‹ Géographie militaire (volume 2)Chapitre 175 sur 288 · CHAPITRE II. — COTES DE BRETAGNE. :iû · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — COTES DE BRETAGNE. :iû

de la Rancc est bordée de rochers et (recueils qui lui forment un rempart. Le seul point abordable de celte côte est le hnvtr dr ïloiheneuf, creusé dans le gneiss et dont Tenlrùe est fort étroite. Les anciennes batteries du Verger et de Dugiiesclin qui défendaient cette côte sont aujourd'hui déclassées.

A l'ouest delà presqu'île du Clos-Poiflet et à l'embouchure de la llance se trouve Saint-Halo, assis sur l'antique rocher d'Aron. qui n'est rattaché à la terre que par un isthme étroit nommé le Sillon, compris entre la mer et l'ancien port d'échouage transformé aujourd'hui en bassin à Ilot; cette chaussée, qui jadis n'avait que 14 mètres, a triplé aujourd'hui de largeur, gnlce aux travaux de l'homme, et, au lieu de limiter la ville, elle est couverte do maisons qui la rattachent à un faubourg populeux.

Au sud, de l'autre côté de l'entrée du port, se dresse la roche qui porta l'antique cité d'Alethy elle est couronnée par les batteries du fort de la Cité qui viennent d'être déclassées, puis au-delà s'étend Saint-Servan, fondé ou plutôt agrandi par des commerçants et des matelots qui vinrent s'y établir et abandonnèrent Saint-Malo après les deux bombardements de 1093 et de 1695, Saint-Servan a une population au moins égale à celle de Saint-Malo; les deux villes comptent ensemble 25,000 habitants.

Sous Louis XIV, Saint-Malo était une des villes les plus riches de France; ses habitants avaient dtVou vert le Canada et les bancs de Terre-Neuve avec Jacques Cartier, puis les îles Malouinos plus connues aujourd'hui sous le nom d'îles Falkland; ils exploitèrent ces vastes contrées et accumulèrent de telles richesses qu'en 1709, alors que tous les malheurs attristaient la fin du règne du grand roi, ils purent lui prêter 30 millions. La guerre même nuisait rarement à leurs intérêts, gnlce à leurs intrépides cx)rsaires qui firent entrer tant de prises dans leur port. C'est dans ces expéditions hardies qui convenaient si bien aux intrépides Malouins que Duguay- Trouin fit ses premières armes.

Les Anglais ne pardonnèrent jamais aux Malouins leurs richesses et à quatre reprises différentes ils essayèrent, sans succès, de ruiner leur ville. L'expédition de 1693, après l'issue malheureuse du combat de la Hougue, est restée célèbre par l'emploi que firent nos ennemis d'une immense machine infernale qui devait détruire la ville de fond en comble; elle éclata trop tôt et ne tua que ses conducteurs; c'est la première fois que les Anglais firent usage d'une arme pour laquelle ils eurent pendant longtemps une prédilection marquée.

En 1695 eut lieu une nouvelle tentative de bombardement par une fiotte anglohollandaise, munie de plusieurs machines infernales; le fort de la Couchée, construit d'après les projets de Vauban, gêna beaucoup l'attaque.

Enfin en 1758, la rade étant bien protégée par les forts qui existent encore aujourd'hui, les Anglais renoncèrent à une attaque directe par mer et, à deux reprises différentes, débarquèrent 10,000 hommes dans les anses voisines de la ville et voulurent l'attaquer par terre. En juin, leur Hotte mouilla dans la rade deCancale;

:m LIVRE III. '^ FRONTIÈRES MARITIMES.

leurs troupes se portèrent sur Saint-Servan, brûlèrent dans le port de cette ville un grand nombre de navires et de bâtiments du roi; puis, sur la menace de voir arriver des secours, elles se rembarquèrent. En septembre, le débarquement eut lieu à deux lieues à Touest de Saint-Walo; les troupes campèrent sur la pointe de la Garde-Guérin et se mirent en marche pour passer la Itance au sud de la ville; inquiétées dans leurs mouvements par les tirailleurs, puis par les régiments du duc d'Aiguillon, elles durent renoncer à leur entreprise, se rembarquèrent h la baie de Saint-Cast et subirent alors un grave échec.

En 1776, une nouvelle guerre avec les Anglais fit juger nécessaire d'améliorer la défense de la presqu'île du Clos-Poulet et on commença le foiH de Chdtcauneuf pour la fermer du côté de terre au point où pénètrent les deux mutes de Rennes et de Dinan; la position fortifiée de Château^RkheuxhBLVvaii la grande route de Normandie h rentrée de la presqu'île. Ces défenses de l'entrée de la presqu'île du Clos-Poulet n'ont pas été conservées. Enfin, dans le but de protéger le mouillage de Cancale, on construisit en 1779 le fort des Rima'ms dont nous avons déjà parlé.

La Rance forme la rade, le port et les établissements maritimes de Saint-Malo. La rade est située vers l'ouest de l'estuaire, elle est couverte des vents du nord-ouest par un certain nombre d'îles et de brisants situés du côté du large, mais elle ji'a une profondeur suffisante pour les grands bâtiments que sur une faible étendue. Six forts battent les passes et les mouillages et éloignent de la place les batteries incendiaires. On arrive dans cette rade par sept passes qui sont en allant de Touest à l'est : l^ le chenal de la Digue défendu par le fort de la Varde situé sur la cote à 4,000 mètres au nord-est de la ville et comportant une batterie du côté de la mer et trois petits fronts bastionnés du côté de terre, 2^ le chenal des Petits Pointus, 3** le chenal de la Grande Conchée à Test de l'ile de ce nom, 4** le chenal de la Petite Conchée entre les îles de la petite et de la grande Conchée, il est défendu de môme que le précédent par le fort de la Conchée bâti sur l'îlot de la grande Conchée, 5^ lapasse de la Petite Porte défendue par le fort Gézembre, 6** la passe de la Grande Porte, 7" le passage du Décollé qui longe la côte. Ces trois dernières passes viennent se réunir sous le feu du fort de Harbour. Les passes de la Petite Porte et de la Grande Porte sont les seules praticables à toute mer pour de gros navires. La rade est encore protégée par la batterie du Petit-Bey et par le fort Royal construits sur de petits ilôts, puis par les fronts sud de la place et par la batterie de la pointe de Dinard ; cette dernière est sur la pointe qui ferme Vanse de Dinard sur la rive gauche de la Rance. Le fort de la Cité au sud de l'entrée du port est abandonné.

La largeur de la Rance, entre Saint-Servan et la pointe de Dinard, est de 1,000 mètres, Saint-Malo n'avait jadis qu'un port d'échouage au fond de Yanse des Bas-Sa^ hlons, Saint-Servan avait son port particulier nommé port de Solidor\ aujourd'hui ce derniern est plps fréquenté etleportdeSaint-Malo, bien que transformé en un immense bassin à flot, n'a plus une activité comparable à celle d'autrefois. Aux siècles derniers on construisait de'grandes frégates dans la baie de Solidor, mais aujourd'hui Saint-

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