CHAPITRE III. — L'ALGÉRIE.— CONQUÊTE, POPUXATION, GOUVERNEMENT
contre les deux assauts qui furent donnés. La colonne se retira, poursuivie par les Arabes sortis de la ville, auxquels s'étaient jointes des tribus nomades.
En 1837, le général Damrémont succéda au maréchal comme gouverneur général. Le général Bujeaud^ envoyé une seconde fois dans la province d'Oran avec pleins pouvoirs pour traiter de la paix ou de la guerre avec Abd-el-Kader, ravitailla le camp de la Tafna et Tlemcen qui étaient tout aussi étroitement cernés que Tannée précédente, puis signa avec l'émir le traité de la Tafna qui livrait à ce dernier la province d'Oran et la plus grande partie de la province d'Alger au sud des montagnes de la Mitidja.
Nos forces se reportèrent alors vers la province de Test. On organisa une seconde expédition contre Constantine avec des ressources suffisantes, et, grâce à la vigueur de l'attaque, la résistance de cette ville ne dura que quelques jours. Le gouverneur général fut tué au moment où on allait donner Tassant ; Thonneur du succès revint au général Talée qui lui succéda comme commandant en chef, puis comme gouverneur général de l'Algérie, et qui fut plus tard nommé maréchal.
A la suite du traité de la Tafna, Abd-cl-Eader profita du répit qui lui était laissé, pour lever une armée, pour la discipliner à Teuropéenne, pour se créer des centres de résistance et pour organiser Tadministration de ses deux provinces. Il établit sur la limite du désert, à SebdoUy à Saida, à Boghary à Takedempt^ une ligne de postes où il rassembla de très-grands approvisionnements et oh il abrita ses munitions et ses trésors. Il voulut aussi faire reconnaître son autorité par toutes les tribus et reconstituer une nationalité arabe; il n'y réussit pas toujours. Son autorité ayant été méconnue dans la Grande Kabylie, il s'y porta, ravagea le territoire d'une des plus riches tribus du pays, massacra la population et effraya tout le monde. Une expédition dans le sud dirigée contre Aïn-Madhi lui coûta beaucoup de peine et beaucoup de monde, sans même lui assurer le point d'appui et le refuge qu'il cherchait à la limite du Sahara.
Ayant néanmoins consolidé sa puissance, Abd-el-Khader, pressé par le fanatisme des Musulmans, n'attendait que Toccasion de rompre la trêve. Cette occasion, il la trouva en 1839.
Pour le punir d'avoir violé le traité de la Tafna en paraissant dans la province de Constantine et pour intimider les populations, le duc d'Orléans partant de Sétif avait franchi les Biban ou Portes de Fer, avait remonté la haute vallée de VOiied Sahel et regagné la Mitidja par le Fondouk. Abd-el-Kader déclarant le traité violé se rua sur la Mitidja qui fut mise à feu et à sang et entièrement dévastée (novembre 1 839).
période, de f 839 à. f 847| spaerre eontre Abd-el-Kader^ sa soumission. — Une troisième période daus Thistoire de la conquête cornmence alors, c'est celle de la lutte à mort contre TEmir. Les opérations entreprises eurent pour but : 1° de ravitailler les places nouvellement occupées et sans cesse isolées par les Arabes; 2"" de nous emparer des points de résistance de TEmir et de
ruiner sa puissance; 3® de détacher de lui les tribus, de détruire son armée et de l'atteindre lui-même.
Dès le mois de janvier 1 840, les hostilités recommençaient sur tous les points et les villes que nous occupions étaient chaque jour attaquées; c'est alors qu'eut lieu Tun des plus beaux faits d'armes de l'armée d'Afrique, la défense de la redoute de Mazagran, à l'ouest de Mostaganem, par le capitaine Lelièvre.
Le maréchal ayant reçu des renforts résolut de s'emparer de Cherckel^ de Miliana et de Médéa] la prise de possession et le ravitaillement de ces deux dernières places nécessitèrent plusieurs expéditions où le col de Houzaîa joua un grand rôle et nous fut à plusieurs reprises disputé très-énergiquement.
En 1841, le général Bujeaud succéda comme gouverneur général au maréchal Valée qui, ne se sentant plus la vigueur nécessaire pour mener à bonne fin une guerre si fatigante, avait lui-même demandé son changement. Une énergique impulsion fut donnée à la guerre et une tactique nouvelle inaugurée : les colonnes furent débarrassées des impedimenta que jusqu'abrs elles traînaient avec elles; les convois furent supprimés ou du moins bien allégés; les vivres mêmes furent négligés, le général Lamoricière les cherchait dans les silos des Arabes. Enfin l'activité du'gouverneur ne laissa aucune trêve à l'ennemi et les razzias sans cesse répétées lui enlevèrent bientôt toutes ses ressources.
11 fallut d'abord ravi tailler les places que nous possédions en dehors de la Mitidja ; puis les expéditions atteignirent les limites du Tell : Boghar et Thaza furent ruinés. Dans la province d'Oran, Maskara et Tlemcen furent occupés d'une façon permanente, Sebdou fut détruite, ce qui compléta la ruine des forteresses de notre ennemi.
En 1842 le général Bujeaud soumit le Dahra etTOuarensénis. Nos colonneç mobiles parcoururent le pays dans tous les sens, châtièrent avec la plus grande rigueur les tribus insoumises, poursuivirent l'Emir d'étape en étape et le refoulèrent dans les montagnes. Le système des razzias amena bientôt les résultats qu'on en espérait : a bout de ressources, après la prise de la Smala (mai 1843), l'Émir se réfugia au Maroc.
Bientôt son influence se fit sentir dans ce pays : l'empereur du Maroc, Abd-er- Rhaman, le nomma Khalif du Ri/f, province montagneuse du littoral, et se laissa entraîner dans une guerre contre la France. Les bombardements de Tanger et de Hogador, la défaite de l'armée marocaine forte de 150,000 hommes sur l'Isly (août 1844), forcèrent bientôt l'empereur à signer la paix. Contraint de quitter le territoire du Maroc, Abd-el-Kader se réfugia dans la région des hauts plateaux» où il ne tarda pas à augmenter l'effectif de ses troupes par de nouvelles recrues.
A la fin de l'année 1844, nos colonnes s'avançant jusqu'au Sahara avaient parcouru le Djebel Amour et le pays des Ouled-Sidi-Cheikh ; nous avions reçu la soumission de Biskra et nous avions poussé une reconnaissance jusqu'à Laghouat.
En 1845, une révolte éclata dans le Dahra. Sa répression exigea plusieurs expé« ditions ; c'est dans l'une d'elles que le colonel Pélissier enfuma 500 Arabes révoltés, de la tribu des Oulad-Riahy dans les grottes de Fréchich. Cet acte fut suivi de repré-