‹ Géographie militaire (volume 2)Chapitre 210 sur 288 · CHAPITRE Y. — DESCRIPTION DU PLATEAU CENTRAL · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y. — DESCRIPTION DU PLATEAU CENTRAL

Flandre, la Belgique, la Hollande, et qui faillit passer en entier à rAllemagne par le mariage de la fllle du dernier duc, Charles le Téméraire, avec Maximilien d'Autriche. La position de Poitiers donne à cette ville une grande importance au point de vue militaire, car c'est un point de passage obligé pour les armùes voulant pénétrer du bassin de la Garonne dans celui de la Loii-e, aussi les environs de cette ville ont-ils été témoins de nombreuses batailles : c'est à Vouillé que les Francs sous Clovis défirent les Visigoths, c'est aux portes même do Poitiers que Charles Martel arrêta l'invasion arabe, et que le prince Noir anéantit l'armée française en faisant le roi Jean prisonnier; les Ligueurs et les Calvinistes y eurent plusieurs rencontres.

Enfin au sud du plateau central se trouve une vallée tertiaire symétrique du bassin parisien, celle de la Garonne, au centre de laquelle se trouve Toulouse, et un seuil de communication qui met en relation cette vallée avec celle du bas Rhône et par suite TOcéan avec la Méditerranée ; ce seuil de terrain tertiaire est formé par la dépression de Naurouze entre les Corbièrcs et l'extrémité du -plateau central et par le bassin du Bas-Languedoc, bande de terre étroite comprise entre le versant sud des Cèvenncs et la MidUcrranh,

Le caractère des habitants et le climat de ces contrées méridionales diffèrent beaucoup de ceux du nord de la France, cette différence dans la manière d'être et de pen.ser des habitants s'est conservée jusqu'à nos jours malgré tous les efforts qui ont été faits pour uniformiser toutes les populations de la France. L'homme de la vallée de la Garonne ou du lîas-Languedoc est vif, passionné, ardent; les peuples de ces contrées ont été longtemps séparés de la France et ont prétendu pendant longtemps conserver leur autonomie : le Nord avait subi facilement la conquête des Francs, quand le Midi résistait encore; plusieurs fois ravagé au temps de Cliarlemagne, il forma du vivant même de ce prince un royaume indépendant, l'Aquitaine, gouverné, par Louis, qui fut plus tard Louis le Débonnaire. Après le démembrement de l'empire, le Midi redevint indépendant, fut gouverné par ses seigneurs et ne prit aucune part à l'avènement de Hugues-Capet. Là se conservèrent longtemps les traditions romaines; puis ce pays voisin de l'Espagne et de l'Italie en subit Finfluence, influence qui se lit sentir jusque dans la langue qu'il parla. Il eut la langue d'Oc harmonieuse et musicale, tandis que les Français du nord parlaient la langue d'Oll plus rude et plus sauvage. Les arts, les lettres, s'étaient réfugiés dans le Midi dont les habitants plus civilisés n'avaient que du mépris pour ceux du Nord. Ces riches contrées où la foi était traitée avec autant de légèreté que les mœurs, devaient exciter la convoitise des barons grossi(»rs et remuants du Nord; elles furent affreusement désolées par les hordes de Simon de Montfort, le chef de la croisade contre les Albigeois ; puis, peu après, les rois Capétiens ayant successivement réuni à la Couronne les fiefs du Nord songèrent à conquérir ceux du Midi, et une nouvelle expédition, celle de Louis VIII, eut pour résultat l'incorporation du Languedoc à la France. L'Aquitaine appartenait aux Plantagenets.et FAngleterre lui achetait ses vins, ce n'est qu'après une longue résistance et après la guerre de 100 ans qu elle fut réunie à la

France. Vaincues, ces lîères provinces se Jetèrent dans la réforme et de longues luttes éclatèrent encore entre le Nord et le Midi; elles se renouvelèrent à plusieurs reprises et ce n'est que du règne de Louis XIII, après la prise de Montauban et de La Rochelle, que date la soumission de toute cette contrée. L'esprit de particularisme du Midi n'est même pas encore entièrement éteint, il se révèle à chaque commotion politique; pendant la Révolution les provinces du Midi se soulevèrent contre la Convention et appelèrent Tétranger.

D'après ce qui précède, on voit que le système orographique de la France se compose : l°d'un massif central entouré de plaines plus ou moins vastes ayant entre elles des communications faciles, 2° de chaînes extérieures qui limitent ces plaines et qui forment les frontières de la France ; nous avons déjà étudié ces dernières, nous allons maintenant étudier le plateau central.

du plateau central. — La masse de terrains cristallisés et volcaniques qui recouvre le centre de la France, a la forme d'un quadrilatère dont les côtés correspondraient à peu près aux lignes suivantes : \^ une droite qui irait du Vigan à Confolens sur la Vienne et qui serait parallèle au cours de la Garonne; 2" une droite allant de Confolens à Chalon-sur-Saône^ parallèle au cours de la Loire en aval d'Orléans ; 3** une droite de Chalon-sur-Saône à Yalence suivant le cours de la Saône et du Rhône; 4* une droite allant de Privas au Vigan parallèle à la côte du golfe du Lion.

Le Morvan et les plateaux schisteux qui au sud de Rodez s'étendent jusqu'à la Montagne Noire au nord de Carcassonne, sont des annexes de ce massif. Les riches vallées tertiaires de Y Allier et de la Loiir pénètrent fort avant dans les masses cristallisées ou volcaniques ; au sud une presqu'île jurassique au milieu des granits, des gneiss, des schistes et des micaschistes forme les plateaux calcaires, connus sous le nom dé causses, qui se trouvent entre Rodez, Mende, le Vigan et Millau.

Le plateau central, comme tous les pays montagneux et granitiques, est habité par des populations rebelles aux influences civilisatrices, fidèles à leurs anciennes mœurs, à leurs anciennes traditions; dans plusieurs villages des monts d*Aubrac se sont conservées les anciennes superstitions des religions qui ont précédé l'introduction du christianisme dans les Gaules ; les habitants du sol granitique de la Bretagne ont conservé non-seulement leurs mœurs, mais aussi leur langue différente de celle du reste de la France.

lies Cévennes. — Les hautes terres du centre de la France sont limitées au sud et à Test par la longue chaîne des Cévennes, qui sépare brusquement des climats, des contrées, des végétations, des populations tout à fait distinctes : au nord et à l'ouest les hauts plateaux, les pauvres cultures, les belles châtaigneraies, les pluies abondantes, les rivières à débit constant et profondément encaissées, les populations rares et souvent arriérées; au sud les escarpements ensoleillés à l'aspect

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