CHAPITRE II. - COTES DE BRETAGNE. ^Jo
Malo n'est plus un port de gueiTc; sa position, au fond d'un grand golfe, loin de la route ordinaire des navires, en fait bien plutôt un port de commerce qui devrait sen'ir de débouché h l'antique cité de Rennes et à toute cette partie de la Bretagne, qu'un port militaire. La valeur des denrées alimentaires exportées par Saint-Malo en Angleterre est de 50 millions par an ; de plus 80 petits navires malouins font la l^rande i)êche sur les bancs de Terre-Neuve.
Du côté de terre, Saint-Malo n'est plus fortifié. Vauban visita cette ville en 1C89 et en 1700, il fit un projet pour la fortifier du côté de terre en englobant Saint-Servan; dans le mémoire relatif à cette question, il dit qu'en fortifiant Saint-Servan on eut gardé la chèvre et le choux ei (jue Saint-Malo eut été préservé de la bombarderie; des influences locales, le mauvais esprit des Malouins qui furent blessés de voir Saint-Servan partager au même degré que leur ville les avantages de la position, empêchèrent l'exécution des travaux. Plus tar<l, on a créé des défenses pour empêcher par terre comme par mer l'accôs de la presqu'iU du Clos-Poulet, mais comme nous lavons vu le fort (h CluUrauntitf est abandonné aujourd'hui. En 183*2, le comité des fortifications protX)sa de créer des forts détachés et de livrer à l'industrie tous les terrains adjacents au bassin, Topposition de l'administration de la marine fit échouer ce projet.
Aujourd'hui Saint-Malo renfornio encore un matériel naval assez considérable et poun'ait être facilement protégé par la fortificalion, si son commerce se développait et si son port reconquérait le rang qu*il occupait autrefois, alors que la centralisation n'avait pas détruit et n'avait pas enlevé tout aliment à la vie politique de la province de Bretagne et de sa capitale.
Cette capitale. Rennes, l'ancienne ville parlementaire ou se tenaient d'ordinaire les Etats de Bretagne, occupe une belle position géographique entre la Manche et l'Océan et commande le mouvement conmiercial qui se fait par terre entre la péninsule et le reste de la France; malgré les moyens de communication faciles qui ont accru ces avantages, Rennes n'a plus son ancienne animation et, malgré ses 52,000 habitants, a de vastes quartiers qui semlilent inhabités. Par suite du tracé des voies ferrées et du grand nombre de routes qui en divergent, Rennes est le point indiqué pour la concentration d(îs troupes destinées à la défense du littoral de toute la Bretagne depuis la baie du Mont-Saint-Michel jusqu'à Tembouchure de la Loire.
Le pays de la rive gaucho de la Ranc^e. en face de Saint-Malo, est languissant et déprécié faute de (Communications, car il n'y a pas de pont sur celte rivière en aval de Dinan.
A l'ouest de rembouchure de la Rance, depuis la pointe de Dinard jusqu'au cap Fréhel,la côte présente plusieurs échancrures plus ou moins profondes au fond desquelles se dépose la tangue si api»réciée pour l'agriculture. A l'est de la pointe de la Garde-Guérin, se trouve une anse où eut lieu le second dél)arquomcnt de 1758; l'estuaire de la rivière de F ré mur forme une baie au fond de laquelle se trouve le petit port d'échonage de Saint-Briac; la pènin.mle de Snint-Jncvt sépare deux profondes
échancrures où l'estran atteint une étendue considérable; la baie de Saint-Cast célèbre par le rembarquement de cette même expédition de 1758 s*ouvre entre la pointe de la Garde et celle de Saint-Cast ; au-delà entre la pointe de Saint-Cast et celle de la Latte, la profonde baie de la Frénay fournit un bon mouillage qui jadis était défendu par la batterie de la Corbière et par le château de la Latte aujourd'hui déclassés de même que toutes les batteries qui se trouvaient sur les pointes de celte côte si découpée; enfin, de la pointe de la Latte au cap FréhH, Y anse des Sévignés est bordée de rochers à pic, qui rendent les débarquements impossibles malgré la profondeur de la mer le long de la côte.
Étude de la côte du cap Fréhel aux Héaux, baie de Saint- Brieue, île Bréhat. — Au cop Fréhel commence la vaste baie de Saint-Brieuc de douze lieues d'ouverture et dont l'autre extrémité est à la pointe de Plouzec h Test de PaimpoL Une ligne de bas fonds qui existe du cap d'Erqyy aux Iles de Portrieux^ marque l'emplacement d'un ancien rivage; le mouvement d'érosion se continue toujours et les pointes de la côte sont sans cesse détruites par les flots.. Du cap Fréfiel au cap d'Erquy la cote est haute, bordée de falaises et difficilement abordable ; le petit port d'échouage à'Evfjuy est au sud du cap du même nom qui protège une rade sans grande importance; plus bas la côte est toujours escarpée et présente une large plage qui découvre à basse mer, ce qui y rend les débarquements peu à craindre. Au fond de la baie et à Tembouchuro du Gouêt, se trouve le port de Légué, qui possède un échouage et un bassin à flot, c'est le port le plus commerçant des Côtesdu-Nord grâce au voisinage de Saint-Brieuc, le chef-lieu du département, qui est situé à 5 kilomètres de la mer. Cette dernière ville est éminemment bourgeoise et presque champêtre, elle compte un peu plus de 15,000 habitants, son principal commerce est le cabotage qui se fait par le port du Légué; dans les environs on exploite de belles carrières de granit bleu dont les produits s'exportent jusqu'à Paris.
Sur la rive occidentale de la baie presque partout bordée de falaises élevées, il y a plusieurs petits ports de pèche ou de cabotage, les principaux sont Binic qui, dès 1612, envoyait des navires au banc de Terre-Neuve, et Portrieux qui possède un excellent port où il y a toujours 5 ou 6 mètres d'eau dans les plus basses marées et une rade bien protégée à Test par les roclws de Saint-Quay, Chaque année, au mois de mai, les navires de Saint-Brieuc en partance pour Terre-Neuve, se réunissent dans cette rade.
Au nord-ouest de la pointe de Plouzec, Paimpol qui possède deux ports excellents Tun intérieur et l'autre extérieur, fait un commerce de cabotage assez important et est Tun des points de relûche les plus avantageux entre Morlaix et Cherbourg; la pêche du maquereau y est très-productive.
Au-delà de Paimpol, la côte se retourne vers le nord, et, après avoir dépassé la pointe de l'Arcouet, on trouve de bons mouillages à l'embouchure de la profonde rivière du Trifvx\ ils sont protégés du côté de la pleine mer par un groupe d'îlots.