CHAPITRE U. - SYSTÈME DÉFENSIF DE LA FRANCE. - FRONTIÈRE DU NORD
ces deux rivières, c'est la crôte du Schneifel (600 à 700 mètres). Au nord-est, sur le Rhin, se trouve Tépais massif du Zitterwald, et au nord, entre ce fleuve et l'Erft, le plateau peu élevô et boisé, appelé die Ville.
Le plateau de TEifel n*est traversé que par un nombre restreint de routes qui ne datent guère que de ce siècle; dernièrement on y a même construit un chemin de fer qui suit la Kyll et qui relie Trêves à Cologne et à Aix-la-Chapelle par Dûren.
Dans la partie nord entre TOurth, TAmblève et la Roër, le plateau ardennais prend le nom de Hohe-Venn ou Hautes-Fagnes (500 à 700 mètres), il est alors formé de profondes couches de tourbes marécageuses alternant avec des espaces nus ou couverts de bruyères. Les forets de TEifel et celles qui sont au pied des Hautes Fagnes sont généralement cultivées en futaies et celles des Ardennes en taillis. Ce massif peu praticable du Hohe-Venn est très-propre à former Tappui de Taile droite d'une armée qui chercherait à déboucher de la Meuse sur la Roër et le Rhin ; il faudrait alors occuper les importantes positions de Francorc/iamps en arrière des marais d'où descend la Roër et du plateau de Bïillingen aux sources de TAmblève et de rOur.
La partie des Ardennes entre rOurthc et la Meuse s'appelle le Condroz, c'est une triste région pauvrement cultivée.
Les Ardennes occidentales sont comprises entre la Meuse et la Sambre ; elles présentent les mêmes caractères que les Ardennes orientales, mais elles sont moins ravinées et moins couvertes de bois. L'Oise y prend sa source dans les forlts de la Tliiérache. La partie nord du pays entre Sambre et Meuse est la Marlagne. Namur autrefois fortifiée était la clef de toute cette contrée, il ne reste que la citadelle située sur un rocher élevé dans l'angle formé par les deux rivières.
Hirson^ Ânor, situés en France sur la frontière, sont des points importants à cause des voies ferrées qui s'y croisent. Deux positions de champ de bataille trèsfortes et reconnues depuis longtemps sont celles (VAnor et de Oli<iin au sud de la foret de Tvélon,
Collines de rAptois, de Picardie et du paya de Caux. — Un peu au
nord de Saint-Quentin, deux lignes de hauteur se dirigent Tune vers le nord-ouest, Vautre vers le sud-ouest; elles enveloppent le bassin de la Somme et des fleuves côtiers au nord de cette rivière. Elles forment des plateaux de terrains d'alluvions et de terrains crétacés qui ont de 50 à 200 mètres d'élévation et qui dominent de belles plaines bien cultivées; on n'y rencontre d'autre accident que les berges des cours d'eau.
Au nord-ouest, ce senties collines de rArtois dont les faibles ondulations se prolongent jusqu'au cap Gris-Nez^ où elles se terminent sur la mer par des falaises blanches de 130 mètres d'élévation; de l'autre côté du détroit ce sont les mômes falaises et les mômes terrains crétacés qui recouvrent cette partie de l'Angleterre. Pes collines ne forment pas un obstacle sérieux; pourtant jusrju'à ces dernières
années elles avaient empêché Touverture des voies ferrées réunissant directement la Flandre et l'Artois.
Au sud-ouest, enlie TOise et les sources de la Somme, se trouvent les collines de Picardie jusqu'aux hauteurs crétacées et jurassiques du pays de Bray dont le sol ai'gilo-calcaire produit de magniûques cultures. Puis elles se prolongent par les collines du pays de Cauz jusqu'au cap de la Ilève, au nord de l'estuaire de la Seine.
Collines de la rive gauohe de la Sambre. — Sur la rive gauche de la Sambre, la ligne de séparation des eaux de l'Escaut et de la Meuse est formée par un terrain légèrement accidenté; mais c'est une crête militaire très-importaiite, parce qu'elle domine toute la riche plaine de la Belgique, aussi y rencontre-t-on groupés un ti'ès-grand nombre de champs de bataille : Malplaquet, Scnef, Jemmapes, Ligny, Fleurus^ RamillieSy Neencindcn, Cette crête domine la Belgique et a été plusieurs fois le point de départ de nos opérations dans le bassin de l'Escaut. Ces collines traversent le riche bassin houiller du Hainaut entre Mons et Charleroi ; à partir de Namur, elles s'élargissent en un vaste plateau et forment la l'égion de riches cultures qu'on appelle le Hesbaye ; plus au nord elles se perdent dans les marais de la Campine.
Le bassin houiller de Sambre-et-Meuse s'étend depuis Douai jusqu'à Aix-la- Chapelle ; sa partie la plus riche est dans le Borinage au sud de Mons et dans le Hainaut vers Charleroi, bn y trouve la houille à fleur de terre, tandis qu'en France il faut pour l'atteindre descendre de 40 mètres h Condê^ de 80 mètres à Valenciennes,
HYDROGRAPHIE. — Les principaux cours d'eaux qui arrosent cette contrée en arrière de notre frontière du nord, sont : la Meuse, la Seine, l'Escaut et la Somme.
lia Meuse» ses affluents» canaux qui la Joig^nent aux bassins voisins. — La Meuse prend sa source au plateau de Langres, elle tire son nom du village de Meuse qu'elle baigne à 7 kilomètres au-dessous de sa source. Elle coule jusqu'à Donchery alternativement sur des masses calcaires très-épaisses et sur des couches d'argile ferrugineuse; dans cette partie de son cours, les gués sont nombreux et excellents, car le fond est du calcaire dur. Elle ne peut pas être considérée cx)mme un obstacle sérieux, et quand on parle de la ligne défensive de la Meuse, ou veut désigner les positions mihtaires des collines qui bordent sa rive droite.
Après avoir coulé au milieu de Toolile inférieur, elle entre à Neufchdteau dans Toolite moyen qu'elle traverse jusqu'à Stenay, où elle retrouve encore l'étage oolitique inférieur avant de se frayer un chemin au nord de Mèzières dans le terrain de transition des Ardennes. Ce sont là des points remarquables de son cours. Audessous de Neufcbàteau, à Bazouille^ elle se perd et disparaît sur une étendue de
CHAPITRE II. — SYSTÈME 1)ÉFENSIF DE LA FRANCE. - FRONTIÈRE DU NORD. 'îl
trois kilomètres pendant les chaleurs de Tété, par suite des infiltrations du sol. Neufchâteau lui-même est le principal débouché de la Lorraine sur le massif de la Haute-Marne, c'est un nœud déroutes très-important, le chemin de fer de Nancy, Vézelize^ Mirecourt doit venir y rejoindre la ligne Chaumont-Pagny, un autre embranchement doit se diriger de Neufchâteau sur Gondrecourt et Nansoy^le^Petit ; il est question d'y construire un fort d'arrêl. Stenay, qui correspond à un autre changement de terrain, était anciennement une place forte ; ses fortifications ont été deux fois rasées, et peut-être Vauban les aurait-il relevées, s'il n'en avait été empêché par le ressentiment de Louis XIV, qui ne pouvait oublier qu'il avait dû aller assiéger cette ville défendue par les Espagnols et qu elle avait donné refuge aux seigneurs révoltés contre son autorité au temps de la Fronde. Hézières, à l'entrée de la gorge profonde que le fleuve a creusée dans les rochers schisteux et ardoisiers et qui est limitée à droite et à gauche par des escarpements à pic de 200 mètres de hauteur, est encore une place forte et un nœud de routes et de voies ferrées.
Les rivières jurassiques émigrent souvent ainsi d'un terrain à un autre, et à ces points correspondent des accidents remarquables : cluses du Jura, barres de la Seine, de TOrnain, de TAube.
Au delà de la frontière, la Meuse coule au milieu des grès du terrain de transition ou du terrain carbonifère jusqu'à Liège; le marbre se montre à Dinantet le calcaire compact sur plusieurs points entre Namur et Liège, on trouve ensuite le calcaire coquiller et le silex. Au-dessous de Maestricht, elle traverse des landes, des sables, des lits de tourbe, et enfin elle coule sur un fond argileux avant d'arriver à la mer ou plutôt de se joindre au Waal. En Belgique et même en France à partir de Méziores, son passage présente de véritables difficultés, elle a déjà une largeur de 80 à 140 mètres. Les principaux points de passage en Belgique sont à Dinant, à Namur, à Huy^ à Seraing, à Liège, à Maestricht où il y a des ponts. Liège est le point le plus important de toute la ligne de la Sambre en Belgique ; cette ville est à peine défendue par une mauvaise citadelle; les Belges là fortifieront peut-être un joùi', quand ils auront à craindre les attaques de l'Allemagne.
Depuis NeufchAteau, le fleuve est longé par une voie ferrée qui, entre Commercy et Sedan, est toujours sur la rive gauche, ce qui la met à l'abri d'une surprise ou d'un coup de main tenté par l'ennemi et ce qui a, par suite, de rimportance au point de vue de la défense. La dernière section entre Dun et Sedan n'est pas encore terminée. De Sedan à Liège, la voie ferrée passe tantôt sur une rive, tantôt sur l'autre ; puis entre Liège et Vanloo elle se tient sur la rive droite.
La Meuse en France ne reçoit que des afiluents sans aucune importance, si ce n'est le Chiers qui a ses sources en Belgique un peu au-dessus de Longwy, coule parallèlement à la frontière et vient se jeter dans la Meuse entre Mouzon et Sedan. Cette rivière n'est pas navigable, elle coule au milieu de l'oolite inférieur, son lit est encaissé, profond, et sur plusieurs points peut être disputé avec avantage. L'une de ses sources descend d'un plateau qui couvre la trouée de Tiercelet,
Parallèlement au Chiers, mais de Tautre côté de la frontière, coule la Semoy , d*abord dans un terrain d'alluvion, puis dans le terrain de transition; à partir du point oli elle entre dans ce dernier terrain, son lit est creusé dans le voc vif, et les montagnes schisteuses qui la bordent, en rendent les abords difficiles et quelquefois impossibles. Elle se jette dans la Meuse, en France, à Monthermé. En 1870,xcette ligne de la Semoy fut occupée par Tarmée belge pour faire respecter la neutralité de ce pays ; les points de passage peu nombreux avaient été soigneusement barricadés ; les avant-postes et la cavalerie légère étaient sur la rive gauche, les soutiens dans les bois de la rive droite, le gros des troupes sur le chemin de fer plus en arrière.
La Sambre, qui se jette dans la Meuse h Xamur, pi*end sa source en France au plateau de la Capelle à quelques kilomètres au sud-ouest de Landrecies, coule d'abord au milieu du calcaire, entre eu Belgique où elle rencontre le calcaire compact, les grauwackes calcaires et schisteux, les grès du terrain de transition, puis à partir de Charleroi elle ne quitte plus le terrain houiller. Cette rivière, dont la na^igation était assez difficile, est canalisée depuis Landrecies, les ponts y sont très-nombreux, sa largeur ne dépasse pas 35 mètres. Sa rive gauche commande presque constamment sa rive droite; elle est longée par une voie ferrée qui coupe un très-grand nombre de fois son cours sinueux.
L*Oarthe, rive droite, qui prend naissance dans les Ardennes, reçoit, avant de se jeter dans la Meuse à Liège, VAniblève et la Vesdre, dont les cours sont généralement encaissés entre des parois abruptes de schiste ou de calcaire du terrain de transition. Ces deux derniers cours d*eau traversent le Hohe-Venn; on y trouve d'importantes positions qui joueraient un gi*and rôlQ dans les opérations entre la Meuse et le Rhin.
Enfin plus au nord, le dernier affluent de droite de la Meuse est la Roêr qui descend de TEifel et dont le cours est presque tout entier en Prusse ; elle est encaissée et rapide, sa rive droite domine le fond de la vallée d*une trentaine de mètres et commande la rive gauche, ce qui fait de ce cours d*eau une excellente ligne de défense pour les Allemands ; en 179i Jourdan ne put la faire tomber qu*en la tour* nant par le sud.
La Meuse est navigable à partir de Verdun; on travaille aujourd'hui à canaliser la partie supérieure de son cours. Elle communique avec TAisne et TOise par le canal des Ardennes qui aboutit un peu au-dessous de Donchery; entre Liège et Maestricht existe sur fa rive gauche un canal latéral; le canal de Bois-le-Duc part de Maestricht et rejoint la Meuse à Crèvecœur ; ce canal rattache la Meuse à TEscaut par rintermédiaire du canal de la Campine, de la Xèthc et du Rupel. Le Grand canal du Nord de l'Escaut au Rhin croise la Meuse ù Venloo, mais il est inachevé.
La Sambre fait communiquer la Meuse avec l'Oise par le canal de la Sambre qui aboutit à Landrecies, avec TEscaut par le canal de Charleroi, le canal de Bruxelles et le Rupel.