‹ Géographie militaire (volume 2)Chapitre 167 sur 288 · CHAPITRE r». — COTES DE LA MER DU NORD ET DE LA MANCHE · texte numérisé non relu

CHAPITRE r». — COTES DE LA MER DU NORD ET DE LA MANCHE

anglais à Tîniportation. La valeur de ces marchandises à rentrée et à la sortie est de 30 à 50 millions. Par suite du tracé des voies ferrées que nous avons indiqué précédemment, c'est de Caen que devraient rayonner les corps des troupes destinées à la défense mobile des côtes depuis Trouville jusqu'à la baie du Mont Saint- Michel.

Luc n'a qu'une petite rade foraine créée à Tabri des roches sous-marines nommées Essarts-dC'Langrune,

Courseulles est dans une situation très-défavorable h l'embouchure de la Seulles; ses abords sont difficiles; pourtant le commerce des huîtres qui dans ces derniers temps a pris une grande extension, a créé sur ce point un port de commerce assez important. Le terrain au-dessous du sable apporté par la mer est une couche d'argile bleue imperméable où on a creusé des bassins étanches destinés à recevoir des huîtres jusqu'à ce qu'elles soient livrées à la consommation, ce sont des parcs à huîtres. On a dans ces derniers temps creusé à CourseuUes un bassin à flot avec avant-port. Le chemin de fer de Caen à Luc sera prochainement prolongé jusqu'à CourseuUes.

Arromanche n'est qu'un petit port de pèche; à 3 kilomètres au large se trouve une petite rade foraine, bien abritée par les rochers du Calvados, c'est la fosse d'Espagne. Les rochers du Calvados s'étendent le long de la cote sur une longueur de 15 kilomètres et sur une largeur moyenne de 3 kilomètres; ils forment un plateau sous-marin dont une rodie seulement, la Tête du Calvados, découvre aux bassesmers d'équinoxe sur une longueur de 1,200 mètres et une largeur de COO. Leur nom leur vient de celui légèrement modifié d'un navire de l'invincible Armada, le San-Salvador, qui s'échoua sur cette côte et y périt.

Port-en-Bessin est un simple havre de pêche malgré les dépenses considérables qui ont été faites depuis 1845 pour le transformer en port de refuge; l'agitation de la mer a empêché qu'on arrivât à un bon résultat. Port-en-Bessin est un port d'échouage très-ancien qui était déjà fréquenté du temps des Romains; il est au fond d'une anse qui forme un port naturel au milieu des rochers; on voulut même au XVIII* siècle en faire un port militaire, il ne fut pas donné suite à ce projet. L'étalé est à Port comme au Havre et comme sur toute cette cote de 2 à 3 heures. Dans les roches du port se montrent à marée basse des eaux jaillissantes très-abondantes; elles proviennent de la rivière (ÏAure qui, dans son trajet au milieu des terrains jurassiques, se perd, comme cela arrive si souvent, à 3 kilomètres de là dans la fosse du Soucy. Toutefois toutes les eaux de TAure ne ressortent pas à ces sources sous-marines; une partie reparaît à 1,000 ou 1,200 mètres à l'ouest de l'endroit où elles se sont perdues et court parallèlement à la côte jusqu'à la baie d'Isigny.

Grandcamp n'est qu'une station de pêche côtière où il n'y a aucun ouvrage spécialement destiné à la navigation ; les bateaux échouent sur une plage de galets ; une rade assez bien abritée des vents d'ouest, celle de La Chapelle, se trouve à 5 kilomètres au large. En avant de ce rivage se trouve un plateau de roches calcaires de 7 à 8 kilomètres de longueur et de 2 kilomètres 1/2 de largeur qui découvre sur toute sa

surface dans les marées basses de vives eaux et qui, dans les grandes marées, est recouvert de 6 à 8 mètres d'eau, ce sont les roches de Grandcamp^ elles bordent à Test le chenal d'Isîgny.

La baie des Teys est la limite naturelle du Cotentin^ elle s*ouvre entre celte presqu'île et les 7vches de Grandcamp. Au fond de ce golfe aboutissent quatre rivières : à droite YAure inférieure et la Vire dont la réunion forme le chenal d'Isigny^ h gauche la Taute et la Douve dont la réunion forme le chenal de Carentan.

Entre ces deux chenaux, se trouve la pointe insubmersible de Brévands^ puis une succession de bancs de sable ou de tangue submergés à chaque marée : le banc de Fer^ le banc de la Ravine^ les bancs de la 3[agdeleine. La tangue est un composé de 30 de calcaire, 16 de silice, 10 de vase et do matières organiques; elle est très-recherchée comme engrais pour l'agriculture dans le Cotentin et surtout dans la Bretagne où le calcaire fait complètement défaut, elle ne se dépose que dans les baies profondes où l'eau est calme.

Isigny est situé sur YAure^ en amont du confluent avec la Vire, et est le principal débouché de la vallée d'Âure; c'est un port d'échouage qui fait un assez grand commerce de beurre à l'exportation et de charbon à l'importation ; le mouvement du trafic est de 16,000 tonnes. Isigny est une station de la ligne de Paris à Cherbourg, mais la ville est à 4 kilomètres de la station ; on a projeté un embranchement desservant spécialement le port.

Le port de Carentan est situé entre la Taute et la Douve h 2 kilomètres en amont du confluent de ces deux rivières. Cette ville est une ancienne place forte qui était destinée à soutenir la défense du Cotentin, c'est-à-dire à permettre à une armée française de pénétrer dans la presqu'île après un débarquement de l'armée ennemie; elle remplissait fort mal ce but et fut déclassée en 1850. Elle est entourée de bas* fonds et de marais qui se ramifient au loin; du reste tout le sol des vallées de la Taute et de la Douve est de formation récente; à un certain momentce pays a été envahi par la mer, comme le prouvent les sables qui recouvrent les anciennes couches de tourbes, puis il a été reconquis en partie sur les eaux. Les premiers ouvrages de dessèchement datent du commencement du siècle dernier; ce sont les deux ponts écluses de Saint-Hilaire sur la Taute et de la Barquette sur la Douve, qui, avec les digues insubmersibles qui les complètent, ont rendu 7,000 hectares à la culture. Sous l'empire, on commença de grands canaux de dessèchement qui restèrent inachevés. C'est un tronçon de ces canaux qui devint plus tard le bassin à flot du Haut- Dick^ où se trouve le port actuel de Carentan qui a remplacé l'ancien port d'échouage du pont Saint-Hilaire sur la Taute.

La construction de nouvelles digues appuyées sur la pointe de Brévands doit permettre de conquérir un millier d'hectares sur la mer dans chacune des baies d'Isigny et de Carentan.

Quant au port en lui-même il est, comme celui d'Isigny , assez bien situé en face de Soiithampton^ mais il est à 14 kilomètres de la mer et par suite n'est pas accessible

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