‹ Géographie militaire (volume 2)Chapitre 195 sur 288 · CHAPITRE m. ^ COTES DE L'OCÉAN ATLANTIQUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE m. ^ COTES DE L'OCÉAN ATLANTIQUE

amont, est située entre le banc de Gaulée et la rive gauche; enfin, à hauteur de Pauillac, entre cette même côte et Y lie de Pâtiras^ le fleuve forme encore une belle rade. Pauillac, à 60 kilomètres de l'entrée de la Gironde, possède un bon bassin pour les bateaux pilotes; c*est Tavant-port de Bordeaux et le principal entrepôt des vins du Médoc; les navires y attendent le vent, y complètent leurs cargaisons ou y sont allégés; c'est là que s*arrêtent les bAtiments qui ne peuvent pas remonter la Gironde jusqu'à Bordeaux. A 4 kilomètres eu aval de Pauillac se trouve le lazaret de Trompeloup où les bâtiments suspects purgent la quarantaine.

A 10 kilomètres environ en amont de Pauillac, le fleuve est barré par trois ouvrages qui couvrent la grande ville de Bordeaux contre une attaque par mer; ils furent construits de 1683 à 1690 : sur la rive droite la citadelle de Blaye couronne un rocher d'une vingtaine de mètres d'élévation, au milieu de la rivière sur un îlot s'élève le fort Paie qui doit son nom à sa forme ronde, sur la rive gauche le fort Médoc est maintenant éloigné de 1,400 mètres des passes par suite d'atterrissements successifs; ces ouvrages sont situés à 2,000 mètres environ les uns des autres. Blaye possède un petit port qui fait un certain commerce de cabotage avec Bordeaux.

Au BeC'd'Amhez viennent se mêler les eaux de la Dordogne et de la Garonne. La Dordogne est navigable pour les bâliments de 300 tonneaux jusqu'à Libourne au confluent de Tlsle; son port reçoit quelques caboteurs et fait comme tous ceux de ce pays le commerce des vins. Le beau pont suspendu de Saint-André'de'Cubzac en aval de Libourne a son tablier à 28 mètres au-dessus de Tétiage et ne gène pas la navigation.

Bordeaux sur la Garonne, à 104 kilomètres environ de Royan, est le grand centre d'industrie et de commerce de cette contrée; cette ville qui existait déjà et avait une grande importance au temps des Romains, est magnifiquement située au point de croisement de deux grandes voies naturelles : celle de la vallée de la Garonne et celle qui fait communiquer la France et l'Espagne en longeant à l'ouest le plateau central de la France.

Bordeaux qui fut anglaise pendant trois siècles, conserva longtemps des sympathies pour ses anciens maîtres qui avaient développé son commerce et qui consommaien-t ses vins; ce n'est qu'à la fin du siècle dernier qu'elle devint l'une des plus belles villes de la France et qu'elle vit son commerce atteindre le degré de prospérité qu'il a conservé jusqu'aujourd'hui, malgré la ruine momentanée dont la frappa le blocus de son port sous le premier Empire. Son port se développe en forme de croissant sur la rive gauche de la Garonne, un peu en aval se trouve le mouillage de Lormont. Le fleuve en face de Bordeaux a de 6 à 8 mètres de profondeur à mer basse ce qui est suffisant pour les gros navires, mais les passes s'ensablent et s'envasent continuellement, et elles sont l'objet d'une étude constante de la part des ingénieurs. Par suite du peu de profondeur le long des quais, les nombreux navires que peut contenir le port ne peuvent tous décharger en même temps ; c'est pour remédier à cet inconvénient qu'on vient de construire au faubourg de Bncalan^ au

point où s'arrêtent les transatlantiques, un grand bassin à flot où pourront accoster 80 grands navires. Bordeaux qui compte près de 200,000 habitants est le troisième port de France pour le mouvement des navires; tant à la sortie qu'à Tenlrée ce mouvement est de 25,000 navires, dont plus de 3,000 longs courriers, jaugeant ensemble 2,200,000 tonneaux. Son port est la tête de ligne de services réguliers de messageries avec le Brésil et la Plata, puis d'autre part avec Saint-Pétersbourg et les principaux ports de la Manche et de la mer du Nord.

Au sud de la pointe de Grave s'étend, comme nous l'avons vu, sur une longueur de plus de 200 kilomètres la côte inhospitalière des Landes. Le bassin d'Arcachon, vaste mer intérieure de 15,529 hectares de superficie en partie desséchée à marée basse, est le seul abri que trouvent les navires et encore cet abri est-il bien précaire à cause de la difficulté de l'entrée. Une barre mobile s'avance en pleine mer et ne laisse que des passes incertaines ayant pourtant 5 à 6 mètres d'eau à marée basse; à l'intérieur du bassin se trouvent de très bonnes rades, mais la barre qui en bouche l'entrée empêche qu'on ne les utilise et qu'on ne crée sur ce point un grand port de refuge qui rendrait de si grands services sur cette mer dangereuse où les vents du large portent si souvent à terre les navires et les font périr. Arcachon est une ville de bains très-fréquentée, mais n'a que bien peu d'importance comme port de pêche. L'élève des huîtres a fait de grands pix)grès depuis quelques années à Arcachan, à la Teste et dans 1'//^ aux Oiseaux; la production annuelle s'est élevée rapidement de 8 millions à 90 millions. L'entrée de la baie d' Arcachon et le mouillage ne sont défendus par aucun ouvrage, mais le chemin de fer de Bordeaux à Arcachon permettrait d'y amener rapidement des troupes et remplace avantageusement une batterie de côte.

La côte se continue basse, aride et déserte jusqu'à Capbreton; un débarquement y serait difficile à cause de la violence de la mer, pourtant il serait redoutable, car nous n'y avons aucuae défense et les troupes mobiles ne pourraient se transporter qu'avec lenteur sur le point menacé faute de bonnes routes. L'ennemi ayant pris pied sur notre territoire pourrait facilement couper le chemin de fer de Bayonne et se porter soit sur Bordeaux qui n'a pas de défense du côté de terre, soit sur Bayonne.

En face de Capbreton existe précisément un mouillage excellent où la mer est relativement calme, c'est la fosse ou goufde Capbreton^ qui a des profondeurs de 120 à 300 mètres et qui s'avance jusqu'à très-faible distance du rivage; le fond de cette fosse est le meilleur point d'échouage de cette côte dangereuse; les plateaux de sable qui la limitent au nord et au sud forment des brisants dangereux.

C'est à Capbreton, au fond de cette fosse, que venait se jeter l'Adour jusqu'à la fin du quinzième siècle, et le port de cette ville avait alors une grande activité qu'il conserva encore quelque temps après le changement de lit du fleuve; ce sont des marins de Capbreton qui découvrirent la grande île canadienne de ce nom. Aujourd'hui ce porta perdu toute importance, pourtant on a construit il y a une quinzaine d'années une longue estacade pour protéger la crique de la violence des vagues et on

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