CHAPITRE K>. — COTES DE Là MER DU NORD ET DE LA MANCHE
slruites sur la basse Seine depuis 1846 ont bien amélioré la navigation entre Rouen et la mer; aujourd'hui il vient fréquemment à Rouen des navires tirant 5'",50 d'eau et jaugeant 1,700 tonneaux, tandis qu'auparavant cette navigation était dangereuse et qu'il ne se hasardait en Seine que des navires tirant au plus 3 mètres à 3™, 50 d*eau. Le trajet à la remonte comme à la descente peut se faire en une seule marée pour un navire à vapeur. Les digues sont prolongées jusqu'4 15 kilomètres en aval de Ouille" bœuf. En dehors des digues submersibles qui limitent le fleuve, les alluvions que laisse la mer en se retirant, exhaussent le sol sur certains points de un mètre environ par année et gagnent continuellement de nouveaux terrains à la culture. C'est entre Quillrbœufel le coude de Caudehrc que se fait surtout sentir le curieux phénomène du mascaret, il est produit par le choc de la marée montante contre le courant fluvial, et il est surtout efl'rayant lors des marées d'équinoxe : le flot se présente sous la forme d'une vague de 2 ou 3 mètres de hauteur qui barre le fleuve, remonte avec une grande rapidité et déferle sur les rives. Ce courant de flot se fait sentir jusqu'à Rouen et y produit encore une dénivellation brusque de û™,GO à 0",80.
La grande ville de Rouen qui avec ses faubourgs compte aujourd'hui 150,000 habitants, a donc reconquis, grâce à l'amélioralion de la navigation de la Seine, Timportance qu'elle avait comme port de commerce, importance qui semblait grandement menacée par le Havre. Ses quais qui bordent les deux rives de la Seine ne sont plus déserts et sont même devenus insuffisants. Le mouvement commercial se développe surtout pour le trafic par bateaux à vapeur. Rouen est mis en relation par des voies ferrées avec le Havre, Dieppe, Ajuicns, Paris, Évreux et Caen et serait le point de concentration tout indiqué des troupes destinées à surveiller les côtes depuis Tembouchure de la Somme jusqu'à celle de la Seine. L'ennemi qui aurait cette grande ville pour objectif ne pourrait guère y arriver en remontant la Seine avec une flottille comme au temps des expéditions normandes; cependant pendant les guerres du premier empire on a vu des frégates anglaises, profilant de l'éloignement du Havre, s'engager impunément dans les passes de la Seine et les remonter jusqu'à une certaine distance; en renouvelant ce coup d'audace , l'ennemi pourrait peut-être jeter à terre quelques troupes qui ravageraient le pays; les batteries du Havre et de Honfleur, ainsi que la défense mobile, s'opposeraient à ces expéditions.
Les autres ports de la basse Seine n'ont qu'un mouvement commercial tout à fait insignifiant; quelques naviies y apportent du charbon de terre et y embarquent des denrées agricoles. Tels-sont Duclnir, Caudebec-in-Caux qui a un peu plus d'importance, Quillebœuf h une pointe de la Seine en face du cap de Tancarville et dans une position telle que Vauban y proposa et y commença des fortifications dans le but de fermer le fleuve, Harfleur qui a joui d'une grande prospérité jusqu'au XVP siècle, mais dont le port s'ensabla à cette époque, et fut remplacé par le Havre. Enfin sur un petit affluent de la Seine, la Rille, se trouve le petit port de Pont-Audemer qui reçoit encore 800 navires par an avec un mouvement commercial de 23,000 tonnes
è«2 LIVRE III. - FRONTIÈRES MARITIMES.
A rembouchure même de la Seine, se trouvenl le Havre el Honfleurp deux ports importants, dont le premier est le principal centre d*approvisionnements et d'expéditions du bassin parisien et d'une partie de la France. Le Havre est le port le plus rapproché de Paris, avec lequel il communique par une voie ferrée ou par la Seine; c est aussi le premier grand port de commerce que rencontrent les navires après la traversée de l'Océan; le commerce du nord de la France lui appartient, mais il a à craindre la concurrence d'Anvers pour le trafic avec TAlsace, la Suisse et rAllcmagne du Sud, la distance de ces pays aux deux ports étant à peu près la même; ce trafic appartiendra h celui des deux ports qui sera le plus favorisé par le régime douanier et les tarifs des chemins de fer.
Le Havre se trouve dans une condition exceptionnellement avantageuse par suite (le la direction des courants marins qui y maintiennent la mer clale^ c'est-à-dire dans son plein, pendant plus longtemps que dans aucun autre port de TOcéan. Voici Vexplication de ce fait : La baie de. la Seine s'étend depuis le cap d'Antiferjnsquk ItL pointe de Barfleur; le flot de marée qui arrive de l'ouest à Test dans la Manche, se divise .'i partir de la pointe de Barfleur, le courant principal continue sa marche vers l'embouchure de la Seine et un courant riverain suit les côtes de Normandie jusqu'à Trouville; le courant principal se brise une seconde fois sur le cap d'Anlifer et produit un contre-courant qui reflue sur l'embouchure de la Seine. Par suite, quand le courant principal a produit son effet au Havre et que la marée tend à redescendre, la mer est soutenue dans son plein d'abord par le courant de flot venant du c^p d'An» tifer, puis par le courant riverain venant de la pointe de Barfleur. Ce phénomène permet de tenir les bassins à flot ouverts au Havre pendant trois heures à chaque marée, la différence de niveau pendant ce temps n'est guère que de 30 centimètres.
Les bancs de sable qui encombrent l'embouchure de la Seine, s'étendent jusqu'en avant du Havre. La grande rade n'est qu'un mouillage en pleine mer, en dehors de ces bancs ; on y est exposé à la violence des venls et des lames, mais le fond est de bonne tenue. La petite rade est séparées de la grande par le banr de {Éclat et les Hauts de la rade; le premier découvre dans les J)asses mers de vive eau d'équinoxe. La petite rade s'étend entre ces bancs et le rivage compris entre le cap de la Hève et le Havre; le mouillage consiste en une fosse de 1,000 à 1,200 mètres de longueur sur 400 de largeur. On pénètre dans cette petite rade par plusieurs passes au nord ou au sud de TÉclat; la meilleure et la seule praticable à marée basse pour les grands navires est celle du nord.
A l'ouvert même du port, se trouve un i)lateau qui n'est recouvert que de 2 mètres d'eau à basse mer, et comme, dans les marées de morte eau, la mer ne monte que de 5°',90, on voit que les navires qui calent plus de 7 mètres ne doivent pas chercher à entrer au Havre.
Le Havre, comme nous l'avons déjà dit, a été fondé par François P', d'après les recx)nnaissances de l'amiral Bonnivet, dans le but de remplacer Harfleur qui était menacé par les atterrissemenls et où les navires ne pouvaient plus remonter sans