‹ Géographie militaire (volume 2)Chapitre 170 sur 288 · CHAPITRE I«'. — COTES DE LA MER DU NORD ET DE LA MANCHE. 2d · texte numérisé non relu

CHAPITRE I«'. — COTES DE LA MER DU NORD ET DE LA MANCHE. 2d

1782. La digue, plusieurs fois bouleversuo par les vagues, atteignait à peine en 1792 le niveau des basses mers d'équinoxc, et ne fut achevée qu'en 1853 ; c'est une œuvre colossale, comparable à ce que l'antiquité et TEgypte nous ont légué de plus gigantesque, fille a une largeur de 150 mètres à la base et une longueur de 3,638 mètres ; elle s'élève sur des fonds de 10 à 15 mètres à basse mer et dépasse de 10",50 le niveau des plus basses mers, ce qui lui donne de 20 à 25 mètres de hauteur totale. Il a fallu des blocs de 20 mètres cubes pour résister à la violence du flot; les vagues rencontrant cet obstacle se brisent dessus et s'élèvent en gerbes de 80 mètres de haut; les fondations ont souvent été ébranlées dans les tempêtes. La dépense a dépassé 67 millions.

Celte création nouvelle excitait dès 1785 les craintes et les colères de TAngleterre, et Burke, dans un éloquent discours, comparait Cherbourg à un nouveau cheval de Troie destiné à préparer la ruine de Plymouth et de Portsmouth, situés de l'autre côté de la Manche. « J'avais résolu, dit Napoléon, de renouveler à Cherbourg les mer- » veilles de l'Egypte. J'avais élevé déjà dans la mer ma pyramide; j'aurais eu aussi » mon lac Mœris. » Ce lac Mœris était cette rade qui s'étend sur une longueur de plus de 7,000 mètres et sur une largeur de 2,500. Malheureusement le dixième au plus de cet espace peut être utilisé pour le mouillage des vaisseaux de guerre; l'abri mâmc créé par la digue fait que la rade s'ensable constamment; l'emplacement le plus profond est à l'ouest entre le port militaire et la digue ; trente vaisseaux peuvent y tenir à l'aise. La digue a donc été tracée avec trop de timidité et dans une position trop rapprochée de la terre. Dès le principe on avait proposé de la porter à 600 mètres plus au large sur un bas- fond qui est à peu près au même niveau que celui qui a été préféré. Cette disposition eût éloigné les vaisseaux qui, de la pleine mer au large de la digue, peuvent aujourd'hui, grdce à Tartillerie à longue portée, envoyer leurs projectiles dans l'arsenal et dans les ports.

La rade a deux passes à l'est et à l'ouest de la digue. La première comprise entre Yîle Pelée et le musoîr est de la difjue a 800 mètres de large et une profondeur de 10 mètres à marée basse, ce qui est insuffisant pour les plus gros bâtiments cuirassés. L'espace compris entre l'île Pelée et la côte n'a qu'une profondeur de 1 à 2 mètres à basse mer. La passe de l'ouest comprise entre le musnir ouest de la digxèe et la pointe de Querqucvilk a une largeur de 2000 mètres, mais la roche Chn^ vaignac la réduit à 1200 mètres, elle a une profondeur telle que les plus gros vaisseaux peuvent la franchir on tous temps.

Cette rade est défendue par un certain nombre de forts et de batteries, les anses de la partie occidentale de la péninsule où Tennemi pourrait tenter des débarquements analogues à celui do 1758 sont aussi protégées par des ouvrages. La batterie basse de Bretteville et la batterie haute projetée protègent le mouillage à Test de l'île Pelée et au large du Bocqnet; les batteries des Graves et des Flamands battent l'espace entre l'île Pelée et la terre ferme; le fort de l'île Pelée bat avec le fort de l'Est do la digue la passe de l'est; le fort Central, la batterie intermédiaire et le fort de l'OMst^

construits en granit comme toute la digue, protègent les approches de la digue et éloignent les vaisseaux qui voudraient bombarder Tarsenal ; la batterie du musoir ouest de la digue, le fort Chavaignac, le fort de Querqueville avec la batterie annexe qu'on doit lui adjoindre défendent la passe de Touest concurremment avec la batterie Sainte-Anne située plus en arrière. Les batteries du Hameau de la mer et d'Equeurdreville, situées dans l'anse Sainte-Anne sur la même plage que la précédente, en arrière de la passe de l'ouest, ne sont conservées que provisoirement; il en est de môme du fort des Flamands de Tautre côté de la rade ; ce dernier contient de grandes poudrières et le dépôt des poudres de la marine. Les fronts nord de l'enceinte du port militaire battent Tintérieur de la rade.

Cherbourg se compose de deux parties bien distinctes : 1° la ville qui compte 44,000 habitants et qui possède un port de commerce, ce port comprend un port d'échouage avec bassin de chasse et un bassin à flot ; le mouvement commercial était de 400,000 tonnes dans ces dernières années, il s'exerce à l'entrée sur les bois du nord et les houilles, à la sortie sur les légumes, les œufs, etc., transportés en Angleterre ; 2° le port militaire entouré d'une enceinte bastionnée et contenant les ateliers, les arsenaux, les chantiers de construction de la marine de guerre; l'avant-port, les deux grands bassins à flot et le port Chantereine sont creusés dans le granit; ils ont une superficie de 22 hectares et peuvent contenir 40 vaisseaux de gueire; un embranchement du chemin de fer pénètre jusque dans le port militaire et facilite l'approvisionnement de cet immense atelier.

Le port militaire est dominé à assez faible distance par des hauteurs qui s'élèvent au-dessus de la plaine de 70 à 80 mètres; ces hauteurs ne sont couronnées à 1600 mètres de l'enceinte que par des ouvrages provisoires avec escarpes et contrescarpes en terre ou eu pierre sèche; ce sont en partant de l'anse Sainte-Anne ; la redoute des Couplets qui comportait comme annexe sur un mamelon moins élevé une batterie en terre défendant les abords de la plage, la redoute du Tôt^ la redoute des Fourches, la petite redoute dVcteville sur un mamelon à droite de la route de Pieux. De l'autre côte de la Divette, se trouve le fort du Roule au haut d'un escarpement, qui domine la ville de Cherbourg et d'où on découvre toute la rade; cet ouvrage est plus récent et plus sérieux que les autres. A la fin de la dernière guerre toutes ces redoutes furent mises en état de défense et occupées ainsi que le fort de Quer^ queville, qui a un front dirigé du côté de la terre; on construisît en outre des batteries intermédiaires, des retranchements et une redoute sur le mamelon de la Fauconnerie, entre Octeville et le Roule, pour éclairer les bas-fonds de la Divette et la grande route de Paris. L'ancienne redoute de Tourlaville, située dans la plaine près des bassins où la mnrine conserve ses bois, n'a plus aucune valeur. Du reste toutes ces défenses de Cherbourg sont à remanier entièrement et seront sans doute portées plus en avant.

A l'ouest de la pointe de Querqueville se trouve la petite baie de Nacqueville, puis un estran de sable, en face d'Urville, où les Anglais opérèrent leur descente

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