‹ Géographie militaire (volume 2)Chapitre 24 sur 288 · CHAPITRE IL ^ DEFINITION ET VALEUR KELATIVE DES OBSTACLES · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL ^ DEFINITION ET VALEUR KELATIVE DES OBSTACLES

territoire est en saillie. Telle est la frontière du Tyrol autrichien, ou celle du canton suisse du Tessin vis-à-vis de Tltalie; telle est encore celle de la Bohême vis-à-vis de la Prusse. Si au contraire les flancs sont ouverts et si le front, ou plutôt la pointe du coin, est formé par un obstacle infranchissable, la position enveloppante qui appartient à Tautre État, est la meilleure. Enfin, si tous les côtés sont également ouverts, riches en communications, les avantages sont balancés et dépendent de la rapidité de la mobilisation et d'autres conditions stratégiques. Telle est la frontière de Prusse vis-à-vis de la Pologne russe.

Quand la frontière est droite et rie permet qu'une attaque de front, on n'a pas à craindre les mouvements de flanc et la défense est plus facile; mais là encore il faut surtout tenir compte des propriétés géographiques ou naturelles du terrain. Cette frontière peut être formée par une chaîne de montagnes, un cours d'eau, un lac, un marais, des steppes, des forêts, des déserts ou par la mer. Ce sont là des obstacles qui ont une valeur défensive plus ou moins grande et qui couvrent une partie plus ou moins vaste du territoire.

Dans le cas où ces circonstances ne se rencontrent pas, il faut chercher en arrière la frontière militaire ou stratégique, qui doit être naturellement forte pour arrêter l'ennemi et permettre la concentration des forces. Elle ne doit pas différer trop de la frontière politique pour ne pas abandonner, dès l'abord, trop de territoire à Tennemi.

FRONTIÈRES NATURELLES ET VALEUR RELATIVE DES DIFFÉRENTS OBSTACLES NATURELS. — Nous allons maintenant examiner la valeur des divers obstacles qui peuvent former la frontière militaire des États, ou, en dehors de ce cas particulier, que les armées peuvent rencontrer dans le cours d'une campagne. — Ces obstacles sont les montagnes, les cours d'eau, les steppes, les déserts, les marais, les lacs, les forêts, les bois et la mer. Nous dirons aussi quelques mots des vallées qui peuvent grandement influer, par suite de leur direction, sur les opérations militaires.

Montagnes. — Les chaînes de montagnes, si ce sont des montagnes de premier ordre, comme les Pyrénées, les Alpes, forment une frontière excellente au point de vue de la défensive, car elles ne sont traversées que par un très-petit nombre de bonnes routes. Leur défense consiste donc dans celle des cols, des défilés; puis il faut concentrer le gros des forces en arrière pour écraser l'ennemi qui aurait franchi la chaîne, avant qu'il n'ait eu le temps de sortir des défilés, de se réunir, de se déployer. Au point de vue de TofTensive, elles présentent à peu près les mômes difficultés pour les deux partis, à moins qu'un des versants ne soit très-court, tandis que l'autre se prolonge au loin par de longs contreforts; cette configuration permet à l'un des partis de déboucher de suite en plaine, sans avoir à suivre d'étroites vallées où la résistance peut se prolonger. Telle est la situation des Alpes

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par rapport à la plaine du Pô. Il faut, bien entendu, que l'obstacle créé par une chaîne de montagnes ne puisse être tourné ; ainsi la ligne des Vosges ^ui, du reste n'a point été défendue en 1870, perdait beaucoup de sa valeur parce qu'elle pouvait être tournée par la Sarre.

Les difficultés sont très-grandes pour les deux adversaires quand la guerre se porte dans un pays de hautes montagnes, comme la Suisse, le Tyrol, certaines parties de l'Espagne ; il y a peu de voies praticables, par suite la marche d'armées un peu nombreuses est rendue fort difficile. Le pays est pauvre en ressources de tous genres, et le ravitaillement ne peut guère se faire que par des colonnes de vivres, ce qui enlève toute liberté aux mouvements stratégiques. Les montagnes, en ne permettant pas le déploiement de grandes masses, annulent la supériorité numérique et ne peuvent être le théâtre que d'une petite guerre. Elles sont, du reste, faciles à défendre et à garder ; la seule précaution à' prendre est de veiller à ne pas avoir sa retraite coupée, ce qui est d'autant plus à craindre que la défense de front est plus facile, plus acharnée, et qu'en pays de montagnes, c'est surtout en tournant les obstacles qu'on parvient à les vaincre. Toutefois ce genre de guerre ne peut produire de grands résultats, tout se réduit à des affaires de postes, à des combats ; c'est dans les plaines que se livrent les grandes batailles.

Contrairement à ce qui a lieu pour les montagnes, les pays de plaines sont faciles à conquérir et difficiles à garder ; une seule bataille peut vous en rendre maître ou vous les faire perdre, et les événements de l'histoire sont là pour le prouver : l'Asie, avec ses vastes plaines, a été de tous temps le théâtre des exploits des conquérants et le partage des grands empires. L'Europe, au contraire, naturellement divisée, ne renferme que des Etats de médiocre étendue, et ces États, dans leurs limites restreintes, ont une force de résistance considérable. Quelques conquérants, Charlemagne, Charles-Quint, Napoléon, ont bien essayé d'étendre leur domination sur toute l'Europe occidentale, mais cette domination n'a pas duré; à leur mort, avant leur mort même, l'empire se partageait comme la nature même l'avait divisé. La Russie s'étend sur une vaste plaine, mais c'est une puissance qui tient autant à l'Asie qu'à l'Europe.

La Suisse, le Tyrol, sont de petits Etats, mais ils n'ont jamais été conquis ; la Pologne n'a pu défendre son indépendance.

On a de tous temps attaché une très-grande importance, au point de vue de la guerre, aux masses montagneuses qui couvrent la plus grande partie de la Suisse ; mais le principe de la position dominante, qu'on a fait valoir pour expliquer cette importance, et qui a une grande valeur au point de vue de la défense tactique d'une position, est entièrement faux au point de vue stratégique. La Suisse domine TAUeraagne et l'Italie, parce qu'elle permet, à celui qui en est maître, de prendre en flanc ou à revers les lignes de défense de ces deux contrées, et qu'une armée française, débouchant par les villes forestières ou par les cols des Alpes centrales, peut

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