CHAPITRE I«'. — COTES DE LA MER DU NORD ET DE LA MANCHE
loupes et assista à leur destruction par rennemi. Trois autres vaisseaux furent brûlés à Cherbourg; le reste se retira partie à Brest, partie à Saint-Malo.
Ce désastre décida Louis XIV, sur ^ proposition du maréchal do Vauban, à renforcer les tours de Tatihou et de la Hougue ; elles furent entourées de vastes enceintes qui furent encore améliorées en 1792 et en 1810.
Au commencement des guerres de la révolution, les Anglais, trouvant les îles Saint-Marcouf inoccupées, s'en emparèrent, y établirent quelques fortifîcatiops et une station de petits bâtiments de guerre; ils firent de là quelques incursions en Normandie et paralysèrent tout le cabotage. Ces îles nous furent rendues en 1802, et ou songea aussitôt à les fortifier. Celle du large reçut en 1805 une tour défensive pour 200 hommes avec deux étages de batteries; l'autre dite de terre resta sans défense, du moins on n'améliora pas la mauvaise redoute qui s y trouvait déjà. On veut aujourd'hui abandonner ces ouvrages qui ne sont plus en rapport avec la puissance de Tartillerie moderne. Du reste, les batteries de la côte suffiront à interdire le stationnement des vaisseaux ennemis dans le mouillage de la Hougue, qui est la meilleure rade de la Manche.
Ce mouillage est ou plutôt sera défendu, en allant du sud au nord, par la batterie d'Aidouville {exisiainie)^ par la batterie haute de Saint-Martin de Farreui7/e (à construire), par la batterie du Hamel de Cruttes (à construire), par la batterie haute (à construire) et la batterie basse de Ravenoville (existante), par la batterie haute (à construire) et la batterie basse de Quinéville (existante), par le fort de la Hougue (existant) et enfin par la batterie de Tatihou, La batterie de l'îlet de Tatihou sera déclassée de même que l'ouvrage de l'Ile de Saint-Marcouf^ quand l'armement et la construction des autres batteries seront achevés.
La Hougue, située dans une presqu'île à l'extrémité d'une longue jetée, n a pas de port; Colbert voulait en faire un arsenal maritime, et longtemps on balança entre la rade de la Hougue et celle de Cherbourg pour la création d'un grand port de guerre; la rade de la Hougue était plus vaste et plus sûre, mais les accès en sont bien plus difficiles par les vents du nord-est ce qui fit pencher la balance en faveur de Cherbourg.
Le port de la Hougue est Saint- Vaast, petit port d'échouage abrité par deux brise-lames et par une longue jetée; il se trouve au nord de la Hougue et à la hauteur de nie de Tatihou. Le commerce de ce port est insignifiant (11,250 tonnes en 1869); la large plage de sable découverte à marée basse qui se trouve entre la côte et Tatihou est couverte de parcs aux huîtres sur une surface de 4 kilomètres carrés.
La baie de Saint- Vaast^ au fond de laquelle débouche la rivière de Saire qui a donné son nom « Val de Saire » à cette partie du Cotentin, est fermée au nord par la pointe de Saire, La côte, qui suit la direction nord-nord-ouest, est basse et semée de roches granitiques, découvertes à marée basse jusqu'à la pointe de Bar fleur; elle est dangereuse et inabordable. C'est sur un de ces brisants, la roche de Quillebeuf slu
nord du port de Bar fleur qu'eut lieu, en 1129, le célèbre naufrage de la Blanclie-Nef qui portait les enfants de Henri P', roi d'Angleterre.
Barfleur, situé au milieu de ces rochers, est un port d'échouage, en avant duquel se trouve une petite rade où il y a 10 mètres d'eau en tout temps. Ce port est trèsancien et du XP au XIV* siècle fut le principal port de la Normandie; il perdit de son importance depuis l'annexion de la Normandie par Philippe- Auguste; ce n'est aujourd'hui qu'un port de pêche, le commerce n'y est que de 7,500 tonnes par an, c'est-à-dire plus faible encore qu'à Saint-Vaast.
La pointe de Barfleur ferme au nord-ouest la baie de Seine; elle porte un phare d'une grande puissance, qui est élevé de 75 mètres , et qui éclaire les navires qui naviguent dans la baie jusqu'à ce qu'ils aperçoivent les feux du cap de la Hève. En avant de cette pointe, les roches sous-marines se prolongent au largç et occasionnent un raz de marée très-dangereux, dit raz de Gatteville ou raz de Barfleur.
Après la pointe de Barfleur, la côte retourne brusquement à l'ouest, elle est rocheuse et semée d'écueils, la mer y est souvent mauvaise, une descente n'est pas à craindre et on a déclassé toutes les batteries qui la défendaient jusqu'à l'anse au fond de laquelle a été construit Cherbourg. Il n'y a du reste sur cette côte que deux petits ports d'échouage dont la création date de la construction de la digue de Cherbourg en 1783 et 1785; c'est le petit port du cap Levi, à l'ouest du cap de ce nom, où les bateaux venaient chercher la pierre de taille des carrières de Ferma7iville, tandis que les gros blocs de granit venaient des coteaux du Roule, de Tourlaville et du Becquet; ils s'embarquaient à Cherbourg même ou au petit port du Becquet, créé pour la circonstance, détruit comme celui du cap Lévi par les grosses mers qui assiégèrent cette côte de 1803 à 1808 et rétabli depuis pour les besoins des marins et des pêcheurs de la cote.
Vers le milieu de la côte septentrionale du Cotentin, au fond d'une baie largement ouverte au nord, à l'embouchure de la petite rivière de la Divette, se trouve Cherbourg, dans une situation qui n'offrait guère d'avantages naturels et où toutes les défenses furent créées de main d'homme. Cherbourg a une origine fort ancienne. Vauban, qui appelait ce port l'auberge de la Manche, voulait y construire un port de commerce et un port de radoub et de relâche. Le désastre de la flotte de Tourville en 1692 montra la nécessité de créer sur cette côte un asile pour^ine flotte menacée par la tempête ou poursuivie par l'ennemi.
Quelques travaux entrepris sous le ministère du cardinal de Fleury éveillèrent l'attention de l'Angleterre. Le 6 août 1758, une flotte de 100 voiles débarqua à l'ouest de la ville 5,000 ou 6,000 Anglais malgré un corps nombreux chargé de les repousser. Le 8, ils entrèrent à Cherbourg, détruisirent toutes les maçonneries du port, brûlèrent 40 bâtiments, enclouèrent les canons et bouleversèrent 5 batteries de côte. A la paix, on reconnut de nouveau la nécessité d'avoir dans la Manche un établissement maritime à l'abri des insultes de l'ennemi. Cherbourg, après de longues hésitations, fut préféré à la Hougue, et, les études étant terminées, les travaux furent commencés en