CHAPITRE II. — DÉFINITION ET VALEUR RELATIVE DES OBSTACLES
combattre avec une très-grande supériorité stratégique Tennemi placé sur le Rhin ou en Piémont.
C'est en plaine que manœuvrent les armées, et c'est là que gravitent les opérations stratégiques. Les plaines sont riches, peuplées, semées de grandes villes, sillonnées par de nombi^euses voies de communications ; elles fournissent à tous les besoins des armées, vivres et logements pour les hommes et les chevaux. C'est donc dans les plaines que les armées marchent et combattent; c'est là que le sort des campagnes se décide. En somme, quand ou est maître de la plaine, le pays est soumis, la résistance peut bien se prolonger dans les montagnes, mais ce n'est plus qu'une guerre de partisans devant cesser tôt ou tard faute de ressources ; et, à ce poiut de vue, on peut dire, avec raison, que le plateau de la Suisse en commande les montagnes.
Fleuves. — Un grand fleuve ne forme une bonne frontière stratégique que pour l'État qui en possède les deux rives, où du moins qui les possède sur un certain nombre de points, de telle sorte qu'on puisse non- seulement se renseigner sur l'armée ennemie, sur ses points de concentration, sur ses marches, mais aussi prendre loffensive sans avoir à forcer le passage que l'ennemi peut couvrir d'une façon absolue. La frontière naturelle ne correspond plus alors aux confins des deux pays, et souvent la ligne frontière n'est bonne que pour l'un des deux États, celui qui la possède entièrement; nous avons vu qu'il n'en était pas de même des montagnes, c'est que ces dernières sont des obstacles réels, qui peuvent séparer entièrement les nations, tandis que les fleuves sont tout autant de voies^'de communication destinées à relier les peuples, que des obstacles propres à les diviser. Les grands fleuves de l'Asie n'ont pas empêché les vastes empires de s'y établir.
La valeur d'un fleuve comme obstacle, au point de vue tactique, dépend de sa largeur, dé sa profondeur, de la nature de ses rives, des terrains qu'il arrose ; ainsi le Danube, la Vistule, l'Elbe, sont évidemment bien plus difficiles à franchir que la Seine ou la Moselle ; la belle ligne de défense du Rhin acquiert une force exceptionnelle entre Mayence et Bonn, à cause de la nature des terrains de transition où le fleuve s'est frayé un passage.
Une ligne fluviale faible peut devenir utile à l'offensive, quand elle est suffisamment fortifiée pour permettre à Tune des ailes de l'armée qui la défend de s'éloigner sans compromettre l'autre aile, et sans qu'on risque d'avoir la retraite coupée , c'est ce qui a lieu souvent dans les pays accidentés pour une ligne de peu de longueur. L'Ironzo, qui est resté à l'Autriche, jouerait à peu près ce rôle, en permettant à une armée autrichienne d'aller livrer une bataille vers la Piave ou le Tagliamento, puis, en cas de défaite , en arrêtant l'ennemi assez longtemps pour permettre à l'armée battue de s'écouler à travers les défilés des Alpes Juliennes. *
Pour que le bassin d*un fleuve ait de l'importance au point de vue stratégique, il faut qu'il ne puisse pas être tourné; les bassins de l'Ems et du Weser peuvent être
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évités par la vallée du Mein, aussi n'ont-ilâ été le théâtre que d'opérations secondaires dans des guerres mal conduites.
Une excellente frontière serait celle gui serait formée par une chaîne de montagnes à débouchés faciles à [défendre, en arrière de laquelle coulerait parallèlement un grand fleuve muni de points fortifiés, car alors des éclaireurs des corps avancés peuvent surveiller le pays au delà des montagnes, et se tenir au courant des mouvements de l'ennemi ; on prend Toffensive dans la partie la plus convenable, ou bien on accable les colonnes ennemies au débouché des montagnes, avant qu elles n'aient eu le temps de se réunir. Telle est la frontière de TAllemagne vis-à-vis de la France avec les Vosges et le Rhin, ou celle de la Suisse avec le Jura et TAar.
Vallées. — Les vallées peuvent être perpendiculaires ou parallèles à la chaîne principale, elles peuvent être divergentes ou convergentes vers la plaine en avant des montagnes.
Si elles sont perpendiculaires à la chaîne principale, elles tracent le chemin le plus direct d'un versant à l'autre. Telles sont les vallées que suivent les routes du Mont-Cenis, du Saint-Gothard, du Splugen. S'il existe plusieurs de ces vallées perpendiculaires au front stratégique, elles divisent la zone défensive en plusieurs sections entre lesquelles se trouvent des contreforts mettant obstacle aux mouvements des troupes.
Elles peuvent être parallèles à la direction de la crête principale; si elles ont une certaine longueur et*que l'assaillant doive les suivre, elles sont favorables à la défense. Si la route d'invasion les coupe, elles forment de bonnes lignes de roccade et permettent à la défense d'inquiéter les communications de l'ennemi; celui-ci doit donc s'assurer de leur possession avant de les dépasser. Telles sont les vallées du Tyrol et de la Carinthie, que coupent les routes d'Italie en Allemagne. D'autre part l'agresseur qui descend dans le pays ennemi par une vallée parallèle peut tourner toutes les vallées secondaires de la défense, c'est ainsi que la route du Stelvio en suivant le Haut-Adda tourne les lignes de défense du Mincio, de la Chièse, de TOglio, du Brembo, du Serio et même de l'Adda. Une vallée parallèle à la crête peut permettre de menacer les têtes de plusieurs vallées de l'autre versant, telle est la situation de la haute Durance par rapport aux vallées italiennes de la Doire Ripuaire, de la Chisone, du Pô, de la Vraita, de la Maïra et de la Stura, mais d'autre part les troupes qui défendent le haut de semblables vallées peuvent avoir leur retraite coupée par une agression vers la partie inférieure.
Les vallées convergentes vers l'intérieur d'une grande plaine, fournissent à l'attaque des lignes d'opérations convergentes qui peuvent être utiles contœ un défenseur qui diviserait ses forces et voudrait garder tous les débouchés. Bonaparte se servit en 1800 de cette disposition des routes des Alpes pour envelopper l'armée de Mêlas ; les Prussiens en 66, débouchèrent en Bohême par des routes convergentes. D'autre part la défense dans ce cas occupe une position centrale où elle