‹ Géographie militaire (volume 2)Chapitre 191 sur 288 · CHAPITRE 111. — COTES DE L'OCÉAN ATLANTIQUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE 111. — COTES DE L'OCÉAN ATLANTIQUE

les Anglais et décidés par rexpédition du duc de Buckingham sur Tile de Ké, ils se mirent une troisième fois en révolte ouverte. Richelieu fit entourer la ville d'une ligne de contrevallation du côté de terre et fit immédiatement travailler à une digue, dont on voit encore aujourd'hui les fondations à marée basse, de manière à isoler les assises de la mer et à les priver du secours de la flotte anglaise. Ce grand ouvrage remplit parfaitement son but et résista à tous les efforts des Anglais et des assiégés; après un siège de près d'une année et après avoir vu périr la moitié de sa population par la famine, la ville dut capituler. La révocation de Tédit de Nantes, puis la perte du Canada que les marins de TAunis et de la Saintonge avaient en partie colonisé, ruinèrent pour longtemps le commerce de la Rochelle.

Aujourd'hui, surtout depuis que les voies ferrées mettent la Rochelle en communication directe avec Nantes, Poitiers et Bordeaux, le commerce semble renaître; la ville possède : 1** un avant-port que protège encore la d,ïgùe de Richelieu interrompue au milieu par un goulet de 100 mètres de large; 2° un port d*échouagé où la vase s'amoncelle malgré les chasses que permet d'y donner la retenue du canal de Maubec; S'* un bassin à flot, dit de carénage, construit au commencement du siècle ; 4<* un nouveau bassin à flot extérieur d'une superficie de 3 hectares qui aujourd'hui serait insuffisant pour les grands transatlantiques. Les principaux articles d'importation sont les houilles, les bois du nord, les poissons salés; l'exportation comprend les eaux-de-vie, les vins, les sels, les gi*ains. La pêche emploie un très-grand nombre d'embarcations rochelloises. Le mouvement du port est de 320,000 tonnes.

La Rochelle a été fortifiée du côté de terre par Yauban ; l'enceinte bastionnée, précédée d'un ouvrage à cornes vers le sud, n'a plus de valeur ni d'utilité aujourd'hui, elle ne fait que gêner le développement de la ville du côté de la mer. L'entrée du port et la petite rade qui le précède sont battues par les batteries de Chef-de^Baie et des Minimes.

La côte entre la pointe des Minimes et Vembouchure de la Charente est presque partout bordée de rochers et n'est abordable que sur un espace très-restreint au nord de la pointe de Chdtelaillony ce qui y rend un débarquement peu à craindre.

En avant de Vanse vaseuse de Fouras, se trouve l'Ile d'Aix qui jadis était reliée à la pointe de Chdtelaillon et à celle de l'Aiguillon; elle n'a que 2 kilomètres de longueur et les ouvrages de défense occupent une bonne partie de sa superficie. Entre l'île d'Aix et celle d'Oléron, ou plutôt entre l'île d'Aix et le fort Boyard, la rade de l'ile d'Aix bien abritée a des fonds de 15 à 20 mètres à marée basse, elle est en face de l'embouchure de la Charente et c'est là que viennent se faire armer les vaisseaux construits à Rochefort. Le fort Boyard s'élève sur un rocher émergeant au-dessus d'un long banc de sable, le Boyard^ qui sépare en deux la passe entre l'île d'Aix et Oléron ; entre ce banc et Oléron la rade des Trousses est également profonde et bien abritée. Au nord de l'ile d'Aix, l'extrémité du Pertuis d'Antioche forme la rade des Basques.

Pendant les guerres de l'indépendance américaine i de la République et de

TEmpire, ces rades abritèrent des escadres légères qui causèrent de grands préjudices aux Anglais. En 1809, nous avions dans la rade de Tile d*Aix une belle escadre composée de il vaisseaux et de 4 frégates; les Anglais inquiets du développement que prenaient nos armements maritimes résolurent de les anéantir et de s'attaquer en même temps aux rades d'Anvers et de Rochefort. L'amiral Gambier vint mouiller dans la rade des Basques avec 13 vaisseaux et d'autres bâtiments, là il put tout à son aise préparer 30 brûlots qu'il lança contre notre escadre dans la nuit du 11 au 12 avril. Nos vaisseaux ne furent pas atteints ou du moins ne furent que légèrement endommagés, mais la confusion et Teffroi furent tels que quatre d'entre eux, fuyant le danger qui les menaçait, allèrent s'échouer sur les bancs et les rochers des Pâlies au sud de la rade et au large de l'île Madame; les autres se réfugièrent dans la Charente. Le lendemain les Anglais entourèrent les vaisseaux échoués qui furent brûlés, soit par eux, soit par leurs propres capitaines. Ce désastre retira toute confiance à nos marins à peine formés et intimida toutes nos flottes mouillées dans nos rades; l'esprit de nos chefs d'escadre en fut profondément troublé; heureusement l'amiral Missiessy à Anvers ne perdit pas son sang-fix)id, résista aux ordres timides qui lui furent donnés, sauva sa flotte et contribua à l'échec de l'expédition de Flessingue.

En 1815, c'est en rade de l'île d'Aix que Napoléon s'embarqua sur le Bellérophon.

Les rades des Basques, de l'île d'Aix et des Trousses sont couvertes du côté du large par l'île d'OIéron, qui a 30 kilomètres de longueur sur 4 à 10 de largeur; elle tenait jadis au continent et sa côte sauvage n'est que le prolongement des rivages de la presqu^Ue d'Arvert; l'île est séparée de cette dernière par le Pertuis de Haumusson, étroit, sans profondeur et rendu fort dangereux par la rapidité des courants et la fureur des flots. L'île d'Oléron est .sur bien des points recouverte de dunes, mais les parties cultivées en sont très-fertiles et elle est très-peuplée, quoique moins que l'île de Ré; les salines y sont encore nombreuses. La principale ville de l'île est le Château-d'OIéroii, sur la côte occidentale, dont le port reçoit des navires de 100 tonneaux; la ville est entourée d'une enceinte non terrassée et inachevée, elle est dominée au sud par une citadelle bâtie en 1630 et précédée du côté de la ville par un grand ouvrage à cornes. Plus au nord, en face de l'île d'Aix, se trouve Boyard- Ville où est installée l'école des torpilles.

La côte au sud de l'embouchure de la Charente et en face l'île d'Oléron est basse et bordée de marais salants qui la rendent fort malsaine. La plage découvre sur une grande étendue et un débarquement y est impossible; sur plusieurs points et en particulier à la pointe de Chapus existent des roches dangereuses visibles à marée basse.

A peu de distance de la côte, Brouage, ancienne place forte et ancien port de grande importance, n'est plus qu'un misérable village dépeuplé par les fièvres causées, par le mélange des eaux douces et des eaux salées dans les marais gâts qui l'entourent; pendant les guerres de Religion, en 1586, les Rochellois coulèrent à

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