Havre sans autres interruptions que les échancrures qu'y ont creusées les petits cours d'eau K\v\ï se rendent à la mer. Ces falaises crayeuses coupées de bandes de silex sont tantôt d'un blanc assez vif, tantôt jauuAlres; leur hauteur atteint souvent 100 mètres et plus.
La côte forme d'abord une courbe concave jusqu'à la pointe d'Ailly près Dieppe, où elle s'incline un peu au sud-ouest; puis, à partir du cap ^/'Ju///Î?r jusqu'au cap de la Hcvt\ elle se dirige presque du nord au sud.
Les falaises sans cesse sapées par la mer en furie s'écroulent souvent, et la côte recule devant l'Océan; ce recul, en moyenne de 0,30 à 0,40 par an, est beaucoup plus considérable sur certains points saillants comme au cap de la Hève où la mer gagnait jusqu'à ces derniers temps 2 mètres par an.
chapithe I<'^ — cotes de La Mer du nord et de la manche. Tt^
Les silex provenant de la destruction des falaises, roulés par les flots, forment les galets qui couvrent toutes les plages de ces parages. A Test du cap d'Antifer, le courant dirigé de Touest à l'est porte ces galets le long de la côte, et l'entrée des ports doit être protégée contre l'envahissement par des jetées occidentales de grande longueur. A l'ouest du cap d'Antifer, un contre-courant porte ces galets vers le cap de la Hève et vers le port du Havre; c'est pour protéger ce dernier qu'on a construit h la pointe même de la Ilève de grands épis en enrochement. Ces travaux préservent aussi la falaise de nouvelles destructions.
En arrière de cette côte s'étend un vaste plateau, soutenu par les falaises; la craie qui forme le sous-sol, et qui apparaît sur les parois verticales des falaises, est recouverte de couches de terrain tertiaire. Ces dernières ont été entamées, dénudées par les eaux; aussi la craie reparaît-elle dans toutes les vallées et souvent dans les valleuses de la cote qui sont des ravins sans cours d'eau apparent. Au centre du pays de Caux, la dénudation a été plus profonde encore, elle a pénétré jusqu'au terrain jurassique du pays de Bray qui forme la crrte de partage de la contrée, et qui est célèbre par ses prairies et sa verdure. Au nord s'étend le petit Caux, et au sud le plateau sec et aride du grand Caux; les eaux pluviales filtrant à travers les calcaires, les sables et la craie sont arrêtées par des couches d'argile et reparaissent dans les vallées qui sont seules fertiles et fraîches.
Sur la côte du pays de Caux, de même que sur celle du Calvados, se succèdent un grand nombre de villes de bains de mer très-fréquentées pendant la belle saison ; un certain nombre de ces villes possèdent des ports.
Le Tréport à l'embouchure de la Breslf^ n'a (lu'un port d'échouage et n'a que des bateaux de pêche; c'est au Tréport que vient déboucher le canal avec sas écluse qui permet aux navires d'un tirant d'eau de \ mètres de remonter jusqu'il Eu; il a 4 kilomètres de longueur, et a été construit de 1810 à 18'i'i. Ces deux petites villes communiquent avec l'intérieur par deux voies ferrées; l'une rejoint celle de la àSomme (ligne de Paris à Boulogne) à Lonfjprc entre Amiens et Abbeville, l'autre conAiit à Ahnncourt, station de la ligne de Rouen à Amiens. Les batteries du Tréport, de l'Aubette et dciMers, qui défendaient Tentréo du Tréport, ont été déclassées, ce que justifie parfaitement le pou d'importance de ce port.
Dieppe occupe le fond de la concavité (jue présente la côte entre l'embouchure de la Somme et le cap d'Antifer, et se trouve au débouché de la vallée d'Arqués. C'est un port qui jadis a joui d'une grande prospérité; les marins dieppois au XIV et au XV* siècle commerçaient avec les côtes occidentales de l'Afrique et même avec le Brésil. Ils avaient le monopole du commerce de l'ivoire avec l'Afrique, ce (pie rappelle encore aujourd'hui l'industrie locale. Le chenal s'étant ensablé et déplacé plusieurs fois, les fonds manquant pour faire les travaux nécessaires, Dieppe perdit au XVIII* siècle beaucoup de son importance et devint un simple port de pêche; il est vrai que sa proximité de Paris et l'amélioration des routes à la fin du dernier siècle imprimèrent une grande activité à cette industrie et firent de cette villele prin-
cipal port d'approvisionnement de la capitale pour les poissons. La création des chemins de fer a permis aux autres ports d'entrer en concurrence avec elle; mais ils ont ouvert ;i son commerce de nouveaux débouchés, en ont fait une étape sur une des grandes voies de communication entre Paris et Londres. Un service régulier de bateaux à vapeur est établi entre Dieppe et Newhaven,
Dieppe possède un avant-port ou port d'échouage et deux bassins à flot creusés depuis le commencement du siècle. Une retenue d'eîiu permet de donner des chasses n»'îcessaires pour déblayer le chenal. Il ne se trouve malheureusement en avant qu'une rade foraine sans abri. Trois batteries protègent rentrée du port, ce sont celle de Bourbon supérieure, celle de la jetée de l'Ouest et celle du Bosfort-Blanc ; cette dernière ne sera pas conservée.
Dieppe communi(fue avec Paris par deux voies ferrées, Tune qui rejoint à Malau" nny près de Rouen la ligne du Havre à Paris, l'autre plus directe qui traverse \epmjs de Bray et passe par Gisors et Pantoise, cette dernière permet aux produits de ces riches contrées de s'écouler soit sur Paris, soit sur Londres.
Saint- Valery-en-Caux n'est qu'un port de pèche qui ne possède pas encore de débouclié, un cbemin de fer d'intérêt local nouvellement concédé doit le relier à la ligne de Paris au Havre; il y existe un port d'échouage et un bassin de retenue pour les chasses, dont une partie est approfondie de manière à servir de bassin à flot.
Plus à l'ouest, Fécamp a plus d'importance; c'est un petit port de commerce qui est relié aux lignes de l'Ouest par une voie ferrée qui aboutit h Beuze ville y c'esi aussi le premier de nos ports pour la grande [lèche : pêche à la morue sur les bancs de Terre-Neuve, pèche aux hanMigs et aux maquereaux. 11 possède un avant-port et deux bassins à flot, dont l'un fait partie d'un immense bassin de retenue destiné à produire des chasses. Le chenal protégé par une grande jetée au sud est l'un des meilleurs de la cote. Les batteries qui défendaient l'entrée des ports de Saint-Valeryen-Caux et de Fécamp ont éU'î déclassées.
Yport et Étretnt ne sont que des stations de bains et des plages d'échouage. Étretat est à trois kilomètres et demi au nord-est du eap d'Antifer; la côte au delà de ce dernier cap continue à être bordée de hautes falaises jusqu'au cap de la Hèvc^ et on n'y trouve aucun abri. Le cap de la Ilève domine de ses 105 mètres et éclaire de ses deux phares qui portent à 56 kilomètres, l'embouchure de la Seine.
L^embouchnFe de la Seine. — Rouen, le Havre, Honlleur. — Paf is
n'est en ligne droite qu'à 44 lieues de l'embouchure de la Seine; en suivant les méandres du fleuve, il y a 90 lieues de Paris au Havre. .Jusqu'à ces derniera temps, la difficulté de la navigation de la Seine et le peu de profondeur de ses eaux se refusaient à l'activité d'un grand commerce maritime. Des travaux projetés doivent maintenir entre Paris et Rouen un tirant d'eau de un mètre plus considérable qu'il ne Test aujourd'hui, et alors les chalands, calant 3 mètres à pleine charge, pourront i-emonler jusqu'à Paris pendant la plus grande partie de l'année. Les digues con-