CHAPITRE T'. — GRANDES DIVISIONS DE LA GÉOGRAPHIE
4" Géog^raphie commepciale. — L'industrie amène tout naturellenieut à s'occuper du commerce. Le commerce est intimement lié h l'agriculture et à l'industrie; car là où il y a beaucoup de riciiesses, il y a nécessairement beaucoup d'échanges. La géographie commerciale comprend Tétude des voies de communication, dont le tracé est lié à la topographie. Partout où la nature a fait couler un fleuve, les hommes ont suivi ce grand chemin qui marche, et ont tracé le long de son cours une route de terre ou de fer, car les eaux ont été les premiers ingénieurs du globe et ont nivelé le terrain, adouci les pentes, avant que l'homme n ait songé à employer le cordeau ou la pioche. Viio carte des chemins de fer ne diffère d'une carte des eaux qu'en ce que les voies ferrées traversent les lignes de partage des divers bassins en des points qu'indique la géographie physique, cols ou dépressions, en sorte qu*il y a continuité là où primitivement il y avait interruption.
Les routes, les canaux, les chemins de fer sont d'autant plus multipliés sur la surface du sol que la richesse est plus grande, la civilisation plus développée, parce que l'argent permet de les créer, parce que les communications faciles ne peuvent exister que dans le pays où règne une sécurité sulfisante. Dans les contrées dont les peuplades sont toujours en lutte, tout est sacriiié aux intérêts de la défense, toutest organisé pour la guerre ; ainsi, les chemins d'Algérie, avant la conquête, étaient ti*ès-étroils et d'accès dillicile; en Kabylic, les villages sont situés au sommet des montagnes ou des collines, alîn que les abords en soient plus dilliciles; ils sont souvent à très-grande distance des fontaines, dans ce cas on a sacrifié la commodité à la sécurité. Les Touaregs comblent les puits qu'on creuse dans le désert pour se réserver le monopole du commerce du Sahara.
La géographie commerciale comprend l'étude des marchés et des ports, celle des instruments de circulation, monnaies et établissements de crédit, du commerce intérieur et extérieur, des principales directions qu'il suit, des produits sur lesquels il s'exerce. Elle s'occupe aussi des causes qui ont donné naissance aux grandes agglo* mérations de populations : les grandes villes sont généralement sur les ileuves au centre des principaux bassins géologiques de l'époque tertiaire comme Paris, Toulouse, ou bien à l'embouchure des fleuves dont elles sont les grands ports comme Rouen, le Havre, Nantes, Bordeaux, Londres, IIamlx)urg, Rotterdam, Alexandrie, Calcutta, Shangaï. Qi^and les villes ne sont pas sur une importante voie de communication tracée par la nature, c'est que la facilité des communications dans une plaine sans obstacle, ne leur assigne pas une place bien fixe, telles sont Lille et Bruxelles. C'est au coude septentrional de la Loire qu'a été bcUi Orléans, parce que c'est lex)oint par lequel on communique le plus facilement de la Loire à la Seine; Ratisbonne est dans une situation analogue sur le Danube, Tombouctou sur le Niger.
5** Statistique* — Enfin il reste encore à étudier la condition des peuples, c'est-à-dire la résultante de raclion de riiomme sur la nature et sur lui-même; pour cela, il faut examiner quel est l'état de la population, \oir si clic est pressée sut*
le sol, si elle s accroît rapidement ou non, quelle est la mortalité, comment s*y répartit le bien-être entre les diverses classes de la société et entre les diverses régions, quel est le degré d'instruction et de moralité. Tel est l'objet de la statistique qui est une manièitî précise d'étudier par gix)upes et de comparer les faits physiques et sociaux.
Ainsi la statistique nous apprend que la Chine avec ses 500 millions d'habitants est le pays le plus peuplé du monde, et que dans la plaine du Sud-Est elle a 140 millions d'habitants groupés à raison de 420 par kilomètre carré, tandis que dans les parties de l'Europe, où la population est la plus dense, en Angleterre, elle n'atteint ce chiffre que sur une très-petite étendue; en Belgique, en Hollande, elle n'est que de 2G0 habitants par kilomètre carré au maximum dans les cantons les plus peuplés.
Deux raisons concourent à resserrer ainsi la population de Tempire chinois; c'est qu'on y cultive le thé, le riz, la soie, et que ces cultures exigent une grande main d'œuvre; en second lieu, le thé et le riz pour une même surface de terrain que d'autres plantes fournissent de la nourriluro à un bien plus grand nombre d'hommes.
Eu Europe, les pays de rizières, le nord de Tltalie, sont aussi tres-peuplés, mais d'ordinaire c'est l'industrie qui resserre la population dans les grands bassins houillers.
Sur le plateau central de l'Asie, Ihonime est rare et grossier. Dans l'Afrique centrale, la population est dense, parce qu'elle se nourrit facilement sous la chaude atmosphère des tropi(|ues, mais la nature est pauvre et l'homme n'est pas civilisé.
Les faits physiques ont aussi besoin d'être comparés entre eux, pour permettre d'en avoir une idée plus exacte : on se rend bien mieux compte de l'importance des Alpes, quand on sait que leurs sommets atteignent 3000, 4000 et même 4800 mètres, que leur épaisseur atteint 240 kilomètres, tandis que les Vosges n'ont qu'un seul sommet au-dessus de 1400 mètres et que leur largeur ne dépnsse pas 50 kilomètres. Les chiffres doivent donc intervenir pour faire connaître la hauteur, la largeur des chaînes de montagnes et permettre de les comparer entre elles.
Les résultats fournis par la statistique ne doivent être acceptés qu'avec réserve, contrôlés avec soin et interprétés avec intelligence, si on ne veut pas arriver à des conclusions fausses. Cette science a beaucoup à faire encore pour permettre do se rendre compte avec exactitude des forces productives et de la richesse de chaque pays.
Les faits réunis, rassemblés, éclairés par la statistique, sont la base de l'économie politique, science de principes, qui a pour objet l'étude des lois générales suivant lesquelles l'homme produit la richesse par le travail de son intelligence et de ses braSi en utilisant les forces et les matières que la nature met à sa disposition. Elle recherche comment cette richesse se distribue, se consomme et se reproduit; elle a