‹ Géographie militaire (volume 2)Chapitre 168 sur 288 · CHAPITRE I'^ — COTES DE LA MER BU NORD ET DE LA MANCHE · texte numérisé non relu

CHAPITRE I'^ — COTES DE LA MER BU NORD ET DE LA MANCHE

aux gros navires; son commerce qui est de 15 millions à l'exportation, porte sur les produits agricoles; il reçoit des bouilles et des bois du Nord.

Cfttes du Cotentin. — La Uong^ue, Cherbourg^, GraiiTlUe. — Le Co-

tentin comprend la péninsule de ce nom et s'étend encore au sud de la Sèves^ affluent de la Douve, et deVAy, qui limitent la presqu'île, jusqu'à bauteur de Granville où commence TAvranchin. C'est un pays presqu'entièremenl formé de terrains de transition, où émergent quelques lies de terrains cristallisés : syénites au centre vers Coutances, granit au nord vers les Pieux et Barfleur; sur le versant oriental de la presqu'île se trouvent aussi des calcaires, des terrains jurassiques et tertiaires. Ces terrains n'ont qu'une faible élévation : à l'entrée de la presqu'île, la ligne de faîte entre TAy et la Sèves n'atteint que 33 mètres; le point* le plus élevé, à l'ouest de Cherbourg, n'est qu'à la cote 179. Le Cotentin est presqu'entièrement déboisé; ses ports, ses villes, n'ont ni industrie, ni commerce développés; c'est l'agriculture qui fait sa richesse, grâce aux amendements qui ont t]*ansformé un sol peu fertile, grâce aussi au climat humide et doux de cette langue de terre environnée d'eau.

La presqu'île de Cotentin est plus que bien d'autres parties de nos côtes exposée aux incursions de l'ennemi, qui pourrait y être attiré par les grands établissements de Cherbourg, qui aurait la facilité d'y aborder par un grand nombre de points, surtout par la rade de la Hougue, etqui enfin s'y maintiendrait grâce à la richessedu pays. La gorge de la presqu'île qui n'a que 8 lieues du havre de Port-Bail à la baie des Veys^ pourrait facilement être retranchée par l'ennemi, en occupant les hauteurs de la petite rivière de Port-Bail et en tendant les inondations de la vallée de la Douve et de ses affluents. L'espace non couvert par les inondations ne serait que de 4 à 5 kilomètres, les routes et les chemins assez peu nombreux qui traversent la vallée de la Douve, seraient détruits ou gardés, en sorte que Tennemi aurait tout le temps de prendre et de détruire Cherbourg, puis de faire venir des renforts pour envahir le territoire français et marcher sur Paris.

Jadis la place de Carentan, complétée par un ouvrage à cornes sur la rive gauche de la Douve, auquel elle était reliée par un retranchement, formait tête de pont et assurait la communication avec le Cotentin; de plus elle gardait les écluses de la Barquette et de Saint-Hilaire qui permettent d'inonder entièrement les plaines marécageuses de la Douve et de la Taute ; aujourd'hui, comme nous l'avons vu, cette place est déclassée et le fort qu'il avait été question d'établir, au commencement du siècle, sur les hauteurs de Saint-Côme^ sur la route de Cherbourg, à 4 kilomètres au nord de Carentan, n'a pas été construit. Des ouvrages de fortification passagère seraient créés au moment du besoin, et du reste de nombreuses batteries de côte protègent la presqu'île contre un débarquement.

Au commencement de 1871, on eut à craindre de voir l'armée allemande de l'ouest se porter sur Cherbourg, et c'est en occupant cette ligne de Carentan à Port-

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Bail qu*OQ voulut couvrir notre grand arsenal maritime. Les inondations de la Douve furent tendues et les eaux retenues au moyen de Técluse de la Barguette; rintervalle de 4 kilomètres où les eaux n'avaient pas pénétré, était défendu par de nombreuses batteries ; d'autres ouvrages battaient les routes, les principaux points de passage, les grèves du Grand-Vey, ou protégeaient l'écluse de la Barquette; on construisit en tout 35 batteries qui furent armées de grosses pièces de la marine tirées de Tarsenal de Cherbourg. Ces lignes de Carentan ne furent pas attaquées et les batteries furent désarmées après la guerre. En arrière se trouvaient les camps de Sorlosville et de NéhoUy qui devaient servir à l'instruction des mobilisés.

Peut-être aurait-on pu occuper la ligne située plus au sud, qui est formée çarYAy et la Sèves; Tintervalle entre les inondations de ces deux vallées n'eut été que de 2 kilomètres eL cette ligne eut été protégée elle-même dans sa partie orientale par les grandes inondations de la Taute.

Au nord des bancs du Grand-Vey^ la côte forme une immense baie qui s*élend jusqu'à la pointe de la Hougu^; Testran y atteint une grande largeur et est formé de sables solides; la côte est bordée de dunes et en arrière se trouvent des coteaux qui commandent la plage de 40 à 80 mètres. A 6 kilomètres en mer, courent parallèlement à la côte deux bancs de sable dont le plus méridional supporte les deux îles Saint-Marcouf. En arrière de ces bancs, et jusqu à hauteur de ces îles, s'étend la grande rade de la Hougue qui peut recevoir les plus grands bâtiments, car la profondeur y est toujours de 14 mètres dans les plus basses mers et de 20 mètres à marée haute; la petite rade qui n'a que 5 ou 6 mètres d'eau à basse mer, est au nord de la grande entre Vllet de Tatihou et la pointe de la Hougue.

C'est dans cette rade qu'en 1346 la flotte d'Edouard III trouva un excellent mouillage pendant que ce prince livrait la bataille de Crécy et assiégeait Calais.

Cette côte offre de grandes facilités à l'ennemi qui voudrait y tenter un débarquement, aussi est-elle depuis longtemps couverte de redoutes et de retranchements qui seraient bien insuffisants aujourd'hui.

Sous Louis XIV, l'alliance de l'Angleterre et de la Hollande ayant fait craindre une descente dans la presqu'île du Cotentin, on construisit des tours à la Hougue et à Tatihou, on éleva des batteries sur la côte; mais ces faibles défenses ne purent sauver en 1C92 les vaisseaux de Tourville et nous éviter cette terrible défaite de la Hougue qui nous enleva l'empire de la mer conquis deux ans auparavant à Beachy- Head. Tourville commandait 44 vaisseaux et avait reru, en sortant du Havre, Tinjonction formelle de combattre l'ennemi quelle que fut sa force. Le 29 mai, à 7 lieues au large, il découvrit la flotte anglo-hollandaise forte de 88 voiles; il lui livra bataille et soutint la lutte non sans avantage de 10 heures du malin à 10 heures du soir; mais, deux jours après, la flotte française ralliée à hauteur de Cherbourg fut tout-à-coup dispersée par les courants, Tourville avec 12 vaisseaux fut obligé de se retirer dans la rade de la Hougue où 40 vaisseaux anglo-hollandais le suivirent. Là, dénué de toutes ressources, il fît échouer ses vaisseaux, sauva les équipages dans des cha-

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