CHAPITRE IV. — COLONIES FRANÇAISES
Livingston, dans sa première expédition 1853 à 1855, pénétra sur le plateau •central, en partant des colonies portugaises de la côte occidentale, et, le premier, traversa le continent dans toute sa largeur en suivant la vallée du Zambèze. Une seconde expédition, en 1858, eut pour but la reconnaissance du Zambèze inférieur et du grand lac Nyassa soupçonné jadis par les Portugais et désigné sous le nom de Maravi. Enfin, c'est en 1866 qu'il entreprit sa troisiènie et dernière expédition; il partit du cap Delgçtdo sur la côte orientale d'Afrique au sud de Zanzibar et mit sept années à parcourir la région des grands lacs entre le 3" et 15" degré de latitude sud ; il vint mourir épuisé de fatigues le l*'mai 1873 à Tschitambo au sud du lacBangîceolo. Les célèbres voyageurs Stanley et Cameron continuèrent son œuvre; ce dernier traversa le continent dans toute sa largeur de la côte de Zanzibar à Calumbeîla sur la côte de Benguela,
Toutes ces découvertes semblent surtout devoir profiter aux Anglais, qui dirigent les expéditions égyptiennes aux lacs Albert et Yictoria et qui ont su bien disposer en leur faveur le sultan de Zanzibar et le roi Mtèsa^ deux des plus puissants monarques de l'Afrique équatoriale. Ils viennent d'envoyer une mission dans les États de ce dernier, au nord du lac Victoria, et semblent devoir établir sur ce point le centre do leur influence commerciale et religieuse sur le centre de l'Afrique. Nous ne possédons que deux mauvais ports dans la mer des Indes : Sainte-Marie de Madagascar et Saint-Pierre à Tîle Bourbon; encore sont-ils aujourd'hui en dehors de la grande route du commerce par Tisthme de Suez. L'Angleterre possède au contraire de nombreux points de relâche : Maurice, Yîle Rodriguez^ les îles Almirantcs. les Seychelles, puis sur la grande route môme de Suez, les îles Khurian^ Aden et sou excellent port, ïîle de Périm qui garde le débouché de la mer Rouge, les îles Muscha et Kamaran^ Tune au fond du golfe d'Aden, l'autre dans la mer Rouge. Elle a une grande influence en Egypte, elle a racheté presque toutes les actions du canal de Suez, en sorte qu'elle nous enlève tous les avantages qu'aurait dû donner à la France le percement de l'isthme de Suez qui est son œuvre.
Les voyageurs français ont surtout cherché une route vers l'Afrique centrale en remontant le fleuve Ogowaï qui coule presque sous l'équateur et qui se rend à l'Océan Atlantique par plusieurs embouchures au-dessus et au-dessous du cap Lopez^ à 100 kilomètres au sud de notre colonie du Gabon. Le marquis de Compiègne^ suivant la même direction que monsieur Du Chaillu^ remonta YOgowai sur plus de 500 kilomètres en 1874. Une expédition française dirigée par monsieur de Brazza et composée de plusieurs officiers de marine cherche actuellement à remonter plus loin encore le cours de ce fleuve.
Sénég^al. — Notre colonie du Sénégal a pris dans ces derniers temps un assez grand développement grâce au colonel Faidherbe, aujourd'hui général, qui, d'abord comme chef du génie, puis comme gouverneur, la dirigea si longtemps. Elle comprend nominalement toute la côte depuis le cap Blanc au nord jusqu'au cap
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Sierra-Uone au sud, à Texception des comptoirs qu*y possèdent les Anglais et les Portugais; elle s*étend aussi sur tout le bassin du Sénégal,
Portendick, Saint-Louis, Corée sont les ports les plus voisins de TomboucUm et de Sego ; on s*est demandé s'il serait possible d'établir des communications par terre entre TAIgérie et le Sénégal à travers le Sahara, le général Faidherbe croit la chose très-difficile et peu utile, il pense qu il vaudrait mieux s'efforcer de créer des routes commerciales vers le haufNiger c'est, à-dire vers Bammaku et Ségo, Ces contrées du Niger ont été explorées par le lieutenant de vaisseau Mage, mais il ne put pénétrer à Tombouctou.
Le climat du Sénégal est malheureusement fort malsain pour les Européens à cause des chaleurs humides qui y régnent. Le pays dans Tintérieur est assez montueux, mais il y règne des chaleurs souvent excessives puisque par le vent d*est on a vu le thermomètre s'élever jusqu'à 65^ à Tombre. Sur la côte qui est basse, les rivières débordent pendant la saison des pluies, qui dure de la fin du mois de juin jusqu'au mois de novembre, et forment alors de nombreux cours d'eau temporaires appelés marigots; toute cette eau s'évapore sous l'action des rayons solaires et rend l'atmosphère lourde et humide. 11 faut surtout se préserver des brouillards du matin.
Les principaux cours d'eau qui viennent aboutir sur cette côte sont le Sénégal, la Gambie, la Casamance, le Rio-Grande, le Rio-Nugnez, le Pongo, le Mallecory,
Le Sénégal est le plus long de ces fleuves, il a ses sources dans les montagnes du Fouta-Djalon et a un cours d'environ 1,G00 kilomètres; malheureusement son entrée est obstruée par une barre mobile qui empoche les gros navires d'y pénétrer. Il peut être remonté pendant 1 ,000 kilomètres jusqu'à Médine notre dernier comp'/>ir, mais seulement pendant la saison des hautes eaux pour les navires à vapeur calant 3 mètres. En amont il forme plusieurs cascades.
La Gambie vient comme le Sénégal du Fouta-Djalon; elle a un cours moins long que ce dernier, mais elle a le grand avantage d'aboutir à la mer par nn bel estuaire ce qui permet aux gros navires de remonter le fleuve jusqu'à Pisaniu à 350 kilomètres de la mer. Les Anglais ont des comptoirs à l'embouchure de la Gambie : Albreda, Bathurst et le fort James; on a entamé actuellement des négociations ayant pour but la cession de ces comptoirs à la France en échange de nos possessions de la Côte d'Or, Grand-Bassan et Âssinie; ce projet qui donnerait plus de consistance à notre colonie du Sénégal, rencontre une-vive opposition de la part des commerçants anglais de Bathurst.
La Casamance n'a que 250 kilomètres de cours ; son embouchure à 12 lieues au sud de celle de la Gambie est encombrée par des bancs de sable, la passe du milieu ne permet le passage que des navires calant 4 mètres. Nous y avons des comptoirs.
Le Rio Grande a un coui*s presque aussi long que la Gambie, il débouche dans l'Atlantique en face d'îles qui appartiennent au Portugal et à l'Angleterre.
Le Rio Nugnez, le Pongo, le Mallecory sont de petits cours d'eau sur lesquels