‹ Géographie militaire (volume 2)Chapitre 192 sur 288 · CHAPITRE III. -- COTES DE L*OCÉAN ATLANTIQUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. -- COTES DE L*OCÉAN ATLANTIQUE

l'entrée du port 20 bâtiments remplis de terre et de cailloux, et, depuis, on ne put jamais faire disparaître complètement cet obstacle. Richelieu en fit le centre de ses armements contre la Rochelle, et sous Louis XIV on dut renoncer à cause de l'envasement du port à y établir le grand établissement maritime des côtes occidentales de la France.

Plus au sud, Harennes, à 4 kilomètres de la mer, devait jadis sa prospérité à ses marais salants, mais ils avaient Tinconvénient de rendre son climat tout aussi insalubre que celui de Brouage; aujourd'hui elle élève et engraisse dans ses parcs ou claies des huîtres qui viennent des bancs voisins et qui y prennent une couleur verte caractéristique. La Tremblade de l'autre côté de Yrstiinirc de la Seudre se livre à la même industrie. Marennes doit bientôt être rejointe à Tonnay-Charente par une voie ferrée; son port qui communique avec la Seudre par un canal reçoit des navires de 80 tonneaux et fait un commerce assez considérable de vins, d'eauxde-vie et d'huîtres vertes.

L*estuaire de la Seudre forme une baie magnifique, bien abritée et d'une profondeur de 8 à 9 mètres à basse mer; malheureusement l'entrée est obstruée par des bancs de sable et vient s'ouvrir au milieu du dangereux pertuùi de Mauviusso7i ; les établissements construits à la Tremblade en 1600 furent plus tard transférés à Tonnay-Charente, puis à Rochefort. Le porl de la Tremblade reçoit des navires de 60 tonneaux et son commerce assez faible s'exerce sur les mêmes denrées que celui de Marennes.

Au sud de la Seudre, la côte de la presqu'ile d'Arvert est couverte sur une grande largeur de dunes qui, près de la Tremblade, atteignent 62 mètres d'élévation et qui jadis ont causé de grands désastres avant qu'elles ne fussent fixées par des plantations de pins; des champs, des bois, des hameaux ont été recouverts par les sables ce qui justifie ce vieil adage que « les montagnes marchent en Arvert. »

La rade de Tile d'Aix est aujourd'hui défendue par de nombreux forts qui empêcheraient le retour de catastrophes pareilles à celle de 1809; dans l'île d'Aix, au nord le fort Liedot bat la rade des Basques, au sud la batterie de la Force et la batterie circulaire battent la rade de l'île d'Aix, de même que le fort Boyard construit sur le banc de ce nom ; le monillagedes Trousses entre le Boyard et Tîle d'Oléron est protégé par la hattprie des Saumonnards et le fort de Boyarvillc situés dans l'île d'Oléron. L'entrée de la Charente est défeufluo au sud par le fort de Vile Madame et au nord par le fort de la Pointe et le fort d'Enetle ; ce dernier, situé en avant de la pointe de l'Aiguille sur des rochers entourés d'eau à marée haute, bat aussi la passe entre l'île d'Aix et la terre ferme; la batterie de Coudepont à la pointe orientale de l'île d'Aix remplit le même objet, mais elle sera abandonnée par la suite. Enfin le front de mur de la citadelle d^Oléron et le fort C/iapus battent les passes du sud qui conduisent du pertuis de Maumusson dans la rade. Tous les autres ouvrages qui défendaient jadis l'embouchure de la Charente sont abandonnés.

La Charente (jui vient se jeter dans la mer eu face de la rade de l'île d'Aix, est

:m LIVRE UI. — FRONTIÈRES MARITIMES.

le cours d*eau le plus important qu*oa rencontre de la Loire à la Gironde; elle prend sa source dans les granits des monts du Limousin, mais* ne tarde pas à rencontrer le terrain jurassique; elle coule d'abord vers le nord, puis se retourne brusquementversrouestet arrose de ses nombreux méandres une vallée large et bien cultivée. Ses affluents se perdent souvent dans les fosses et les fissures du terrain jurassique au milieu duquel ils coulent. La Touvre qui naît de suite grande rivière grâce à ses trois sources abondantes, se jette dans la Charente à Angoulême après avoir fourni la force motrice nécessaire à de nombreuses papeteries et à la grande fonderie de canons que la marine possède à Ruelle aux portes mêmes delà ville; cette usine fut fondée en 1 750 par le marquis de Montalembert, si connu pour ses idées nouvelles en fortification. Angoulême, au point de bifurcation de la ligne de Paris à Bordeaux avec celle des Charcutes qui va de Limoges à Rocheforl, est le chef-lieu du département de la Charente et le grand centre d'industrie de la contrée; la pierre d'Angoulême est connue dans tout le midi de la France. Un peu en aval de la ville, •X Thérouat sur la Charente se trouve une importante poudrerie.

La marée se fait sentir dans la Charente jusqu'à Saintes, mais les écueils de Taillebourg rendent la navigation dangereuse et les gros navires de 400 à 800 tonneaux ne remontent pas au delà de Tonnay-Charente dont le port fait avec TAngleterre un grand commerce d'eaux-de-vie et de sels.

A Touest de Tonnay-Charente, la rivière fait plusieurs coudes et conserve une largeur de 250 à 300 mètres au moins; mais ses vases et ses boues forment des traverses ou des barres qui gênent beaucoup la navigation. Rochefort, à 15 kilomètres de l'embouchure, est un port de guerre qui ne date que du règne de Louis XIV. Colbert ayant décidé la création d'un port de construction sur nos côtes occidentales entre Brest et la Gironde, on voulut profiter de la belle rade de l'Ile d'Aix ; mais la difficulté était de bien choisir remplacement du port projeté; on hésita entre Brouage, Soubise et Tonnay-Charente, mais ces trois localités présentaient de nombreux inconvénients qui les firent rejeter; on se décida pour Rochefort que sa situation à l'intérieur des terres met bien à l'abri d'une attaque par mer et où la profondeur de la Charente, 6 à 7 mètres à marée basse, était alors suffisante pour les plus gros vaisseaux. Les travaux commencés en 1666 furent poussés avec une grande activité et furent presque achevés en deux ans; dix ans après Rochefort comptait 20.000 habitants et devenait l'objectif d'une expédition hollandaise entreprise dans le but de détruire le nouvel arsenal; l'amiral Tromp qui la commandait fut arrêté par les redoutes et les batteries construites à l'embouchure de la Charente et dut se retirer sans avoir même commencé à mettre son projet à exécution. Deux tentatives des Anglais pour ruiner la ville et le port vers la fin du siècle n'eurent pas plus de succès. Au XVIII® siècle, la réputation méritée d'insalubrité de Rochefort et le développement de Brest et de Toulon firent négliger la création de Louis XIV.

Le grave défaut que présente son port qui est formé par le cours même de la

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