CHAPITRE P^ — L'ALGÉRIE. — GÉNÉRALITÉS, LE TELL
Sa population est de 60,000 habitants, en y comprenant les faubourgs. Elle est entourée d'une enceinte bastionnée, dont les bastions, les cavaliers, les courtines ayant des vues sur la mer servent de batteries de côte; il existe encore nue batterie dans Vilot de la Marine, en avant du port, et une autre appelée batterie de Charles- Quint. On doit pour compléter les défenses du port établir cinq nouvelles batteries : batteries de Temendfons, des Arcades, de la Salle d'Artifices, du fort des Anglais et du fort extérieur de VOuest.
Dellys. — La côte au sud et à Test du cap Matifou est formée de falaises peu élevées; elle est bordée de terres basses jusqu'à Tembouchure du Sebaou; elle se relève ensuite pour former les escarpements du cap Bengut dont Tune des pointes abrite le port de Dellys qui n*a qu'une simple jetée de débarquement; il est néanmoins défendu par wn^ batterie. Le mouillage de Dellys, assez bien garanti des vents du nord-ouest, est complètement ouvert à ceux du nord-est. La ville est placée au débouché des vallées de Tisser et du Sebaou, c*est le marché maritime de la partie occidentale de la Grande Kabylie, mais jusqu'à présent il ne faisait qu'un commerce de cabotage et était, comme Cherchel, une simple succursale d'Alger. Le développement de la colonisation alsacienne dans cette région depuis 1871 vient de faire décider la création d'un port à Dellys. Une route plus directe que Tancienne vient d'être ouverte entre Dellys et Tizi-Ouzou; un chemin de fer est projeté entre ces deux points. Enfin, c'est à Dellys qu'on reconstruit l'école des arts-et-métiers qui était primitivement à Fort-Napoléon et qui a été détruite lors de l'insurrection de 1871.
Gkilfé de Bonite. — Bonite et DJid[jelli. — La côte du Tamgout présente quelques anfractuosités, mais pas de baie abordable pour les navires. Entre le cap Carbon et le cap Boujaroun, s'ouvre le golfe de Bougie, qui est divisé en deux par la saillie du cap'Cavallo : \^h l'ouest, la baie de Bougie; 2*» à l'est, la baie de Djidjelli.
La baie de Bougie s'ouvre entre le cap Carbon et le cap Cavallo sur une largeur de 44 kilomètres et sur une profondeur de 12 kilomètres; elle est ouverte au nord et laisse pénétrer la houle du large.'^La rade de Bougie est située dans la partie occidentale de la baie; c*est l'une des meilleures, des mieux garanties et la plus favorable à un établissement militaire de toute TAlgérie. Elle est formée par un vaste rentrant de la côte et est très-bien protégée au nord par les hautes terres du mont Gouraya. Elle présente trois grandes sinuosités qui sont en partant du nord : Vanse Sidi-Yaïa, Vanse Abd-el-Kader et Y anse du port romain. L'Oued Sahel se jette dans la mer un peu au sud de la ville et apporte des alluvions qui ensablent ou envasent très-leatement ces anses. Le mouillage des vaisseaux est dans la partie nordouest de la rade, par 20 mètres de fond et d'une très-bonne tenue. Une flotte peut sans danger y passer Thiver.
Bougie est l'ancienne Saldx des Romains, elle fut plus tard la capitale des Van-
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dales, puis celle d'un empire arabe vers 1 100. Elle fut occupée au seizième siècle par les Espagnols et prise en 1555 par les pachas d'Alger ; aux derniers siècles, sa rade était le refuge d'hiver des corsaires barbaresques. Cette ville est dans une situation des plus favorables au point de vue commercial; elle se trouve à l'entrée de la vallée de rOued-Sahel gui pénètre si profondément dans la Kabylie, et elle sert de débouché à la Medjana et à la plaine de Sétif. Le commerce de ces pays tendant à prendre un grand développement, on a entrepris et on termine en ce moment, sous les niura de la ville, les jetées d'un bassin de 8 hectares.
Au point de vue militaire, l'importance de la rade de Bougie est tout aussi grande que celle de Mers-el-Kebir ; elle surveille les abords du canal de Malte ; elle est plus centrale que cette dernière pour la protection des côtes de l'Algérie; elle est plus rapprochée de la France et surtout de la Corse; enfin elle est au moins aussi sûre. La ville de Bougie occupe sur les flancs du Gourayaune position très-forte et, en ISTI, elle résista à toutes les attaques des Kabyles. L'enceinte actuelle est précédée de plusieurs ouvrages : le fort Barrai^ le fort Gouraya^ le fort Clauzel et un blockhaus. Du côté de la mer le port et la rade sont protégés par plusieurs batteries de côte, les unes existantes, les autres en projet, ce sont : les batteries du cap Bouak en projet, du Centre en projet, du cimetière des Israélites^ Intermédiaire en projet, de la Casbah^ de Sidir-Ya;ia, de t Hôpital,
La rive est de la baie de Bougie offre une falaise dentelée semée d'îlots et coupée de petites plages. Au-delà du cap Cavallo, la côte est encore haute et forme plusieurs caps entre lesquels se trouvent de petites criques; c'est sur une presqu'île rocailleuse à l'extrémité de ce promontoire qu'était établie l'ancienne ville arabe de Djidjelli. La crique au sud de cette presqu'île est abritée des vents d'ouest par la ville et des vents du nord par une ligne de récifs de 900 mètres de longueur, son entrée a 1,000 mètres de large entre l'îlot du phare et le fort Duquesne; elle sert de port à Djidjelli, maison n'y a encore construit aucune digue pour abriter les navires. Le mouillage en avant de la ville est dangereux et mal protégé; une batterie défend ce petit port naturel.
Djidjelli fut en partie détruite par un tremblement de terre en 1856 ; relevée de ses ruines elle se compose de l'ancienne ville arabe qui est devenue le quartier militaire, et de la ville française qui s'étend en dehors de la presqu'île jusqu'au pied des collines. Djidjelli est reliée à Constantine par une bonne route stratégique» mais aucun chemin carrossable ne la réunit encore à Sétif, en sorte que son port ne semble pas appelé à un bien grand avenir puisqu'il ne dessert qu'une contrée agricole peu étendue.
Entre la pointe de Djidjelli et le Ras Atia^ s'ouvre vers le nord-ouest la baie de Djidjelli, elle est très-large, peu profonde et exposée aux tempêtes; VOued-el-Kebir qui vient de Constantine, y débouche ; un peu à l'est de l'embouchure de cette rivière se trouve une anse bien abritée des vents d'est et du nord-est par toute la masse du cap Bougaroun^ mais ouverte en plein aux vents de l'ouest et du nord-ouest;
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c'est l'anse de Hers-el-Zeitoun. Au nord de cette anse, la côte est très-escarpée jusqu'au cap Bongaroun qui est le point le plus septentrional de toute l'Algérie.
Golfe de PhlllppeTille. — CoUo et Stora. — Entre le cap Bougaroun et le fap (fe Fer s'ouvre le golfe dePhilippeville, il a 64 kilomètres d'ouverture et 23 de profondeur, il comprend la baie de Collo et la baie de Stora qui sont séparées par la pointe Tarsah. La grande houle du large s^engouffre dans le golfe et on n'y est à couvert que derrière les caps qui le limitent à l'ouest et à Test.
Collo possède un petit port naturel bien abrité qui existait déjà du temps des Romains et où la compagnie française d'Afrique a eu un établissement au dix-septième siècle, c'était une succursale du Bastion ; en avant se trouve une bonne rade foraine avec des fonds de 25 mètres. Collo était au temps des Turcs et devait naturellement rester le port de Constantine ; la création du port artificiel de Philippeville lui a enlevé toute son ancienne fortune.
La baie de Stora, entre la pointe de Tarsah et le cap de Fer, a 30 kilomètres d'ouverture et 16 de profondeur; elle fait face au nord-ouest. La houle s'y engouffre et y acquiert une force extraordinaire ; la rencontre de la houle directe et de la houle orientale réfléchie par la rive produit à Stora et à Philippeville, au fond de la baie, des ras de marée auxquels rien ne résiste.
Fhilippeyille située tout au fond de la baie est dans les conditions de proximité les plus favorables pour être le port de Constantine, mais ses qualités nautiques sont extrêmement mauvaises. Fondée en 1838 sur les mines de l'ancienne ville romaine, de Rusicaday Philippeville grandit très-rapidement et, grâce à l'hostilité des Kabyles qui fermaient les routes de Bougie, ne tarda pas à avoir le monopole du commerce de toute la province de Constantine. Au temps des Romains, le port de Philippeville était à Stora, à 2 kilomètres au nord-ouest ; la situation au point de vue nautique y est un peu moins défavorable, et, en avantde la ville, se trouve une rade foraine qu'on croyait jadis assez bonne, mais dont plusieurs désastres ont montré tout le danger. Longtemps il n^exista à Philippeville qu'un débarcadère souvent submergé; les intérêts de l'humanité et du commerce nous imposaient de créer un port à Stora ou à Philippeville; ce fut ce dernier point qui fut choisi. Trois jetées créent un avantport de 25 hectares et un port intérieur de 19 hectares; les travaux seront achevés à la fin de l'exercice 1879. La gare du chemin de fer est établie sur le terre plein du quai. Philippeville compte aujourd'hui plus de 12,000 habitants et, grâce à son port et au développement de nos relations avec l'intérieur, ne peut que voir augmenter son importance.
Le nouveau port sera défendu par les trois batteries de Beni-Melek, du fort d'Or^ lêans et de Skikida qui sont actuellement en projet; la ville n'a qu'un simple mur d'enceinte qui la met à l'abri d'une surprise des Kabyles.
Golfe de B6ne. —Rade du Fort €rénois. — B6ne. — Au-delà du cap de
Fer, la mer baigne la base nord-est du mont Edough et la côte est fonnée de falaises abruptes ou de grands rochers d'un aspect triste; on y trouve pourtant quelques anses où les Génois au moyen-âge venaient commercer avec les montagnards de TEdough. Le cap de Garde forme l'extrémité orientale deTEdough ; entre ce cap et le cap Rosa, le golfe de Bons s'ouvre vers le nord-est sur une largeur de 37 kilomètres et sur une profondeur de 14. La partie occidentale de la baie est bordée de hautes falaises et de rochers tout à fait inabordables, le fond est recouvert de sables et de dunes, la côte orientale est basse et rocailleuse. Au fond débouchent la Seybouse et le Mafrag dont les vases comblent le port de Bône. La seule partie du golfe abritée des vents du nord-ouest est celle de l'ouest au sud du Fort Génois, où se trouvent trois anses qui sont en partant du nord : ïanse du Fort Génois, Vanse des Caroubiers et Vanse du Cassarin, Le fond de la baie est très-tourmenté par la houle du large et par les ras de marée qu'y produisent les ondes directes et les ondes réfléchies sur la côte orientale; les tempêtes du nord-est y ont produit de grands désastres. Le seul mouillage un peu sûr est celui du Fort Génois, il est bien garanti des vents de l'ouest et du nord parles montagnes du cap de Garde; les grands bâtiments mouillent au sud de la pointe du fort et les petits plus près de terre. Cette rade foraine qui peut abriter des vaisseaux, a une grande importance au point de vue militaire; elle surveille de près Tunis et le canal de Malte qui est l'une des clefs de la Méditerranée; malheureusement il ne s'y trouve aucun débarcadère, aucun magasin et aucune défense.
Vers le fond du golfe, entre l'anse du Cassarin et l'anse Cigogne, la ville de Bône occupe un terrain très-inégal sur les dernières pentes de l'Edough. Elle s'élève non loin des ruines à'Hippone qui fut l'une des grandes cités de l'Afrique romaine et l'une des résidences des vois de Numidie. Elle est le principal débouché de la riche contrée dont Souk-Arhas et Guelma sont les centres ; on en exporte les produits de la plaine, les lièges et les bois de construction des forêts de l'Edough et des Beni- Salah, les minerais de fer provenant des mines voisines ; elle s'est beaucoup embellie dans ces dernières années, elle compte plus de 20,000 habitants, enfin l'ouverture du chemin de fer de Bône à Guelma qui sera prolongé vers Souk-Arhas, ne peut qu'augmenter cette prospérité et détournera peut-être vers Tebessa et Bône une partie du commerce que Tunis fait aujourd'hui avec l'intérieur de l'Afrique.
Jusqu'à ces dernières années, Bône n'avait pas de port; les dangers du mouillage et les difficultés du débarquement grevaient le commerce de faux frais excessifs. On terminera prochainement les travaux d'un port excellent où les navires seront en sûreté, et pourront décharger à quai ; deux jetées de 650 et de 800 mètres protègent un avant-port de 79 hectares formé d'une grande partie de Yanse du Cassarin ; au fond, Vanse Cigogne a été transformée en une darse de 10 hectares toute bordée de quais.
La ville de Bône est entourée d'une enceinte crénelée ; en avant se trouvent deux redoutes sur les contreforts de l'Edough : le fort de Santous et la redoute Damrémont.