CHAPITRE IV. — COTES DE LA MÉDITERRANÉE. LA CORSE. 35d
situé dans Tintérieur de la vallée qui le prolonge, s'avance très-avant entre des terres dont les pentes généralement boisées viennent se terminer à la mer par des plages de sable ou par de petits escarpements. Indépendamment des ports de Saint-Tropez et de Sainte-Maxime situés vers le milieu de son enfoncement, le premier sur la côte méridionale, le second sur la côte septentrionale, on y trouve encore trois mouillages qui peuvent offrir des abris précieux dans beaucoup de circonstances et en particulier contre les vents du sud. Le premier de ces mouillages est dans Y anse des CanoubiéSy à Test de Saint-Tix)pez; le second, dit mouillage des Moulins^ est à Touest de cette ville; le troisième est au fond du yolfe au sud de la plage de Grimaud. Saint-Tropez occupe l'emplacement d'une ancienne cité romaine, son port est protégé par une longue jetée au nord et fait un commerce assez important de vins, d'huiles, de bois à brûler, de liège et de marrons du Luc, petite ville des environs; on y construit un assez grand nombre de navires. La ville est dominée à l'est par une citadelle qui date de 1593, elle n'a plus grande valeur et n'est plus armée.
Entre le golfe de Saint-Tropez et le cap Roux qui forme rcxtrèmité de la chaîne de l'Esterelj la côte présente encore deux échancrures : le golfe de Fréjus et la rade d'Agay. Ijb golfe de Fréjus est rempli par les alluvions de YArgens^ le principal cours d'eau de la Provence, qui s'y jette ; l'ancien port romain de Fréjus qui reçut les deux cents navires qu'Auguste avait pris à Antoine à Actium et qui avait encore de l'importance au temps de Henri II, est maintenant à 1,600 mètres dans les terres. Le port actuel de Saint-Raphaël, situé à l'extrémité septentrionale du golfe, est protégé par une jetée contre les vents du sud ; il a peu de profondeur et est aussi comblé par les sables apportés par TArgens; c'est le seul débouché de la vallée de l'Argens et il fait un commerce de cabotage assez important. En avant du port se trouve une rade ouverte aux vents du sud, mais où le fond est d'excellente tenue. C'est à Saint-Haphaèl que Bonaparte débarqua en 1799 à son retour d'Egypte; c'est aussi là qu'il s'embarqua pour l'île d'Elbe en 1814.
A partir de Fréjus, le chemin de fer de Toulon à Nice qui s'était éloigné de la mer pour contourner au nord la chaîne des Maures, ne quitte plus la côte et en suit toutes les découpures ; il évite ainsi la chaîne des montagnes de l'Esterel qui s'élèvent entre Fréjus et Cannes. Entre ces deux points, le soulèvement porphyrique de l'Esterel présente sur la Méditerranée une longue suite d'escarpements rapides et de déchirures profondes ; la plus marquée de ces anfractuosités forme une des rades les mieux abritées de la Provence, c'est celle d'Agay qui peut recevoir des vaisseaux de guerre.
A l'est du promontoire de l'Esterel, dont les deux pointes les plus saillantes sont le cap Roux et le cap de l Aiguillon, s'ouvrent deux baies qui sont séparées par la péninsule de la Croisette et par les Ues de Lérins : le golfe de la Napoule à l'ouest et le golfe Jouan à l'est. Le golfe de la Napoule a des profondeurs très-considérables en son milieu ; on y trouve un mouillage peu sûr dans la partie occidentale auprès du petit village de la Napoule ; au fond du golfe s'élève en amphithéâtre la belle rille
de Cannes, au climat privilégié. Cannes possède un port fort médiocre et mal abrité des vents du sud-est; il fait un commerce de cabotage qui s'exerce sur les parfumeries, les huiles, les savons, les citrons et les oranges; c'est le principal débouché de Grasse. En avant du port, la rade de Cannes est limitée par des rochers du côté de terre et du côté du large, elle a des profondeurs de 24 mètres, mais elle n'est pas très-sûre.
Les lies de Lérins sont au nombre de deux principales et de plusieurs rochers inhabités. Ltle Sainte-Marguerite^ la plus grande, célèbre par sa belle forêt de pins maritimes et sa citadelle qui servit si souvent de prison d'État, ne laisse entre elle et la côte qu une passe qui ne peut convenir qu à des bâtiments dont le tirant d'eau n'excède pas 3 mètres; au nord-est de l'Ile se trouve un mouillage parfaitement à couvert des vents du large, excepté de ceux qui soufflent de l'est ; les grands bâtiments peuvent y avoir des fonds de 20 mètres. Vîle Saint-Honorat est au sud de la première et en est séparée par un chenal où ne peuvent s'aventurer que les navires ne calant pas plus de 3 mètres 50 ; cette île, habitée de tous temps par des moines, posséda jadis un des plus riches monastères de la chrétienté.
Entre la pointe de la Croisette et la pointe d'Antibes ou de la Garoupe, s'ouvre le golfe Jouan où débarqua Napoléon en 1815 à son retour de Tlle d'Elbe. 11 forme une très-belle rade bien abritée du côté du nord par les collines de Vallauris et d'Antibes, au sud-ouest par les îles de Lerins, au sud par les basses de la Fourmigue et par la roche de ce nom, élevée de 4 mètres au-dessus du niveau de la mer. La profondeur du golfe est en certains endroits de 50 mètres et il pourrait recevoir les flottes de guerre les plus nombreuses. On y pénètre par deux passes : celle de l'ouest entre l'île Sainte-Marguerite et le rocher de la Fourmigue, celle de l'est entre les hauts-fonds de la Fourmigue et le cap de la Garoupe. Pour créer sur ce point une grande rade militaire, il sufflrait de construire sur les hauts-fonds dont nous venons de parler un brise-lames analogue à ceux de Cherbourg ou de Plymouth. Ce mouillage est défendu par la batterie de la Fourcade, sur la côte occidentale et par celle du Graillon un peu au nord du cap de la Garoupe. De plus la batterie de la Convention à la pointe orientale de l'île Sainte-Marguerite bat la passe de Touest et le fort de File Sainte-Marguerite domine le mouillage qui se trouve au nord de l'île.
La presqu'île de la Garoupe^ dont le point culminant occupé par un phare de première grandeur atteint 103 mètres, sépare le golfe Juan du golfe de Nice; au nordest de cette presqu'île, Antibes, l'ancienne Antipolis fondée par les Phocéens de Marseille, est située entre deux échancrures de la côte dont l'une, celle du nord, contient un petit port protégé par deux môles. Ce port n'est accessible qu'aux navires d'un faible tonnage, 5 mètres de calaison environ; le mouvement du cabotage est beaucoup plus important que celui de la grande navigation, ce dernier n'a été dans ces dernières années que de 4,000 tonneaux, le premier de 13,000 environ. Antibes, comme nous l'avons vu, est une petite forteresse qui n'a qu'un rôle assez insigni-