CHAPITRE I«^ — L'ALGÉRIE. — GÉNÉRALITÉS, LE TELL
appliquait plus particulièrement ce nom pai*ce qu'il était depuis longtemps le plus célèbre et le plus redouté par ses pirates.
Divisions natareiles. — Au point de vue du relief du sol et du climat, TAlgérie est partagée en trois régions :
1** Le Tell s'étend de la mer à la région des hauts plateaux; c'est un pays montagneux, sillonné de vallées fertiles. Les montagnes y atteignent souvent une hauteur considérable; ainsi les sommets du Bjurjura ont plus de 2,300 mètres. La largeur du Tell est variable : elle atteint 140 kilomètres sur certains points, sur d'autres elle n'a que 105 kilomètres; soit une trentaine de lieues en moyenne. Sa superficie est de 140,000 kilomètres carrés environ.
2® La région des Hauts Plateaux et des Steppes est limitée au nord et au sud par les deux versants nord et sud de l'Atlas. Toutes les eaux que le ciel y envoie se réunissent dans les lacs intérieurs {Choit ou Sebkha}^ lacs salés généralement à sec en été. L'altitude y varie de 800 à 1,100 mètres au-dessus du niveau de la mer.
Ce qui manque dans la contrée des hauts plateaux, c'est Teau. Partout oîï Ton a pu remédier à ce manque d'eau, les terres sont cultivables en céréales. Des plantes herbacées croissent au printemps dans les bas fonds ofi paissent de nombreux troupe^x; en été on ne découvre plus qu'une plaine complètement rôtie. Enfin dans d'autres parties on rencontre le diss et l'aZ/a, plantes fourragères ou plutôt textiles, dont les Arabes tirent parti depuis longtemps dans la sparterie et qui depuis quel-» ques années sont exploitées sur une vaste échelle pour la fabrication du papier. L'altitude des hauts plateaux varie de 800 à 1,100 mètres. Les hauts plateaux sont fertiles dans le Hodna, dans toute la province de Constantine et ailleurs par places. La largeur de cette région, mesurée du nord au sud, est de 150 à 160 kilomètres et sa superficie est de plus de 100,000 kilomètres carrés.
3^ Au sud des dernières pentes des hauts plateaux, s'étend le Sahara algérien ou petit désert, région des cables et des oasis, dont le niveau atteint 7 à 800 mètres au sud de la province d'Alger et descend sur plusieurs points dans l'est au-dessous de celui de TOcéan. L'eau manque presque partout et toute culture disparaît. Pourtant, dès que Teau des ouadys perce le sable, elle donne naissance à des oasis, remarquables par leur végétation. Nous ne connaissons d* ailleurs que les oasis de la partie nord du Sahara, nos colonnes expéditionnaires n'ayant jamais dépassé El- Goléa. La largeur de cette région est très-considérable : 2,000 kilomètres environ jusqu'au pays des noii's.
Climat» plaies et vents. — L'Algérie a, dans son ensemble, un climat parfaitement sain. Si les premiers colons eurent tant à souffrir des fièvres, c'est qu'ils s'étaient établis dans les plaines et dans des bas-fonds, oCi la terre n'avait pas été remuée depnis longtemps et d'où s'exhalèrent alors sous l'action de la pioche et de la charrue des miasmes dangereux. Aujourd'hui les marais ont été presque partout
desséchés, on a assuré Técoulement des eaux et les terres ont été rendues à la culture, en sorte que, sauf sur certains points, le sol est assaini. Pour combattre les fièvres, on a trouvé un arbre qui rend à l'Algérie les plus grands services : Teacalyptus. Cet arbre, à croissance très-rapide, importé d'Australie, possède la propriété de neutraliser par ses émanations les miasmes paludéens. On ne crée pas un village aujourd'hui sans l'entourer d'une ceinture d'eucalyptus.
Grâce aux étages successifs de son relief, l'Algérie jouit de climats trés-variables.
Sur la côte, la température moyenne de l'année est de 18<> environ. On n'y distingue que trois saisons. L'été dure du commencement de juin à la fin de septembre; pendant cette saison régnent de fortes chaleurs, humides et accablantes. Puis vient ime période de pluies, c'est Yhiver, qui dure du commencement d'octobre jusqu'au mois de mars. Enfin une saison tempérée, où les pluies sont encore fréquentes, correspond au printemps; elle dure de la fin de février au commencement de juin.
Les plaies dans la zone du littoral ne durent guère que 60 jours et sont trèsabondantes ^ il pleut moins dans la province d'Oran que dans les deux autres; la quantité d'eau qui tombe annuellement est très- variable sur les divers points du Tell, elle est en moyenne de 1,20 dans l'est et de 0,40 seulement dans l'ouest.
Les vents régnants sur la côte et dans le Tell, pendant l'hiver et le printemps, sont ceux du nord comme dans tout le reste de la Méditerranée ; le Sahara fait appel, t^endant l'été la direction des vents est variable, souvent un grand calme règne sur la côte. Le vent du sud-ouest qui d'ordinaire règne dans la partie supérieure de l'atmosphère, s'abaisse quelquefois et rase le sol, c'est le simoun ou sirocco; il élève la température à 40^ et 45^, toute végétation est flétrie, les plantes meurent et les hommes ont peine à supporter un air aussi brûlant.
Il ne faudrait pas croire toutefois qu'on n'ait qu'à se garantir de la chaleur en Algérie, bien souvent nos colonnes ont été assailUes par des ouragans de neige et nos soldats sont morts de froid. Dans toute la partie haute du Tell, à Médéa^ à Boghar, à FortrNational^ à Constantine, les hivers sont plus rudes qu*à Paris, et le thermomètre descend à 5® ou 10* au-dessous de zéro.
Sur les Hauts Plateaux, on rencontre les températures extrêmes. La chaleur y est excessivement forte en été et atteint quelquefois 48®, tandis qu'en hiver le thermomètre descend souvent de plusieurs degrés au-dessous de zéro. Le pays est rude à habiter, toutefois le climat est sain, à cause de la sécheresse de l'air et de l'altitude; il y a peu de maladies. Sur les deux tiers des hauts plateaux il tombe plus de pluie qu'en France, mais cette eau est absorbée en grande partie par Tévaporalion et les sources tarissent pendant la plus grande partie de Tannée.
Le climat du Sahara est beaucoup plus difficile à supporter. Des nuits trèsfraîches succèdent à des journées très-chaudes, ce qui donne lieu à de nombreuses maladies des yeux, du foie, etc. Dans certaines oasis régnent des fièvres redoutables, produites par les eaux qui séjournent au pied des palmiers ; dans d'autres régnent des maladies locales/, la principale affection de Biskra est le clou ou bouton du pays.